Présidentielle 2020 : alerte violence !

[dropcap]A[/dropcap] jour J – 5 de la Présidentielle en Guinée, peut-on s’attendre à un environnement apaisé avant, pendant et après l’élection ? Rien n’est moins sûr. L’optimisme n’est pas au rendez-vous. La peur s’installe.

Des candidats sont empêchés de battre campagne dans certaines localités du pays. Des paisibles citoyens sont agressés, chassés de leurs domiciles. Des biens sont  vandalisés, des demeures saccagés et/ou incendiés. A plusieurs endroits, des déplacements de populations sont signalés dans une tentative désespérée de mettre des personnes fragiles à l’abri. Le risque que la situation dégénère dans les jours et semaines à venir n’est pas à négliger.

L’élection du 18 octobre 2020 est assurément une élection par défaut. Les conditions d’une consultation paisible dont les résultats pourraient être acceptés par les différentes parties et les partenaires internationaux ne sont pas réunies à date. Après avoir vainement réclamé une transition politique pour régler les questions sensibles entres autres de la réconciliation nationale, du fichier électoral et de la CENI, des Observateurs ont instamment appelé à la concertation entre les acteurs politiques et sociaux afin d’obtenir un minimum de consensus à la prévention de la violence inhérente aux élections bâclées. Ce fut un prêche dans le désert.

Constitutionnellement en Guinée, l’initiative du dialogue appartient à l’Exécutif. Celui-ci l’a annoncé en mai 2020. Mais depuis, il joue ostensiblement à l’usure et entretient l’omerta sur la question. Aujourd’hui les recours nationaux que sont les Religieux et Chefs Traditionnels, les Coordinations Régionales et autres Leaders d’opinion ont montré leurs limites dans la dynamique de mitigation de la violence, pour cause d’entrave aux efforts des uns et d’instrumentalisation des autres. Cela crée une situation de chienlit qui, si l’on n’y prend garde déstabilisera à terme le pays et affectera dangereusement la sous-région.

L’intervention de la communauté internationale est sollicitée à cet égard pour aider à la sécurisation des votes. Cette demande est à la mesure des prérogatives, et des capacités d’Organisations dont la Guinée est membre à part entière. En la circonstance il s’agit du respect de la loi électorale nationale. Cette loi autorise la représentation des candidats ou listes de candidats dans chaque bureau de vote. Elle autorise aussi que ces représentants entrent en possession de la copie des procès-verbaux de vote. Elle prévoit également l’affichage des résultats à l’entrée du bureau de vote à la fin du scrutin.

A partir de ce moment, le résultat affiché n’est plus frappé du sceau de la confidentialité. Il tombe  juridiquement et légalement dans le domaine public. Et dès lors, les Etats-majors de partis et les medias sont en droit de les publier. Ce sont là des dispositions de la loi guinéenne, prévues dans le cadre de la limitation de la fraude électorale. Ce qui est demandé, c’est l’application de ces instruments juridiques de sécurisation des votes des citoyens pour empêcher leur spoliation.

La Communauté Internationale, CEDEAO en tête doit se bouger. De sérieux soupçons pèsent sur le camp présidentiel de préparer des entraves à l’application des mesures de sécurisation susvisées. Si cela se matérialise, ce sera à n’en point douter la voie ouverte à la contestation suivie de violences incontrôlables. La Communauté Internationale doit agir, maintenant et tout de suite. Plus tard, il sera trop tard. Puisse Dieu le Très Haut inspirer et disposer les guinéens et leurs partenaires à s’investir pour la paix.

Sény Facinet Sylla
Secrétaire Général Adjoint
des Affaires Religieuses

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