Le ministre des infrastructures, Facinet Sylla, a effectué ce samedi 12 septembre 2026 une visite de terrain sur le chantier de la future voie express à 2×2 voies reliant Kagbélén à Kouria, un linéaire majeur de plus de 26 kilomètres. Entouré pour l’occasion des membres de son cabinet, de ses conseillers techniques ainsi que du directeur national des routes nationales, il a évalué l’avancement des opérations. Si la délégation officielle salue la qualité des équipements et la mobilisation des entreprises nationales engagées, Facinet Sylla a appelé à une accélération de la cadence pour tenir le cap du délai contractuel fixé à 24 mois.
L’enjeu principal de ce chantier majeur réside dans sa capacité à désenclaver la zone tout en décongestionnant le trafic asphyxiant qui paralyse habituellement le nœud de Coyah.
Pensée pour désengorger la zone, cette infrastructure de 2×2 voies comprend deux voies de circulation et une bande d’arrêt d’urgence par sens de marche, représentant environ 10 mètres de largeur de chaque côté du terre-plein central au caniveau, complétées par endroits de bretelles latérales de 6 mètres destinées à la desserte industrielle.
Afin de mener à bien ces travaux d’envergure, l’État a fait le choix stratégique de s’appuyer sur l’expertise locale en sollicitant trois grands groupes guinéens de BTP dont BEGEC-TP, GUICOPRES BTP et GUITER S.A.
BEGEC-TP met le cap des 30 % franchi, l’offensive lancée dès la fin des pluies
Sur le premier tronçon du tracé, force est de constater que la dynamique reste particulièrement soutenue. Devant le ministre et les cadres de la direction nationale des routes nationales, le bilan technique est dressé par Elhadj Ibrahima Sory Touré, directeur des travaux pour l’entreprise BEGEC-TP, qui précise l’état d’avancement du projet.
“Le projet porte sur 6 kilomètres sur la transversale et à peu près 4 kilomètres sur les bretelles, c’est-à-dire T12 sud et nord. Aujourd’hui, en accord avec la mission de contrôle, nous sommes à un niveau d’exécution de 32 % globalement pour le marché. Du début du projet au PK 0 jusqu’au PK 1+700 (le carrefour de la T12), les deux côtés de la route ont reçu leur première couche de GB4. De ce carrefour jusqu’à Sanoyah (la T12 sud), sur environ 1 km 500, nous avons fait également le GB4 sur le côté droit de la route. Pour le reste, nous sommes avancés en terrassement général, pas loin de la partie supérieure du terrassement (PST). Les caniveaux, nous avons pratiquement tout tapé en roche et nous sommes actuellement en train de décaisser”, explique-t-il.
Il rappelle que le chantier, lancé officiellement le 9 décembre 2025 après quelques travaux préliminaires, respecte scrupuleusement sa feuille de route.
Elhadj Ibrahima Sory Touré se veut catégorique quant à l’accélération des activités dès le retour de la saison sèche, soulignant que “sur ce tronçon, nous avons déjà exécuté sur le côté droit la première couche entièrement en GB4. On ne peut pas ouvrir la circulation maintenant parce que ça va se corrompre après. Un mois après la saison des pluies, ça doit pouvoir être bon. On doit mettre la seconde couche de GB4 et le BB de liaison. C’est une route en 2×2 voies. Il y a deux voies de circulation et une bande d’arrêt d’urgence. Du terre-plein central jusqu’au caniveau, vous avez environ 10 mètres, deux voies de circulation et une bande d’arrêt d’urgence, le tout multiplié par deux. En marge de cela, derrière les caniveaux, il y a des bretelles de circulation de 6 mètres de part et d’autre pour la zone industrielle. Comme on est à 32 % sur un délai contractuel déjà écoulé de 35 %, rassurez-vous qu’après la saison des pluies, nous allons péter du feu”.
Le lot 2 de GUICOPRES BTP et le défi du relief et du climat en zone montagneuse
Décor différent sur le second tronçon (du PK 6+00 au PK 16+00 sur 10 kilomètres), où la feuille de route impose des contraintes géotechniques d’une rare sévérité.
À cet égard, Moussa Cissé, directeur général de Guicopres BTP, détaille la complexité des défis environnementaux et topographiques rencontrés sur le terrain devant la délégation du département des Infrastructures.
“Nous sommes sur le lot 2, nous avons bénéficié de 10 kilomètres, c’est-à-dire du PK 6+00 au PK 16+00. Le niveau d’exécution des travaux tourne autour de 15 %. C’est démarré depuis janvier 2026. Les difficultés qu’on a, c’est la complexité d’exécution des travaux. Ici, nous sommes sur un sol qui est tout à fait particulier, compte tenu des talus importants qui sont à protéger. Et puis aussi, il y a la pluviométrie qui est très, très importante dans cette zone. Mais au-delà de tout ça, nous faisons des efforts pour exécuter ce projet dans les règles de l’art”, détaille M. Cissé.
Face à ces obstacles naturels colossaux, l’entreprise a dû adapter son dispositif opérationnel. Interrogé précisément sur les moyens techniques et logistiques déployés pour respecter les engagements contractuels, Moussa Cissé souligne la montée en puissance de ses équipes.
“Nous avons fourni beaucoup d’efforts pour protéger les talus, les plus importants, et nous continuons à protéger les autres talus. En termes d’équipement, nous nous sommes dotés des équipements de dernière génération pour pouvoir exécuter ce genre de travaux. Le délai d’exécution est de 24 mois. Nous avons des grands dalots. Nous avons aussi des ponts, et pas les moindres : des ponts très importants avec des hauteurs de ponts très, très élevées. Nous sommes en train d’exécuter les ouvrages de fondation pour ces différents ponts. L’engagement sera respecté. À partir de la bonne saison qui démarrera très bientôt, nous allons multiplier les équipes pour rattraper les retards qu’on a eus pendant cette saison des pluies”, ajoute-t-il.
GUITER S.A déploie la haute technologie et riposte industrielle pour rattraper le calendrier
De son côté, le groupe GUITER, chargé du dernier tronçon de 10 kilomètres, du PK 16+00 au PK 26+350, mise sur l’innovation technique et la réorganisation logistique pour faire la différence.
C’est ainsi que Wadie Chtiui, directeur de projet de GUITER Groupe, explicite la stratégie globale d’optimisation mise en place.
“On est chargé de construire notre projet de la route express en 2×2 voies de Kagbélén-Kouria, du PK 0 jusqu’au PK 26+350. GUITER est chargée de 10 kilomètres, ça commence du PK 16 jusqu’au PK 26+350. Alors, on est bien peut-être avancés. Aussi, on a tout le matériel, donc de nouvelles technologies, même des machines spécifiques pour le déblai rocheux qui nous permettent de réutiliser le matériau rocheux en matériau de remblai avec bonne qualité. Le corps de chaussée, c’est une couche de roulement en bitume de 7 cm de béton bitumineux avec 14 cm de grave-bitume, avec une couche de grave concassée de notre carrière 0/31,5”, assure-t-il.
Néanmoins, sous la contrainte des fortes pluies et des aléas du sous-sol, la conduite du chantier a exigé d’importants ajustements. Pour pallier ces retards temporaires, l’entreprise a fait le pari d’une production industrielle directement intégrée sur le site.
Expliquant cette riposte logistique, Wadie Chtiui détaille le plan d’action de l’entreprise en indiquant que “nous disons 8 ouvrages hydrauliques, mais après donc quelques études géotechniques, ça nous permet de créer 3 ponts, 3 ouvrages d’art. Donc ça nous permet de réviser les démarches dans ce projet. On est en plein cœur de la saison pluvieuse, on a pris toutes les dispositions pour récupérer ce ralentissement au niveau de la saison pluvieuse qui est passée, d’atteindre notre objectif, de garder notre engagement contractuel au niveau du délai. Bon, d’abord, le retard qui s’était peut-être produit en plein cœur de la saison pluvieuse, on a eu des problèmes géotechniques au niveau des ouvrages, donc ça s’est transformé en ouvrages d’art, ponts, études de sol. Mais généralement, on est conscient de ça, on a pris toutes les dispositions, surtout au niveau des ouvrages hydrauliques, des dalots. Dans notre responsabilité préfabrication, on a pris dans notre base-vie une unité de préfabrication de dalots. Donc ça va nous permettre d’accélérer les ouvrages et d’atteindre dans le bref délai ou bien même avant ça. On est conscient de cela et on est dans notre planning pour atteindre notre objectif ou bien de finaliser notre projet dans les délai”.
Le regard du ministre Facinet Sylla
Confronté à l’ensemble de ces réalités de terrain et à la lumière des analyses transmises par ses équipes techniques, le ministre des infrastructures, Facinet Sylla, a dressé le bilan global de sa visite de terrain.
Le patron du département des infrastructures est partagé entre satisfaction devant la qualité des travaux et grande fermeté quant au respect des échéances.
“Ce que je constate, c’est l’ampleur des travaux. Ces travaux sont immenses. Parce qu’il s’agit de construire une nouvelle autoroute entre Kagbélén jusqu’à Kouria, qui va nous faire beaucoup d’économies en termes d’encombrement et de trafic sur toute la zone de Coyah et des autres entités controverses avant d’arriver à Coyah. Donc cette autoroute-là est extrêmement importante. Le constat premier sur la performance des entreprises, il est encourageant. Il y a trois entreprises qui sont sur ce projet. D’abord BEGEC, j’ai vu ce qu’ils sont en train de faire, ils sont bien avancés et les travaux sont à peu près dans les 30 %, comme ça. Mais on peut faire mieux. Quant au deuxième lot qui concerne Guicopres, je suis vraiment impressionné par les travaux d’excavation. Et vous voyez, ça traverse une zone montagneuse. Et c’est pas facile d’avoir une autoroute ex nihilo sur une zone de cette caractéristique. Mais les travaux que nous sommes en train de faire, comme vous pouvez le constater derrière nous, ces travaux vont réellement changer cette zone et ça sera un projet qui va avoir un impact extrêmement important sur l’économique, sur le social et sur le bien-être même des guinéens”, affirme le ministre Sylla.
Tout en saluant les efforts déjà déployés, le ministre n’a pas manqué d’épingler les ralentissements constatés sur la fin du tracé. Facinet Sylla a tenu à fixer un cap clair et un ultimatum précis pour les mois à venir.
“Nous venons de parcourir le dernier lot 3 qui est attribué à l’entreprise GUITER. Notre constat est mitigé par rapport aux progrès qui ont été faits. Il y a des parties qui sont bien faites et il y a d’autres qui sont en retard. Mais j’ai eu un entretien avec l’entreprise à la suite de ce chantier et il m’assure que d’ici le mois de novembre, et je leur donne rendez-vous à ce mois de novembre, qu’ils vont rattraper leur retard. Et nous sommes sûrs qu’avec leur niveau d’équipement et leur engagement, nous ferons ce qu’il faut pour que le chantier connaisse une progression rapide et atteigne les 40 % d’ici la fin de l’année. Au-delà de ça, j’ai tenu à encourager l’entrepreneur qui a investi tout le matériel que vous voyez derrière nous ici, et dire que c’est de ce genre d’investissement dont on a besoin pour notre indépendance économique en matière d’infrastructures routières également. Et donc je les encourage à aller jusqu’au bout, et que ce niveau d’équipement se traduise aussi par l’efficacité dans l’exécution des projets routiers”, ajoute Facinet Sylla.
Au terme de cette inspection, l’enjeu dépasse désormais la simple livraison d’un chantier. Il s’agit de prouver que le BTP national guinéen est capable de relever des défis techniques majeurs tout en garantissant une rigueur calendaire irréprochable.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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