Bah Oury appelle à changer la donne : ‘’On a nos mines, on les vend, on s’assoit’’

Alors que le projet minier Simandou entre dans sa phase d’exploitation, le Premier ministre Bah Oury appelle la Guinée à tirer les leçons de son passé minier et à rompre avec une économie fondée sur la rente. Pour le chef du gouvernement, les revenus générés par le projet doivent servir à transformer en profondeur l’économie nationale, notamment à travers l’agriculture et la diversification des activités.

‘’Pour la petite histoire, il faut s’arrêter sur le symbolisme du 11 novembre à 11h11. C’est un clin d’œil historique de la signature de l’armistice de la fin de la Première Guerre mondiale. Je ne reviens pas sur l’histoire, mais en ce qui concerne ce clin d’œil historique pour l’arrivée du train de 11 novembre à 11h11, c’est montrer que la Guinée, désormais, rentre dans une phase où elle cherchera à avoir une coopération avec tout le monde, même si ceux qui vont être agrégés dans la mise en œuvre d’un projet peuvent être des rivaux par ailleurs’’, a déclaré Bah Oury.

Le chef du gouvernement cite notamment le projet Simandou, qui réunit des entreprises et partenaires américains, français et chinois. ‘’Dans le projet minier Simandou, vous avez des américains, vous avez des français, vous avez des chinois. En d’autres termes, la volonté, c’est d’avoir les principales puissances économiques et technologiques en lien avec l’activité qui est mise en œuvre’’, a-t-il souligné.

Et d’ajouter : ‘’Les locomotives sont américaines, les rails chinois, signalisation française, etc. C’est une volonté pour la République de Guinée d’avoir une meilleure maîtrise de son développement et d’avoir le meilleur partenariat dans la mise en œuvre de nos projets’’.

Avec un investissement global estimé à environ 20 milliards de dollars, le projet Simandou constitue, selon le chef du gouvernement, un mégaprojet dont les retombées posent désormais une question centrale : que fera la Guinée des revenus qui en seront tirés ?

Donc, a-t-il déclaré ‘’le projet minier Simandou rentre dans une phase d’exploitation. C’est un mégaprojet. Grosso modo, 20 milliards de dollars investis. Mais ça pose problème. La question maintenant, c’est de dire qu’avec le revenu qui sera tiré de ce projet minier, qu’est-ce qu’on va faire ?’’

Dans le même cadre, le locataire du palais de la Colombe appelle à tirer les leçons des expériences passées. ‘’Ce n’est pas la première fois que nous avons des industries extractives. Ce n’est pas la première fois que nous avons des lignes de chemin de fer. Ce n’est pas la première fois que nous avons un port minéralier. Mais après près de 50 ans ou même plus, qu’est-ce que ça a tenu ? On a eu des économies extraverties, des enclaves et, en d’autres termes, un mal développement’’, a-t-il déploré.

Aux dires de M. Bah, ‘’l’objectif actuel, c’est de changer le système afin que nous sortons définitivement de cette économie de rente. Vous savez, l’économie de rente est pernicieuse. On a nos mines, on les vend, on s’assoit, on dit qu’à la fin du mois, on a de quoi payer les salaires, payer ceci, payer cela, et on se contente de cela. C’est ça qui a été fait pendant des années. Et le développement n’a pas été au rendez-vous’’.

D’où, selon lui, la nécessité de diversifier l’économie nationale. ‘’D’où la nécessité maintenant de changer et de faire en sorte que nous ayons une économie diversifiée. Et cette économie diversifiée s’appuiera sur des piliers. L’un des premiers piliers, c’est le développement agricole, où nous avons un potentiel extrêmement important. Et là, je vous le dis, nous allons faire de telle sorte que nous allons booster le développement agricole’’, a-t-il annoncé.

Avant d’estimer que la Guinée doit renouer avec le travail et mieux valoriser les opportunités créées le long des corridors économiques. ‘’Nous avons perdu le sens du travail. Les corridors, dans tous les pays du monde, tout au long des corridors miniers, vous avez des chambres, des espaces où des hommes et des femmes travaillent. Nous, prenez nos axes routiers. Tout au long, vous ne voyez personne, c’est comme si c’était vide. Il faut que le pays se remette au travail’’, a-t-il fait savoir.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.info

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