Dans le cadre du procès du massacre du 28 septembre, Aboubacar Toumba alias Toumba a continué à livrer lundi sa part de vérité sur les événements qui ont endeuillé des centaines de familles en Guinée. Devant la barre, l’ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara a assuré que Marcel Guilavogui et le colonel Tiegboro Camara étaient bel et bien au stade. Extraits…
‘’Je suis rentré au stade du 28 septembre en courant. Je suis parti dans les gradins. J’ai dit aux leaders : ‘Venez par-là !’. Ils sont venus vers moi. Maintenant, j’ai commencé à m’imposer. Vers la sortie des gradins, entre les chaises, j’ai vu des personnes entachées dans des caniveaux, un homme était en train de les assommer. Je lui ai donné un coup de pied devant les militaires. Il est parti se coucher.
Je suis sorti avec les leaders, personne ne m’osait. Quiconque vient vers nous, je crie, il recule. Marcel est venu. Il a donné un coup sur la tête de Sidya, il a retiré Cellou Dalein Diallo pour l’envoyer sur la pelouse (…). J’ai couru avec eux jusqu’à mon véhicule. Je les ai tous embarqués. J’ai dit à Foromo de m’attendre. Je me suis retourné encore en courant pour aller chercher Cellou. J’ai trouvé qu’il s’était évanoui à la rentrée du stade au niveau du petit portail. Et Tiegboro était arrêté à côté de lui. C’est là que j’ai vu Tiègboro. Je ne savais pas si Dalein était mort, car je savais dans quel état, Marcel l’a entrainé là-bas.
Dès que je suis venu, je suis monté dans mon véhicule pour me diriger vers la ville. J’avais beaucoup de mouchoirs blancs sur mon tableau de bord avec de l’eau. J’en ai distribué aux leaders en les consolant. Louceny Fall, Mouctar Diallo, Feu Jean Marie, le président Sidya Touré et d’autres militants politiques étaient là, mon véhicule était rempli. Demandez-leur s’il y avait un autre militaire avec moi. Si c’est le cas, annulez ma déclaration, ne me croyez plus. Aucun véhicule militaire ne nous suivait. J’ai pris 100 Km à l’heure, mon véhicule était rapide. Il était unique en Guinée.
Dans ma tête, je me demandais où partir avec ces leaders. Au niveau pont du 8 novembre, je me suis rappelé qu’il y avait des éléments que je ne contrôlais pas et que je ne connaissais pas. J’ai évité les éléments du pont pour prendre la Corniche-nord. Mais l’hôpital n’était pas dans ma tête. On avait le pouvoir, je pouvais les envoyer au camp Tombo ou Koundara ou bien les remettre directement à Dadis. Je prends la Corniche et je vois la clinique à côté, je gare et les débarque.
Tiegboro et Marcel sont venus avec leurs groupes. Tiegboro dit qu’il n’a pas vu Marcel à la clinique. Pourtant, ils étaient ensemble. Ils étaient venus en convoi. Ils sont venus garer, je n’ai pas vu Cellou avec eux. Certainement, il était dans leurs véhicules. Bah Oury, je ne le connaissais pas (…).
Quand ils sont venus, Marcel a sorti deux grenades. Même l’autre jour à la maison centrale, je l’ai approché pour lui dire : ‘Ce n’est pas toi qui voulais m’attaquer’. Il dit ‘Astakhfirullah, je ne peux pas te toucher’. Je lui ai demandé : ‘Mais pourquoi as-tu sorti les grenades ?’. On a beaucoup parlé là-bas. Il a dit que même si on envoie un char de combat devant lui, il ne va pas parler lors du procès.
Donc, Marcel a sorti les grenades, j’ai lui dit : ‘Tu es fou ?’. Il a dit que si je ne fais pas sortir les leaders, il va faire sauter la clinique. Tiègboro ne parlait pas. Les leaders étaient même désemparés, certains pleuraient. Malgré tout, je ne les ai pas laissés dans leurs mains. Je les ai embarqués comme nous étions venus. Elhadj Cellou et Bah Oury n’étaient pas avec moi. Mais tous les autres étaient avec moi avec des militants. J’ai encore pris la vitesse, ils ne pouvaient pas me rattraper. Je me suis dirigé vers chez général Baldé’’.
Par Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
00224 662 78 58 57/salimbalde91@gmail.com