Visa étudiant : aucune règle officielle n’impose un hébergeur du même sexe que l’étudiant !

Dans la matinée du 11 août, cette publication sur le réseau social Facebook (lien archivé ici et ), annonçait que des “étudiants [guinéens] ayant l’admission Campus France n’arrivent pas à avoir le rendez-vous pour [leur] demande de visa”. Elle avance, d’après l’auteur de la publication, que sur l’attestation d’hébergement “si tu es une fille, il faut que l’attestation d’hébergement soit établie par une fille pareille chez les hommes et non l’inverse”Donc, une nouvelle exigence imposait aux étudiants admis (une fois leur visa obtenu) à poursuivre leurs études supérieures en France d’être hébergés par des personnes de même sexe : les étudiantes par les femmes et les étudiants par les hommes.

Plus tard dans l’après-midi, c’est une pétition intitulée “ à supprimer le critère discriminatoire pour les étudiants guinéens” a été lancée par « contre l’injustice Campus France ». Au moment de la rédaction de cet article, elle a obtenu plus de 450 signatures.

Cette affirmation, qui suscite des inquiétudes parmi des candidats au départ, a conduit GuineeCheck.org à vérifier ce qu’il en est réellement.

Pour ce faire, nous avons recueilli le témoignage d’un étudiant concerné. D’après notre méthodologie l’anonymat n’est accepté qu’à condition. Les arguments de notre interlocuteur valaient cet anonymat. Nous avons aussi interrogé Lucien Blemou, l’auteur de la publication, le Consulat et puis sollicité le Service de coopération et d’action culturelle de l’ambassade de France en Guinée assurant la tutelle de Campus France Guinée.

Des étudiants disent avoir rencontré cette difficulté

Un étudiant actuellement engagé dans une procédure de demande de visa explique à GuineeCheck.org avoir été confronté à une demande concernant le sexe de son hébergeur. « Je suis en train de faire ma demande de visa, je n’ai toujours pas obtenu un rendez-vous pour ma demande de visa. Une fois au CCFG, pour avoir un rendez-vous, ils m’ont demandé d’aller faire vérifier mes documents avec une dame […], c’est elle qui m’a dit qu’il me faut une attestation venant d’un homme, qu’une femme ne peut pas m’héberger là-bas », témoigne-t-il.

L’étudiant affirme qu’une attestation avait déjà été établie par sa sœur, mais qu’elle lui aurait été refusée au motif qu’elle provenait d’une femme. Il dit avoir ensuite été informé qu’une attestation établie par un homme serait nécessaire.

Il précise toutefois ne disposer d’aucune preuve écrite de cet échange, les discussions ayant eu lieu physiquement au Centre Culturel Franco Guinéen où siège Campus France Guinée. Cette situation, selon lui, est particulièrement préoccupante en raison des délais liés à la procédure de visa et du risque de retard dans son arrivée en France.

Le 21 août 2026, Radio France Internationale (RFI) a recueilli des témoignages similaires auprès d’un étudiant admis à la Sorbonne et de plusieurs étudiantes, qui rapportent également avoir vu leur demande de rendez-vous bloquée au motif que leur attestation d’hébergement provenait d’une personne de sexe différent.

L’auteur de la publication s’appuie sur d’autres témoignages

Contacté par la rédaction de GuineeCheck, l’auteur de la publication, Lucien Blemou maintient ses affirmations. Des étudiants disposant auparavant d’attestations d’hébergement établies par des personnes de sexe différent auraient été invités, dans certains cas, à fournir une attestation provenant d’une personne du même sexe. Il cite notamment le cas d’une étudiante admise dans une ville française où réside son frère. Selon son récit, celui-ci a été écarté comme hébergeur parce qu’ils ne portent pas le même nom de famille, l’étudiante et son frère n’ayant pas le même père.

Pourtant, selon lui, les années précédentes, une attestation d’hébergement pouvait être établie par une personne de l’un ou l’autre sexe. Il soutient que les informations publiées auparavant par Campus France Guinée concernant les pièces nécessaires mentionnaient simplement une attestation d’hébergement, sans condition liée au sexe de l’hébergeur. Il reconnaît toutefois ne pas avoir contacté Campus France Guinée avant de faire sa publication sur les réseaux sociaux. Il indique que le directeur de Campus France Guinée est intervenu dans les commentaires de l’une de ces publications et que des échanges ont suivi.

L’auteur estime par ailleurs que les difficultés sont propres à la procédure en Guinée, affirmant avoir accompagné des étudiants dans d’autres pays, notamment au Maroc, au Sénégal et en Côte d’Ivoire, sans avoir constaté le même problème. Ces éléments constituent cependant des témoignages et ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’existence d’une nouvelle règle officielle.

Que disent les autorités françaises ?

Selon Chloé Youmbi, chargée de mission presse à l’Ambassade de France en Guinée et en Sierra Leone, Campus France n’est pas l’autorité chargée d’instruire les demandes de visa. Campus France intervient dans la procédure « Études en France » et délivre notamment l’attestation de préinscription nécessaire à la demande de visa. Le Consulat de France est « la seule autorité habilitée à prendre les décisions en matière de visas ».

Sur la question de l’hébergement, elle confirme que les étudiants doivent justifier leurs conditions d’hébergement dans leur dossier. “Lorsqu’un étudiant est hébergé chez un particulier, les pièces demandées portent notamment sur l’attestation d’hébergement, l’identité de l’hébergeur et la justification du logement.” précise-t-elle. Elle insiste également sur le fait qu’une condition de concordance entre le sexe de l’étudiant et celui de l’hébergeur n’apparaît nulle part pas dans les documents officiels relatifs au visa étudiant.

Campus France a-t-il demandé ces attestations ?

Solène DUBOIS, Conseillère adjointe au Service de coopération et d’action culturelle, qui assure la tutelle de Campus France Guinée au sein de l’Institut français de Guinée, a rappelé à GuineeCheck « que ni Campus France, ni l’Institut français, ni le Service de coopération et d’action culturelle ne sont habilités à prendre une décision d’octroi ou de refus d’un visa. Cette compétence relève exclusivement du consulat. »

Campus France assure notamment l’orientation des étudiants, les accompagne dans leurs démarches liées à la procédure « Études en France » et organise les entretiens pédagogiques. Lorsqu’un établissement accepte la candidature d’un étudiant, Campus France reçoit notamment l’attestation de préinscription délivrée par l’établissement et la transmet à l’étudiant, document nécessaire pour commencer la procédure de visa.

Cette année, Campus France Guinée a également mis en place un accompagnement destiné à vérifier la complétude des dossiers de demande de visa étudiant. Cette démarche vise notamment à éviter que des étudiants déposent auprès du consulat des dossiers incomplets.

Selon les explications fournies à GuineeCheck, Campus France vérifie notamment la présence de trois éléments : la préinscription, l’attestation d’hébergement et l’attestation justifiant les ressources de l’étudiant. Une fois cette vérification effectuée, les listes d’étudiants dont les dossiers sont complets sont transmises au consulat. Celui-ci les transmet ensuite à Capago pour leur positionnement sur les créneaux réservés aux demandes de visa étudiant. Campus France précise donc qu’il ne prend pas lui-même les rendez-vous auprès du consulat.

D’où vient alors cette confusion autour du sexe de l’hébergeur ?

Sur l’exigence alléguée concernant le sexe de l’hébergeur, le Service de coopération et d’action culturelle est catégorique : Campus France ne peut pas exiger d’un étudiant qu’il fournisse une attestation d’hébergement établie par une personne du même sexe que lui. Le service affirme que ce critère n’existe pas dans les règles applicables au visa et qu’aucun étudiant ne devrait être bloqué parce que son attestation d’hébergement émane d’une personne de sexe différent.

Cependant, au cours des vérifications menées à la suite de la publication, le Service de coopération et d’action culturelle reconnaît qu’un sujet relatif au sexe des hébergeurs a effectivement pu être abordé entre certains conseillers de Campus France et des étudiants.

Selon les explications recueillies par la rédaction de GuineeCheck, certains étudiants arrivaient eux-mêmes avec des interrogations sur cette question. Il est possible, selon le service, que certains conseillers aient alors présenté le recours à un hébergeur du même sexe comme une option “plutôt recommandée”, sans que cela constitue pour autant une exigence. Le service évoque ainsi la possibilité de conseils mal interprétés ou insuffisamment clairs au cours de ces échanges. Il maintient néanmoins qu’il ne s’agissait pas d’une exigence officielle et affirme que Campus France a déjà transmis au consulat des dossiers comportant des attestations d’hébergement établies par des personnes de sexe différent de celui des étudiants.

Et concernant les rendez-vous ?

L’autre affirmation de la publication concerne les difficultés rencontrées par les étudiants pour obtenir un rendez-vous de visa. Les témoignages recueillis par la rédaction montrent effectivement que certains étudiants rencontrent des difficultés dans leurs démarches. Toutefois, ces témoignages ne permettent pas d’établir qu’un blocage généralisé empêcherait les étudiants guinéens admis en France d’obtenir un rendez-vous.

Selon les explications fournies par le Service de coopération et d’action culturelle, les étudiants disposant d’une préinscription et dont la complétude du dossier a été vérifiée par Campus France sont transmis au consulat, qui les transmet ensuite à Capago pour leur positionnement sur les créneaux disponibles réservés aux étudiants.

Le système actuel ne permet donc plus à l’étudiant de prendre directement son rendez-vous de visa étudiant auprès de Capago. Cette organisation avait notamment été mise en place pour éviter que des rendez-vous soient bloqués à l’avance par des intermédiaires ou des officines.

Il existe donc bien actuellement des difficultés liées aux prises de rendez-vous pour les étudiants guinéens, mais les éléments recueillis ne permettent pas de conclure à un blocage généralisé des rendez-vous.

Ce que disent les documents officiels

Les documents officiels relatifs au visa étudiant prévoient bien que le demandeur justifie ses conditions d’hébergement. Lorsqu’un étudiant est hébergé chez un particulier, les pièces demandées concernent notamment l’attestation d’hébergement, l’identité de l’hébergeur et les justificatifs relatifs au logement.

En revanche, aucune condition imposant que l’hébergeur soit du même sexe que l’étudiant n’a été identifiée dans les éléments officiels consultés par GuineeCheck. L’ambassade de France renvoie les demandeurs aux informations disponibles sur le site France-Visas, notamment à la rubrique consacrée au visa étudiant. Cette page précise que le demandeur doit fournir une adresse provisoire ou définitive pour ses trois premiers mois de séjour, sans qu’aucune condition liée au sexe de l’hébergeur n’y soit mentionnée.

Le consulat examine par ailleurs le dossier dans son ensemble et apprécie la cohérence des différents éléments fournis, notamment ceux relatifs aux conditions d’hébergement.

Verdict : affirmation non conforme aux règles officielles

Les vérifications menées par GuineeCheck permettent de distinguer deux éléments dans cette publication.

D’une part, il est exact que des étudiants guinéens rencontrent des difficultés dans leurs démarches de demande de visa et que certains disent avoir été confrontés à des demandes concernant le sexe de leur hébergeur. Ces témoignages existent et ont été recueillis par GuineeCheck. L’existence de ces témoignages mérite donc d’être prise en considération, et la manière dont ces étudiants ont reçu ces informations mérite d’être éclaircie.

D’autre part, il est inexact de présenter comme une règle officielle l’obligation pour un étudiant d’être hébergé par une personne du même sexe. L’ambassade de France en Guinée affirme qu’une telle règle n’existe pas. Le Service de coopération et d’action culturelle confirme également que le sexe de l’hébergeur ne constitue pas un critère exigé par le consulat.

Les vérifications montrent toutefois qu’il a pu exister des échanges entre des conseillers de Campus France et des étudiants autour de cette question, certains conseils ayant éventuellement pu être compris comme une recommandation de privilégier un hébergeur du même sexe. Cela ne transforme pas cette recommandation supposée en exigence officielle.

Enfin, concernant les rendez-vous, les difficultés individuelles rapportées ne suffisent pas à démontrer l’existence d’un blocage généralisé pour les étudiants guinéens admis dans les établissements français.

L’affirmation selon laquelle les étudiants doivent obligatoirement fournir une attestation d’hébergement établie par une personne du même sexe qu’eux est non conforme aux règles officielles du visa étudiant français. Les étudiants doivent bien justifier leur hébergement, mais aucun élément officiel recueilli par GuineeCheck ne conditionne la validité de cette attestation au sexe de l’hébergeur.


Cet article a été rédigé par Mamadou Ciré Barry et Mariama Bailo Diallo (stagiaire). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et approuvé par Sally Bilaly Sow.

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