Rencontre entre Donald Trump et cinq presidents africains à la Maison Blanche : diplomatie ou business stratégique ?

Dans cet entretien, Madeleine Banyolang, doctorante en relations internationales et analyste au cabinet InterGlobe Conseils, décrypte les enjeux géopolitiques de la récente rencontre entre Donald Trump et cinq chefs d’État africains à la Maison Blanche. Derrière l’image symbolique, elle dévoile les dessous d’une diplomatie américaine résolument tournée vers les ressources stratégiques du continent. Une lecture lucide des rapports de force, entre opportunités économiques et risques d’alignement.

VisionGuinee : Quel message géopolitique la selection de cinq leaders africains spécifiques envoie-t-elle au monde et à l’Afrique elle-même?

Madeleine Banyolang : Depuis son ascension à la maison blanche, que ce soit durant son premier mandat ou lors de son retour à la tête des Etats-Unis. Donald Trump n’a cessé de signifier lors de ses campagnes, une vision politique du “America first”. Cette diplomatie s’inscrit dans une volonté de redorer l’image économique des Etats-Unis qui au cours de ces dernières années à laisser plus de la place aux actions de maintien de la sécurité et s’est laisser ravir la place par la Chine. Cela commence par un repositionnement sur l’échiquier mondiale et particulièrement en Afrique.

Au fil du temps, la présence des Etats-Unis sur le continent africain a commencée à s’effriter et s’est maintenue dans certaines zones grậce à son aide publique au développement qui bien que alléchante n’en est pas plus que celle proposé par la Chine, la Russie ou encore par les nouvelles puissances émergentes. Alors, pour atteindre ses objectifs politiques Donald Trump opte pour une approche différente de ses prédecesseurs. Une approche axée sur le business et non sur l’aide publique, qui s’exprime à visage ouvert pour les minerais stratégiques (manganèse, uranium, gaz, pétrole…) et non de la lutte contre le terrorisme et de la promotion de la démocratie surtout en Afrique.

La rencontre entre Donald Trump et ces cinqs présidents africains à la maison blanche est tout simplement la matérialisation d’une stratégie objective. De même que le choix de ces cinq pays n’est pas fortuite. Au contraire est porteur de plusieurs messages clés. Premiérement, les ressources naturelles qui caractérisent chacun de ces pays africains est une niche d’opportunités, d’ investissements pour l’Amérique surtout pour Donald Trump. En plus de sa casquette d’homme d’affaires, il est conscient des difficultés qu’ont les pays africains à transformer leur richesses naturelles mais aussi de la dynamique des autres puissances presentent de la scène africaine. Il devient urgent pour les Etats-Unis de sécuriser leurs interêts encore plus l’accès aux minérais. C’est pourquoi, cette rencontre est le meilleur canal pour ‘faire des deals” économiques. La preuve, durant ces échanges, l’accent était clairement mis sur les aspects économiques.

Deuxièment, son entêtement à repositionner économiquement les Etats-unis sur la scène internationale en génèrale et particuliérement en Afrique s’exprime à travers cette rencontre ciblée dans la mesure où cela permet des discussions plus directes, des négociations plus avantageux pour les Etats-unis.

Troisièment, il faut relever que ces pays se trouvent dans des zones d’influences croissante de la Chine et de la Russie, alors cette rencontre est un signal du retour des Etats-Unis sur le théậtre africain donnant lieu à des rivalités silencieuses.

Trump a vanté les richesses naturelles des pays invités, quells enjeux pour ces pays?

En diplomatie, le discours revêt des codes, des symboles qui traduisent la construction du jeu des acteurs et dont la clé centrale de la compréhension réside dans le sens des mots employés. Il est de toute evidence que cette mention répétitive lors de cette rencontre des richesses naturelles que regorgent respectivement ses cinq pays africains démontrent non seulement les motivations qui structurent chaque point évoqué mais aussi expose les opportunités et les risques que cela pourraient avoir sur ces cinq pays.

En terme d’opportunités, ces cinq pays africains bénèficieront des investissements américains qui leur permettront de stimuler leur croissance économique, car créera des emplois, développera le secteur industriel principalement les infrastructures liées à l’exploitation de ces richesses.

De plus, il faut signifier que cette reconnaissance à mondo vision des richesses de ces cinq pays confère à ces derniers, une marge d’action car renforce leur pouvoir de négociation. D’un autre côté, il faut bien prendre en compte l’autre revers de cette realité qui sous-entend des risques parmis lesquels: une volatilité des prix de ces matières premières car le rapport de force entre les Etats-Unis et ces cinq pays est bel et bien déséquilibré ; la dépendance à ces investissements étrangers, l’alimentation des inégalités sociales voir amplification de celles qui sont déja existantes comme c’est le cas au Gabon actuellement.

Ce mini-sommet à la maison blanche apparait comme une stratégie pour contrer l’influence croissante de la Chine et de la Russie sur le continent. Est-ce une vision réaliste de la diplomatie américaine?

Cette rencontre s’inscrit parfaitement dans une vision réaliste de la diplomatie americaine actuelle qui est menée par l’administration de Donald Trump.

Le contexte sociale de ces cinq pays africains est confronté à des défis socio-économiques majeures ce qui est favorable à l’opérationnalisation de la stratégie américaine. Malheureusement cette diplomatie du America First ne passe pas inaperçu pour les autres puissances à l’instar de la Chine et la Russie. Il est clair que cette stratégie vise à contrer l’influence grandissante de ces deux puissances que ce soit dans ces zones ciblée et globalement des pays africains. Il faut bien le rappeler, ces deux puissances au fil du temps ont gagné du terrain sur l’échiquier africain alors la posture réaliste americaine a lieu d’être surtout dans un climat où la coopération bilatérale est de plus en plus mis en avant par les partenaires au développement car définit au mieux les objectifs de gain des acteurs.

Un Sommet plus large est prévu à New-York en septembre, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, que pourrait apporter de plus ?

Ce sommet plus large represente une opportunité différente de la rencontre à la maison blanche. Fondamentalement, ce sommet en marge de l’ONU couvrent des agendas beaucoup plus vastes que celui de l’ accès aux richesses naturelles du continent.

Du simple fait qu’elle sera le canal par excellence pour Donald Trump d’opérationnaliser sur un spectre plus large ses stratégies et d’obtenir ses objectifs préalablement fixées. Cela peut sembler s’incrire en étroite contradiction avec la vision diplomatique africaine de Donald Trump mais d’un regard minitieux , l’on est amené à observer que ce sommet est juste un tremplin à la projection géopolitique americaine sur le continent et globale.

Par ailleurs, il sera l’occassion pour les Etats africains d’affirmer leur position diplomatique ou du moins leur engagement avec les Etats Unis qui sera déterminante pour la nature de leur coopération.

Quelle lecture faites-vous de l’attitude des présidents africains face à Trump ?

L’attitude de ces cinq chefs d’Etats africains face à Donald Trump est révelateur d’un tact de respect diplomatique et même protocolaire mais avec une ferme volonté de défendre au mieux les interêts nationaux de leurs pays respectifs. Avant tout, le fait d’avoir accepté cette invitation de Donald Trump s’inscrit dans une ouverture à la main tendue américaine; toutefois sont conscients des enjeux qui sous tendent cette rencontre.

En réalité, on aurait pu s’attendre à des interactions houleuses surtout quand on tient compte des événements qui ont caracterisés les relations entre l’Afrique en générale et les Etats-unis ces derniers temps. Contre toute attente, leur attitude a été dictée par leurs gains réalisables et les étapes concrètes qui seront determinantes pour la suite de leur coopération. Bien que restant dans la méfiance de l’imprévisibilité du discours américain lors de cette rencontre.

Un commentaire sur la photo du locataire de la Maison Blanche assis dans le bureau, entouré de ses cinq homologues africains?

Comme signifier plus haut dans nos propos. En diplomatie, le langage diplomatique n’utilise pas uniquement des déclarations d’intentions , franches , compréhensibles pour les non-initiés mais s’exprime également à travers les silences, les secrets. Cette image est assez significative bien qu’elle ait suscitée des étonnements et des appréhensions diverses.

Il faut dire que ce choix de posture de Donald Trump est um message claire qu’il a voulu vehiculé a l’endroit de ses concurrents sur la scène africaine, celui d’une Amérique quia encore cette capacite d’exercer son rapport de force. Pour ce qui est de la posture des chefs d’Etats africains, l’on ne saurait signifier qu’elle soit l’expression des chefs d’Etats naifs au contraire, mais de ceux qui ont compris non seulement le jeu americain tout en laissant croire leur docilité au détriment de la concrétisation des gains bien que le fond se veut déséquilibré de prime à bord. Cela se lit à travers une gestuelle qui certes s’inscrit dans le protocolaire mais l’expression de ces cinq chefs d’Etats porte à confusion.

Dès lors, l’on est en droit de se dire que cette coopération américaine avec ces cinq nous présentera des surprises agréables de la part des chefs africains ou alors continuera dans le sens du America First.

Par Ciré BALDE, pour VisionGuinee.Info

00224 664 93 14 04/cire.balde@visionguinee.info

Comments (0)
Add Comment