À M. Aboubacar Camara
Directeur Général du Service National des Bourses Extérieures (SNABE)
Monsieur le Directeur,
C’est avec un esprit citoyen que je viens, par la présente, soumettre une manifestation d’idées pour la conciliation entre le rêve, l’engagement de le réaliser et les atouts que nos différents bacheliers portent dans le cadre de leur projet d’études et de leur carrière professionnelle.
En effet, il me semble fondamental, voire impératif, de garantir aux lauréats guinéens la liberté de choisir le domaine d’études qui correspond à leurs aspirations, à leurs compétences et à leur projet de vie. Ces élèves, souvent issus de milieux modestes, consacrent des années d’efforts et de sacrifices pour exceller et finir parmi les meilleurs élèves du pays afin d’obtenir une bourse d’étude à l’étranger.
Cependant, voir leur avenir imposé par une orientation inadaptée à ce qui précède, c’est- à-dire déconnectée de leurs aspirations et de leurs compétences, est tout simplement inacceptable. Cette pratique, encore trop courante, brise des parcours, étouffe des talents et compromet l’avenir non seulement de ces jeunes, mais aussi de la Guinée tout entière.
Dans le cadre de la coopération éducative entre la Guinée et le Maroc via l’AMCI, de nombreux lauréats sont envoyés dans des filières qui ne correspondent ni à leurs profils ni à leurs atouts pédagogiques et scientifiques. Pire encore, certains sont orientés vers des domaines que le pays hôte réserve à ses élèves moins performants. Cette situation est non seulement injuste, mais elle est aussi contre-productive. Elle engendre une démotivation, des échecs universitaires, et parfois même des abandons.
À titre illustratif, des lauréats de sciences sociales se retrouvent propulsés dans des cursus
techniques, ou économiques, pour lesquels ils n’ont ni les bases ni l’intérêt. Cette politique d’orientation forcée ne fait que gaspiller le potentiel de ces jeunes, briser des parcours prometteurs et priver la Guinée de talents qui auraient pu contribuer de manière significative à son développement.
Je parle ici, Monsieur le Directeur général, en connaissance de cause. Moi-même, j’ai été victime de cette orientation forcée. Après avoir obtenu un baccalauréat en sciences sociales en 2012, j’ai été orienté, comme beaucoup d’autres élèves issus de la même filière, vers des études en économie au Maroc à l’université Mohammed 1er d’Oujda. Très vite, nous nous sommes retrouvés plongés dans un cursus dominé par les mathématiques, les statistiques, la comptabilité…des disciplines pour lesquelles nous n’avions reçu aucune base préalable.
Nous sommes ainsi passés de l’excellence à la lutte pour la survie académique. Nos notes ont chuté, et la motivation pour les études avec. Moi qui rêvais de figurer parmi les meilleurs, j’ai failli abandonner mes études. Il m’a fallu l’aide de Dieu et une forte résilience, pour aller jusqu’au bout.
Mais à quel prix ? Mon rêve de faire des études en sciences politiques ou en relations internationales m’a été volé.
Monsieur le directeur, cette situation n’est pas un cas isolé, mais un problème systémique qui touche de nombreux lauréats guinéens. Elle soulève des questions cruciales : pourquoi imposer des choix aussi arbitraires aux meilleurs élèves du pays ? Pourquoi sacrifier leur avenir en les orientant vers des filières où ils risquent d’échouer ou de s’éteindre à petit feu ? Ce qui rend cette situation encore plus incompréhensible, c’est que d’autres pays africains en coopération avec le Maroc permettent à leurs élèves de choisir librement leur orientation. Pourquoi la Guinée devrait-elle être une exception ?
Le gouvernement guinéen, à travers la direction (SNABE) que vous dirigez, doit impérativement revoir les modalités de cette coopération éducative. Il ne s’agit pas simplement d’envoyer des étudiants à l’étranger, mais de leur offrir un cadre qui respecte leur mérite, leur profil et leur vocation. Une bourse d’études ne devrait jamais être une punition ou un obstacle, mais un tremplin vers l’excellence.
Il est crucial d’instaurer, Monsieur le Directeur général, une plus grande transparence dans le processus d’orientation et de donner aux élèves une voix dans la décision qui déterminera leur avenir.
Permettre aux lauréats guinéens de choisir leur domaine d’études n’est pas un luxe, mais une nécessité. Leur réussite est celle de la Guinée. Continuer à imposer des orientations inadaptées, c’est non seulement trahir la confiance de ces jeunes, mais aussi priver le pays de talents capables de le faire avancer.
Monsieur le Directeur général, mon expérience, comme celle de tant d’autres, est un cri d’alarme : il est temps d’agir pour que les rêves des meilleurs élèves du pays ne soient plus sacrifiés sur l’autel de l’arbitraire.
Le Gouvernement, à travers vous, doit prendre ses responsabilités et finir avec ce processus d’orientation opaque. Vous êtes à la tête de l’institution chargée de gérer les espoirs de toute une génération. Vous avez entre vos mains le pouvoir de corriger une injustice qui dure depuis trop longtemps.
Il est temps de mettre fin à cette injustice silencieuse qui pousse nos meilleurs élèves à l’échec, à l’abandon ou à la résignation. Il est temps de permettre aux lauréats guinéens, à l’instar des autres lauréats africains au Maroc, la liberté de choisir leur parcours universitaire.
Dans l’espoir de bénéficier d’une écoute attentive, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur général, l’expression de ma contribution citoyenne.
BARRY Alpha Oumar
Ancien étudiant guinéen au Maroc–promo 2012
Mon frère je suis entièrement d’accord avec toi. Il faut que les lauréats arrivent à faire ce qu’ils veulent. Sinon si on t’oblige de faire des choses que tu n’aime pas c’est pas facile de sans sortir franchement.
C’est vraiment un témoignage poignant, il faudrait que nos dirigeants qui s’occupent de ce domaine soient attentifs à ces recommandations. En tout cas pour l’intérêt de la Guinée, cela doit dire beaucoup de choses aux décideurs qui sont à la tête du pays aujourd’hui.