Un activiste de la société civile alerte : ‘’la consommation abusive de la chicha est devenue un problème de sécurité nationale’’

Malgré l’interdiction par le gouvernement depuis le 4 janvier 2021, la vente et la consommation de chicha continuent de prendre de l’ampleur en Guinée. À Coyah, Alsény Bangoura, président du Conseil préfectoral des organisations de la société civile, appelle à une mobilisation générale pour faire respecter la loi.

L’interdiction de la chicha en Guinée n’a pas suffi à enrayer le phénomène. Sa consommation continue de progresser, particulièrement chez les jeunes. Face à cette situation, notre rédaction s’est entretenue ce mardi avec Alsény Bangoura, président du Conseil préfectoral des organisations de la société civile de Coyah. Il estime que l’ampleur prise par cette pratique est désormais préoccupante.

Le président du Conseil préfectoral des organisations de la société civile à Coyah qualifie cette décision de salutaire, ‘’dans la mesure où cette consommation abusive de la chicha est devenue un problème de sécurité nationale. Actuellement, nos frères, nos enfants, pendant la nuit, abandonnent tout, pour aller dans des chichas lounges. Alors qu’il y a autre chose à faire pour aider leur communauté et leurs parents. La chicha est devenue une source de dépense, surtout pour les jeunes filles. Quand le gouvernement prend une telle décision pour interdire la consommation publique de la chicha, nous, acteurs de la société civile, nous nous réjouissons de cette décision. Parce que ça freine la délinquance juvénile’’.

Alors que certains observateurs s’interrogent sur le fait que la vente de la cigarette ne soit pas également interdite, Alsény Bangoura apporte des précisions.

‘’J’ai eu des échanges avec un spécialiste de la nicotine, qui m’a dit que ce soit la chicha ou la cigarette, ils ont les mêmes effets sur l’organisme humain. Il y a certains qui pensent qu’interdire la chicha et laissé la circulation et la vente de la cigarette, c’est du deux poids deux mesures. La cigarette, on sait que ça a des effets néfastes sur l’homme. Mais c’est écrit là-dessus. Tandis que la chicha, on ne voit rien qui dit qu’elle est telle ou telle. Et la cigarette aide l’économie guinéenne, parce que ceux qui importent la cigarette, ils payent les taxes, les impôts et ces différentes recettes aident notre gouvernement. Mais pour ce autre produit, nous ne pouvons pas exactement dire où se limite le danger’’, souligne-t-il.

Bien que la chicha soit interdite depuis 5 ans, elle continue de faire partie du quotidien de nombreux jeunes. Face à cette situation, Alsény Bangoura estime que le gouvernement doit prendre des mesures très strictes.

‘’La drogue est interdite, mais ça circule. Ça sera la même chose avec la chicha si le gouvernement ne prend pas garde. Les enfants disent que c’est interdit publiquement, mais nous pouvons aller acheter, venir consommer dans nos salons et chambres. Et ce n’est pas très facile de vraiment veiller sur ça. La seule chose que nous demandons au gouvernement, c’est d’interdire l’introduction de ce produit dans le pays. Parce qu’une fois que ce produit dépasse nos frontières, on va beau faire, au niveau des lieux publics, peut-être qu’ils ne vont pas en consommer, mais ils vont le faire dans les concessions ‘’, assure-t-il.

Il reste plus que jamais convaincu que ‘’pour que cette décision soit respectée, il faut qu’au niveau des frontalières, que ce soit à l’aéroport, au port ou les frontières terrestres, on bloque la rentrée du produit. Sinon, une fois que ce produit dépasse nos limites frontalières et que ça rentre, les enfants trouveront des voies et moyens pour le consommer’’.

Cet acteur de la société civile dénonce par ailleurs l’attitude de certaines jeunes filles qui s’adonnent à une consommation de la chicha. Il interpelle les parents sur leur rôle dans l’éducation et la surveillance de leurs enfants.

‘’Quand la décision d’interdiction de la chicha est tombée, quelqu’un m’a dit : ‘Dieu merci, nos dépenses sont réduites avec nos copines. Moi je ne consomme pas la chicha, mais ma copine quand nous allons dans une boîte, le minimum que je dépense pour sa consommation, c’est 100 000 GNF’. Donc, je demande à nos filles de revoir cela. Ce monde dans lequel nous vivons actuellement, hommes et femmes, avons les mêmes importances pour le développement de nos localités. Ce que l’homme peut faire, la femme peut le faire à tout moment. Nos filles doivent accepter de garder leur dignité’’, conseille-t-il.

Il demande aux ‘’parents de prendre leurs sresponsabilité vis-à-vis de leurs enfants. Il faut que tout le monde soutienne la décision du gouvernement. Les parents, les consommateurs, les forces de défense et de sécurité, chacun doit jouer son rôle’’.

Alsény Bangoura invite les autorités à tous les niveaux à utiliser tous les moyens légaux pour faire respecter cette décision, dans l’intérêt du bien-être des citoyens.

‘’Quand le gouvernement prend une décision, on entendre des gens dire que c’est éphémère. Il y a eu des décisions qui ont été prises ici, un mois, deux mois, tout est revenu encore. Quand des décisions sont prises pour le bien-être des guinéens, il faut aller jusqu’au bout’’, lance-t-il à l’endroit des autorités.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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