Prix Harambee 2026 : la ministre Euphrasie Kouassi Yao met sa récompense au service des femmes et des jeunes du Gbêkê

Recevoir un prix est une reconnaissance. Choisir de partager la récompense qui l’accompagne, c’est lui donner une autre portée. Lauréate du Prix Harambee 2026 pour l’égalité de la femme africaine, Euphrasie Kouassi Yao a décidé de consacrer l’enveloppe reçue aux femmes et aux jeunes de la région du Gbêkê, en Côte d’Ivoire. À travers ce geste, elle entend soutenir des initiatives locales, encourager l’autonomie financière des femmes et ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes.

C’est à l’Université ICK de Bouaké, le samedi 10 octobre, que cette décision a pris forme. Plus de 320 personnes ont pris part à une journée consacrée à l’autonomisation, à la formation et à l’éducation. La rencontre s’est tenue en présence d’Euphrasie Kouassi Yao, ministre conseillère spéciale du Premier ministre chargée du Genre, titulaire de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » et coordonnatrice nationale du Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire. Des représentants des autorités locales, de la jeunesse et des communautés religieuses et coutumières étaient également présents.

Décerné le 3 mars 2026 à Madrid, le Prix Harambee était accompagné d’une enveloppe de 10 000 euros, soit 6 559 570 francs CFA. Euphrasie Kouassi Yao a choisi de réinvestir cette somme dans le Gbêkê, une région où le Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire est engagé depuis sa création.

Son choix s’inscrit dans le sens même du mot Harambee. « Harambee veut dire : tous ensemble. Un prix qui porte ce nom-là ne pouvait pas rester entre mes mains », a-t-elle expliqué. Une manière de rappeler que, pour elle, cette distinction devait aussi profiter à d’autres, notamment aux femmes qui cherchent à développer leurs activités et à améliorer leurs conditions de vie.

Douze femmes et jeunes filles ont été les premières bénéficiaires de cette initiative. Chacune a reçu 300 000 francs CFA pour renforcer son activité génératrice de revenus. Leurs projets couvrent des domaines aussi différents que la transformation du manioc, l’élevage, la restauration, l’artisanat, la santé communautaire, la production de jus de fruits, le tissage ou encore l’accompagnement des femmes rurales.

Derrière ces activités, il y a des projets à faire grandir, des revenus à consolider et, pour certaines, la possibilité de gagner davantage d’indépendance. C’est pourquoi, la ministre Euphrasie Kouassi Yao a invité les bénéficiaires à utiliser les fonds avec sérieux, à développer leurs activités et à respecter leurs engagements. Elle leur a aussi demandé de transmettre cette solidarité en aidant, à leur tour, une autre femme ou une jeune fille.

Le soutien financier ne représente donc qu’une première étape. « Ces financements ne sont pas une fin en soi. Ils sont un point de départ », a-t-elle insisté, en encourageant les bénéficiaires à faire de cette aide une occasion de progresser durablement.

La journée de Bouaké ne s’est toutefois pas limitée au financement des activités économiques. Le développement des compétences numériques figurait également au programme. Au total, 115 femmes et hommes de la région du Gbêkê, formés à l’intelligence artificielle, ont reçu leurs certificats. Cette formation leur permet de disposer de nouvelles connaissances dans un domaine qui prend une place croissante dans les activités professionnelles et dans la vie quotidienne.

Autre initiative présentée lors de la rencontre, l’installation à Bouaké de l’un des tout premiers Comités Pratiques de la BASE, le Réseau des Bâtisseuses et des Bâtisseurs d’Amour et de Solidarité Efficace. Créé au sein du Compendium en 2020, en pleine crise sanitaire de la Covid-19, ce réseau repose sur une idée simple : encourager les personnes à agir ensemble pour répondre aux besoins de leurs communautés. Après ses premières années d’existence, il ambitionne désormais d’étendre son action à l’ensemble du territoire ivoirien et au-delà des frontières nationales.

L’éducation a également occupé une place importante dans cette journée. Quatre élèves ont présenté leur lecture du roman « EKY ou le secret de la réussite », agréé par le ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation et prescrit aux classes de troisième depuis la rentrée scolaire 2024-2025.

Pour prolonger cette initiative dans les établissements, cinq écoles ont reçu chacune 50 exemplaires du livre, soit 250 ouvrages au total. Dans chaque établissement, dix livres sont destinés à la bibliothèque scolaire. Les 40 autres doivent être distribués à des élèves issus de familles en difficulté, afin de leur permettre de disposer de leur propre exemplaire.

Grâce à cette opération, 200 élèves supplémentaires sont désormais dotés du livre. D’autres exemplaires ont également été remis à des élèves et à des femmes entrepreneures. Au total, 350 ouvrages ont été distribués au cours de la journée, avec l’ambition de rapprocher davantage les jeunes de la lecture et de leur donner accès à un ouvrage présenté comme une source d’inspiration.

Ces différentes initiatives prennent un relief particulier cette année, alors que le Compendium des Compétences Féminines de Côte d’Ivoire célèbre ses 15 ans. Créé le 4 octobre 2011 à la demande du président de la République, le programme s’est donné pour mission de valoriser les compétences des femmes et de favoriser leur contribution au développement du pays. Le réinvestissement du Prix Harambee s’inscrit ainsi dans la continuité de cet engagement, en donnant une traduction concrète à la promotion de l’autonomisation féminine.

La célébration coïncide avec les 20 ans de la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions », créée le 11 janvier 2006. En 2018, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a reconnu le Compendium comme le meilleur programme africain de valorisation des compétences féminines. Fort de cette expérience, le programme entend désormais partager son savoir-faire avec d’autres pays du continent.

À Bouaké, le Prix Harambee 2026 s’est ainsi traduit par des appuis financiers à des femmes, une formation à l’intelligence artificielle, une initiative de solidarité et la distribution de livres. Des actions différentes, mais qui poursuivent afin de donner aux femmes et aux jeunes des moyens supplémentaires pour développer leurs capacités et concrétiser leurs projets. Pour Euphrasie Kouassi Yao, la valeur de cette distinction se mesure désormais aussi à ce qu’elle peut apporter aux autres.

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