Pratique de l’excision : que dit l’islam ?

Malgré l’interdiction et les actions de sensibilisation, l’excision reste une pratique courante en Guinée. Ces derniers jours, les mutilations génitales féminines ont fait couler beaucoup d’encre et de salive sur les réseaux sociaux.

Chaque année, pendant la période des grandes vacances, cette pratique resurgit. Le plus souvent, les adeptes de l’excision font un lien avec la religion. Pour mieux éclairer la lanterne des uns et des autres, notre rédaction a rencontré Elhadji Amadou Oury Diallo, chroniqueur islamique.

‘’Les oulémas de l’islam ont beaucoup divergé sur ce point, mais ils sont quand même unanimes que la circoncision est obligatoire. Mais en ce qui concerne l’excision, ça fait l’objet de divergences entre les oulémas de l’islam. Certains disent que c’est autorisé, d’autres disent le contraire’’, déclare Elhadj Amadou Oury Diallo.

Et de poursuivre : ‘’la synthèse, parce que tout dépend des preuves tirées de la parole du prophète Mohamed (Paix et salut sur lui), et de ce que les musulmans faisaient à l’époque du prophète, lorsque le prophète a émigré de la Mecque vers Médine, il a trouvé une femme exciseuse qui pratiquait l’excision. Cette femme est venue chez le prophète et lui a demandé : ‘Prophète, vous m’avez trouvée en train de pratiquer l’excision, est-ce que je peux continuer ou pas ?. Le prophète dit : ‘tu peux continuer, mais seulement, il ne faut pas trop exagérer. Le prophète a ordonné à cette femme de continuer l’excision. Beaucoup d’oulémas s’appuient sur ce hadith pour dire que l’excision fait partie de la pratique religieuse’’.

À en croire ce chroniqueur islamique, la pratique de l’excision n’est pas une obligation. ‘’L’excision fait partie de la sunna, ce n’est pas obligatoire, mais ça fait partie de la religion quand même. D’autres ont fait des commentaires pour dire que ça fait partie des choses qui donnent à la femme, c’est-à-dire le respect. Que ça permet à la femme aussi d’avoir la piété et de pouvoir se contrôler. Mais ceux qui disent que ce n’est pas autorisé, ils ne disent pas que c’est interdit de le faire, mais ils disent seulement que ce n’est pas autorisé par l’islam’’, indique-t-il.

‘’Mon point de vue est que l’excision fait partie de l’islam. L’islam n’a jamais interdit l’excision. L’excision est quelque chose qui a été pratiquée avant même l’islam. L’islam est venu la trouver et ne l’a pas interdite. Donc, c’est ce que nous avons vu dans les livres et entendu par les oulémas de l’islam. Toutefois, on a le choix de le faire ou pas. Nulle part, vous ne trouverez que celui qui n’a pas fait l’excision commet un péché. Seulement, les gens disent qu’une femme qui n’est pas excisée est trop exposée à des bêtises, à faire de l’adultère et autres. Elle ne peut pas se tenir, c’est-à-dire qu’elle va toujours être avec les hommes, et ainsi de suite. Ce sont des arguments que nous n’avons pas trouvés dans les livres. On ne peut pas s’aventurer sur ça’’.

Ceux qui luttent contre les MGF estiment que cette pratique peut entraîner de graves conséquences sur la santé de la femme.

Sur ce point, le chroniqueur islamique admet que ‘’ça peut faire mal. Parce que lorsque quelqu’un est blessé, ça fait mal. Mais est-ce que si la femme est excisée, ça a des conséquences lors de l’accouchement et autres ? Ça, c’est à réfléchir. Parce que depuis l’antiquité, nos arrière-parents faisaient des enfants alors qu’ils étaient excisés. Jusqu’à nos jours, presque les générations existantes actuellement, les femmes qui sont là, on peut dire que 90% des femmes sont excisées, mais elles font des enfants. Il y a des femmes aussi qui ne sont pas excisées et qui peuvent avoir des complications pendant l’accouchement. Ça dépend. Je crois que c’est un argument qui ne tient pas beaucoup’’.

‘’Si on dit que ça fait mal à la femme et on veut que ça s’arrête, il faut laisser les gens choisir, il ne faut pas obliger. Puisque l’islam n’a pas obligé la femme à être excisée et ne l’a pas interdit. Pourquoi ne pas vraiment adopter ce programme-là ? Il faut qu’on laisse le choix aux parents des petites filles. Parce que s’il y a des conséquences, c’est à eux. On explique très bien les avantages et inconvénients et on laisse les gens choisir’’, préconise Elhadj Amadou Oury Diallo.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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