Pour l’honneur de la parole donnée et la dignité de notre République

À l’heure où notre pays, la Guinée, se tient à la croisée des chemins, nous ne pouvons garder le silence face à la tentative de justification d’une éventuelle candidature du général Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle.

C’est en notre qualité de citoyens engagés, porteurs d’un rêve démocratique et d’une mémoire blessée, que nous prenons la plume. Non par hostilité, mais par devoir de vérité et d’espoir.

1. Le poids d’un serment devant le digne peuple de Guinée

Le général Mamadi Doumbouya n’est pas un acteur politique ordinaire. Il est celui qui, en uniforme, a pris le pouvoir en 2021 en promettant de ne pas être candidat. Il a prêté serment devant Dieu, devant le peuple et devant l’Histoire. Ce serment n’est pas un détail. Le renier aujourd’hui reviendrait à faire de la parole publique un simple instrument de manipulation. Une nation ne se construit pas sur le non-respect de la parole donnée.

2. Une transition n’est pas une manœuvre de reconversion politique

Ceux qui plaident en faveur de sa candidature oublient une chose essentielle : la transition est un moment exceptionnel destiné à réconcilier, à réparer et à remettre les compteurs démocratiques à zéro. C’est une parenthèse de neutralité, pas un tremplin personnel. Comment croire à la neutralité du processus si le président de la transition devient candidat ?

3. Le déséquilibre serait total

Si Mamadi Doumbouya se présente, l’armée serait au service d’un seul homme, les institutions publiques seraient transformées en outils de campagne et les finances de l’État détournées au profit d’un projet personnel. Quelle égalité peut-il y avoir entre lui et un autre citoyen dans une telle configuration ? Aucune. Ce serait un simulacre d’élection.

4. L’instrumentalisation du CNT est inacceptable

Le Conseil national de la transition n’a pas été élu par le peuple. Il ne peut donc pas modifier les règles du jeu en faveur du pouvoir qui l’a désigné. Toute tentative de modification des textes pour légitimer une telle candidature serait une trahison de la mission du CNT.

5. L’Afrique nous regarde et la Guinée mérite mieux

Partout sur le continent, les transitions détournées au profit de leurs auteurs ont fini dans le chaos, la division ou l’isolement international. La Guinée peut et doit faire mieux. Elle doit écrire une page honorable de son histoire en montrant que ses dirigeants tiennent parole.

6. Quitter le pouvoir dignement, c’est gouverner l’avenir

Le général Mamadi Doumbouya a encore l’occasion d’entrer dans l’histoire par la grande porte, celle des hommes d’honneur qui tiennent parole. Refuser la tentation du pouvoir à vie serait son plus beau geste d’amour envers la Guinée. Il peut devenir un modèle, et non un obstacle.

7. Le peuple guinéen ne veut plus de ruse ni de force

Les Guinéens sont fatigués. Ils sont fatigués des ruses politiques, des violences et de la confiscation de leurs espoirs. Ils veulent un changement réel, une alternance crédible et un retour à la dignité citoyenne. Et ce changement commence par le respect de la parole donnée.

Nous appelons à la sagesse, à la retenue et au respect du serment. Nous voulons une transition apaisée, des élections libres et une démocratie fondée sur l’éthique et la justice. Le pouvoir ne doit plus être pris ni imposé. Il doit être mérité et conquis à la loyale. C’est à cette condition que nous pourrons, ensemble, refonder notre République.

Boubacar Dieng

Comments (3)
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  • Bah

    Laisser le grand travailler s’il vous plaît

  • IGIRUBUNTU Clovis

    Pour moi, ce que vous dîtes peut en partie être vrai mais reste discutable. A lire votre article, on a l’impression que la période de transition assurée par les hommes en uniforme est comme une période de confiscation du pouvoir du peuple par des forces étrangères. Alors que ces militaires sont aussi des fils de cette nation. Si on n’ignore pas les leçons de l’histoire nous avons constaté sur le continent africain et un peu partout à travers le monde même dans les pays qui se disent démocratiques des périodes où le pouvoir a été confié aux hommes en uniforme sans que cela ne les empêche d’être des démocraties (Charles de Gaulle en France) et ces militaires se sont souvent montré même plus efficace que les civils. Nous devons aussi ne pas avoir la mémoire courte et nous posez les bonnes questions comme « comment ces militaires sont venus au pouvoir ? Les civils à qui le peuple avait donné le pouvoir avaient-ils un bilan plus positif que ces militaires ? Et ce qu’on a vraiment besoin de voir les militaires quitter le pouvoir simplement pour que les civils reviennent ou bien l’intérêt supérieur est que la Guinée se développe ? » De mon humble avis on ne change pas l’équipe qui gagne si on a vraiment besoin de victoire. Et les élections ne sont pas signe de démocratie. La démocratie aussi doit être adaptée aux réalités des peuples et définir la formule appropriée pour l’intérêt supérieur de la nation. Ne cherchons pas à être nostalgique du pouvoir et de ses avantages mais restons focaliser vers l’intérêt commun.