Lors d’une rencontre avec la presse le 21 septembre dernier, le syndicaliste Pépé Balamou a dénoncé plusieurs difficultés liées au recrutement, à l’affectation et à la situation salariale des enseignants. Le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE)a appelé à une professionnalisation du secteur de l’éducation et à un recrutement basé sur les besoins réels des établissements.
Pour le syndicaliste, les enseignants déjà formés et ceux ayant été soumis à l’évaluation en pratique de classes devraient être privilégiés dans les prochains recrutements au sein de la fonction publique. Il estime que le recrutement doit désormais être effectué en fonction des postes disponibles dans les différentes localités.
‘’On a un protocole d’accord qui est très clair. On a des gens qui ont été soumis à l’évaluation en pratique des classes. C’est le meilleur concours. Et nous profitons de l’occasion pour le dire. L’éducation est devenue aujourd’hui la porte d’entrée de la fonction publique. C’est un récipient troué. On met de l’eau là-dedans, mais ça ne se remplit jamais’’, a-t-il martelé.
Pépé Balamou explique cette situation par le départ de nombreux enseignants vers d’autres secteurs après leur recrutement. Pour lui, l’État doit davantage privilégier les personnes ayant reçu une formation spécialisée dans l’enseignement.
‘’Nous aurions voulu qu’après les contractuels qui vont être engagés, que ce soit ceux de Conakry ou autres, que dorénavant, ceux qui sont formés à l’ISSEG et aux ENI, ce soient ceux-là qui soient en priorité pour être engagés à la fonction publique. Il faut la professionnalisation de l’éducation. Il faut que des spécialistes, ceux qui ont étudié l’enseignement à l’université et dans les écoles professionnelles, soient ceux-là qui soient recrutés par l’État’’, a-t-il soutenu.
Le syndicaliste plaide pour un recrutement effectué poste par poste, afin de limiter les problèmes d’affectation et d’abandon de postes. Il cite notamment l’exemple des recrutements effectués ces dernières années.
‘’Il faut faire en sorte qu’on fasse un recrutement du poste par poste. C’est-à-dire qu’à Gagnakaly, il y a besoin de 10 enseignants. Les gens vont postuler là-bas, on les recrute. Donc, ils ne vont pas dire qu’ils ne vont pas servir à Gagnakaly. Ça va aussi nous aider’’, a expliqué Pépé Balamou.
Le syndicaliste évoque le recrutement de 25 000 enseignants entre 2011 et 2018, estimant que le déficit enregistré quelques années plus tard pose la question du maintien des enseignants à leurs postes.
‘’Au temps du régime Alpha Condé, de 2011 à 2019, on a recruté 25 000 enseignants. En 2019, lorsque le BSD a fait un besoin d’enseignants, on est venu à 19 942 déficits d’enseignants. Imaginez, de 2011 à 2018, on recrute 25 000 enseignants et en 2019, on a un besoin de 19 942 enseignants. Où sont partis ces enseignants ?’’, s’est interrogé le syndicaliste.
Pépé Balamou dénonce la situation d’enseignants affectés dans des zones rurales et enclavées, qui, selon lui, continuent de rencontrer des difficultés liées au paiement de leurs salaires et à leurs conditions de vie.
‘’Ceux qui sont là, qui ont souffert le martyre depuis 2018, certains sont décédés. Il y a des femmes même qui ont divorcé de leur mari parce qu’ils sont allés dans les brousses et les maris n’ont pas accepté. Aujourd’hui, il y en a qui nous appellent et pleurent. Ils ont perdu leurs enfants à l’accouchement parce qu’ils n’avaient pas les moyens de payer les problèmes. Ces gens-là sont là, on les laisse’’, a-t-il affirmé.
Le responsable syndical a par ailleurs évoqué le cas d’enseignants recrutés mais qui, selon lui, restent sans affectation effective, tandis que d’autres exerçant dans des zones difficiles attendent toujours leur salaire.
‘’L’année passée, on a recruté 1 615 agents de l’État, dont les enseignants. Et aujourd’hui, il y a ces enseignants qui sont non postés, qui continuent de prendre des salaires. Ceux qui travaillent dans les milieux ruraux, dans les zones enclavées, sont sans salaire. Et quand il s’agit de le prendre, on dit qu’on court. Alors qu’ils ont déjà été évalués en pratique de classe’’, a-t-il déploré.
Sur la question des salaires bloqués, Pépé Balamou affirme que des démarches ont été entreprises auprès des autorités compétentes, sans résultat satisfaisant jusque-là. Il réclame notamment le déblocage des salaires et le paiement des arriérés dus à certains enseignants.
‘’La liste a été toilettée. L’IGAP a certifié et authentifié. On envoie à la direction générale de la fonction publique. Jusqu’à présent, ces salaires-là ne sont pas débloqués. Depuis décembre 2023, juillet 2024, juillet 2025. Et ceux qui ont eu la chance d’être débloqués, jusqu’à présent, ils n’ont pas leurs arriérés de salaire’’, a-t-il déploré.
Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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