Sommet international d’Accra : quand l’Afrique et les Caraïbes font table rase de la traite transsaharienne

Des leaders africains et caribéens se sont réunis, du 17 au 19 juin dernier, à Accra, au Ghana. Objectif : exiger justice et réparations, entre autres, de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne, du Portugal et des Pays-Bas, qui ont organisé et profité de la traite négrière pendant quatre siècles. Une démarche, du reste, salutaire.

Malheureusement, là où le bât blesse, c’est lorsque ces mêmes intellectuels et politiques estiment que la traite négrière transatlantique est le plus grand crime contre l’Humanité et font table rase de la traite transsaharienne au cours de la rencontre d’Accra.

Il faut rappeler que les Arabes ont pratiqué une traite inhumaine et barbare pendant plus de dix siècles, enlevant des populations noires pour les réduire en esclavage dans leurs pays, de la même façon, sinon pire, que les Européens l’ont fait outre-Atlantique. Pire, les Arabes castraient les hommes pour qu’ils ne puissent pas coucher avec les femmes des pays où ils étaient asservis.

Ce n’est pas une histoire cachée. Aucun pays arabe ne la nie. D’ailleurs, le mot arabe utilisé pour désigner les Noirs signifie esclave, et le mépris pour les Noirs africains est, pour ainsi dire, inscrit dans l’ADN de la majorité des populations de ces pays du Maghreb.

Quel Africain, qu’il soit intellectuel, analphabète ou politicien, ne connaît pas cette partie de notre histoire avec les Arabes ? Quel Africain ignore qu’aujourd’hui encore, l’esclavage est toujours pratiqué dans des pays arabes comme la Mauritanie, qui siège avec tous les autres pays africains au sein de l’Union africaine (UA) ?

Alors, pourquoi, lorsque nous parlons de l’esclavage en tant que plus grave crime contre l’Humanité, lorsque nous demandons des réparations, sautons-nous cette partie ? Pourquoi ?

Des pays arabes, qui siègent à l’Union africaine, ont pris des Africains parce qu’ils sont noirs et les ont déposés en plein désert, où la seule issue pour eux était la mort. Quel État africain, même parmi ceux dont ces personnes étaient ressortissantes, a protesté ?

Nous parlons tous les jours de dignité. Mais sommes-nous vraiment sûrs que nous en avons ?

Nos dirigeants se doivent de dire les quatre vérités dans notre enceinte commune qu’est l’UA et de prendre, éventuellement, des sanctions contre ces pays s’ils ne respectent pas les citoyens des autres pays africains. C’est le prix du respect que nous attendons d’eux.

Vivement la fin du silence coupable des politiciens et des intellectuels africains face à cette triste réalité, absolument évidente, flagrante et impossible à ignorer.

Mamadou Saliou Diallo, journaliste

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