72e anniversaire de la Révolution algérienne : Alger et Conakry scellent la relance de leur partenariat stratégique

En présence de plusieurs membres du gouvernement, de diplomates et de nombreux invités réunis ce lundi 2 novembre 2026 dans un réceptif hôtelier de Conakry, la Guinée et l’Algérie ont célébré le 72e anniversaire de la Révolution du 1er novembre 1954. Entre hommage aux figures des indépendances et relance de la coopération économique, marquée par le retour d’Air Algérie et l’appui au projet Simandou 2040, cette soirée a mis en avant le rapprochement politique et stratégique entre Alger et Conakry.

Dans une ambiance chaleureuse et solennelle, les invités se sont réunis autour de l’ambassadeur d’Algérie en Guinée, Abdelatif Guia, et du ministre guinéen des affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, venu représenter le président de la République, Mamadi Doumbouya.

Prenant la parole en premier pour ouvrir les solennités, l’ambassadeur Abdelatif Guia a rappelé la portée historique du 1er novembre 1954. ‘’C’est un immense honneur et un profond privilège de vous accueillir aujourd’hui à Conakry pour commémorer ensemble le 72e anniversaire du déclenchement de la glorieuse révolution du 1er novembre 1954. En cette date historique, gravée à jamais dans la mémoire collective du peuple algérien, nous célébrons le courage, le sacrifice suprême et l’unité de nos valeureux chouhadas et moudjahidines, martyrs et résistants. Il y a 72 ans, un groupe de patriotes déterminés brisait les chaînes d’une colonisation féroce pour faire triompher les idéaux de liberté, de justice et de dignité nationale’’, a-t-il indiqué.

Poursuivant son allocution, le diplomate algérien est revenu sur le rôle stratégique de la Guinée pendant la guerre d’indépendance, soulignant que ‘’la commémoration de cette date en terre guinéenne revêt une symbolique toute particulière’’.

‘’L’Algérie et la Guinée partagent une histoire commune, forgée dans le feu des luttes de libération africaine. Le peuple algérien se sent éternellement redevable envers le peuple frère de Guinée, envers le regretté camarade Ahmed Sékou Touré, paix à son âme, et ses compagnons de lutte qui ont ouvert les bras à notre cause en offrant refuge, protection et abri aux combattants algériens du FLN et de l’ALN. Nous gardons gravé dans notre mémoire le rôle crucial et hautement stratégique de Conakry qui fut une base logistique dominante pour l’acheminement des armes et des équipements vers le Maquisard, précipitant ainsi le triomphe de notre glorieuse révolution’’, a-t-il expliqué.

Abdelatif Guia a mis en avant la convergence diplomatique entre les deux nations. Il affirme qu’au-delà de nos intérêts partagés, ‘’ce sont avant tout des valeurs fondamentales et des principes immuables qui unissent l’Algérie et la Guinée. Nos deux diplomates partagent un attachement viscéral au panafricanisme, au non-alignement et au strict respect du droit international. Nous croyons fermement au principe de la non-intervention dans les affaires intérieures des États et à la préservation de la souveraineté nationale. Fortes de notre passé de lutte, nos deux nations se rejoignent dans un soutien indéfectible aux causes justes des peuples opprimés à travers le monde qui luttent encore pour la reconnaissance de leurs droits légitimes et leur autodétermination’’.

Saluant la coïncidence entre la Révolution algérienne et la fête de l’armée guinéenne, toutes deux célébrées le 1er novembre, l’ambassadeur y a vu ‘’le symbole éclatant de notre ADN partagé : celui du courage, de la souveraineté et du sacrifice. Nos deux pays partagent cette conviction intime que la liberté ne se négocie jamais, elle s’arrache et se protège par la force d’hommes et de femmes dévoués à leur patrie’’.

Sur le volet économique, le diplomate a mis en exergue le rétablissement de la liaison aérienne entre les deux capitales, qu’il considère comme un acte politique majeur. Il a réaffirmé le soutien d’Alger aux grands projets guinéens.

‘’Ce pont aérien rétabli n’est pas seulement une ligne commerciale, il s’agit d’un acte politique fort, d’une connexion concrète qui vient raccourcir les distances entre nos deux peuples. Face à cette grande ambition africaine, l’Algérie souhaite positivement et activement contribuer au succès du programme Simandou 2040, fort de nos expertises industrielles, de n’os capacités reconnues dans le domaine des infrastructures, de l’énergie, de la logistique et de la formation technique’’, a-t-il souligné.

Prenant à son tour la parole, le ministre guinéen des affaires étrangères, Dr Morissanda Kouyaté, a assuré que ‘’le 1er novembre 1954 n’est pas une simple date dans un calendrier, c’est un cri de liberté qui a traversé les frontières, éveillé les consciences et qui a changé le cours de l’histoire en Algérie et aussi en Afrique. Car, ce jour-là, un peuple a rappelé au monde une vérité éternelle, à savoir que la dignité humaine n’est ni une faveur que l’on accorde, ni un privilège que l’on négocie. La liberté ne se mendie pas, elle se conquiert, elle se défend et elle se transmet’’.

Le chef de la diplomatie guinéenne a ensuite ravivé le souvenir de la solidarité algérienne au lendemain du « Non » guinéen de 1958.

Face à l’isolement et au manque de cadres, l’Algérie s’est immédiatement mobilisée en faveur de la Guinée. Le ministre Kouyaté a rappelé que ‘’lorsque la Guinée a refusé la communauté et opte pour l’indépendance, la Guinée a fait face à la punition collective d’un pays qui a simplement revendiqué son indépendance. Avec ce vide créé pour créer le chaos dans notre pays, nous étions sans écoles, ou plutôt nous étions avec des écoles sans professeurs. L’Algérie, qui s’est souvenue que la Guinée faisait partie de la lutte triangulaire pour son indépendance, a tendu la main à la Guinée et a demandé à former des étudiants guinéens, d’abord en médecine. Je suis moi-même un sous-produit des produits de la coopération entre l’Algérie et la Guinée’’.

Revenant sur la reprise des vols directs d’Air Algérie et la proposition guinéenne de tenir en 2027 la 4e session de la Grande Commission mixte, Dr Morissanda Kouyaté a plaidé pour un partenariat pragmatique et orienté vers les résultats.

A ses yeux, ‘’entre l’Algérie et la Guinée, nous sommes à zéro km. Aujourd’hui, c’est six vols par semaine qu’Air Algérie peut matérialiser dans nos relations. Notre ambition est simple : que l’amitié entre Conakry et Alger se visse aussi dans les écoles, dans les entreprises et dans les investissements. La diplomatie ne doit pas se limiter aux déclarations d’intention, elle doit produire des résultats visibles, utiles et durables. Le peuple doit porter sa confiance à ceux qui parlent peu et qui font beaucoup’’.

Cette commémoration ne s’est pas seulement inscrite dans un hommage au passé glorieux des deux nations. Elle a également servi de tremplin à une coopération bilatérale appelée à se renouveler.

En réaffirmant cette alliance fondée sur une mémoire partagée et des ambitions industrielles communes, Alger et Conakry montrent que l’axe historique forgé pendant les luttes de libération demeure, plus de sept décennies plus tard, un levier de coopération pour une Afrique souveraine et maîtresse de son avenir.

Abdoulaye Bella Diallo, pour VisionGuinee.info

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