Commande publique : Un « Business Outreach » pour lever les barrières entre la Banque mondiale et le secteur privé guinéen

Ce mardi 23 juin 2026 à Conakry, le Groupe de la Banque mondiale et la Confédération Générale des Entreprises de Guinée (CGE-GUI) ont coorganisé un grand atelier de « Business Outreach » dédié aux marchés publics. Articulé autour du thème « Les opportunités se présentent à ceux qui sont prêts à les saisir », ce rendez-vous a réuni les autorités guinéennes, les experts internationaux et les opérateurs économiques locaux. L’objectif est de briser le plafond de verre des procédures fiduciaires et de doter le secteur privé national des outils indispensables pour capter les financements d’envergure.

Cet atelier de haut niveau part d’un constat critique pour l’économie nationale : la Guinée bénéficie de portefeuilles de développement massifs, mais une part importante de ces fonds n’est pas absorbée à cause de la complexité des procédures de passation de marchés et du manque de préparation des entreprises locales.

En réunissant acheteurs publics, experts de la Banque mondiale et entrepreneurs, cette rencontre se veut une passerelle pour vulgariser les mécanismes de financement de la Société financière internationale (SFI), d’expliquer les critères d’éligibilité aux appels d’offres internationaux et de renforcer la compétitivité des PME locales pour qu’elles passent du statut de spectatrices à celui d’actrices majeures de la transformation économique du pays.

Pour le patronat guinéen, cet événement est une opportunité en or qui arrive à point nommé. Alexandre Camara, représentant du président de la CGE-GUI, a souhaité la bienvenue aux participants à cette session d’information et de sensibilisation portant sur les opportunités des marchés financiers de la Banque mondiale et sur les mécanismes d’accès aux secteurs clés de l’économie.

Il a salué une initiative de coorganisation qui intervient alors que le pays est engagé dans une profonde transformation économique portée par la vision Simandou 2040 et les réformes du président Mamadi Doumbouya. Selon lui, cette dynamique ne peut réussir sans un secteur privé fort, renforcé, structuré et compétitif.

M. Camara a ensuite pointé du doigt les faiblesses structurelles des entreprises locales qui freinent l’utilisation des financements, expliquant que ‘’trop de financements viennent en Guinée et repartent parce qu’ils ne sont pas utilisés, parce qu’on ne sait pas comment les utiliser. Cette situation résulte donc de plusieurs contraintes souvent évoquées par nos entreprises. Une faible connaissance des procédures de passation des marchés financés par les partenaires techniques et financiers, un accès limité, volontaire ou pas, à l’information sur les opportunités disponibles, des difficultés dans la préparation d’offres compétitives et conformes aux exigences internationales, d’importantes contraintes de financement qui limitent la capacité des entreprises à exécuter des contrats de grande envergure avec des motifs qui sont discutables. La complexité des procédures de la Banque mondiale, entre autres, jugée souvent insuffisamment adaptée aux réalités de nos entreprises, ainsi que la lourdeur dans le processus de décaissement, toutes choses qui nécessitent que des mécanismes adaptés et révisés soient mis en place, même si nous, souvent, en connaissons les origines. C’est pour répondre à ces préoccupations que nous saluons l’organisation de cet atelier’’.

Le représentant du patronat espère que ces échanges permettront aux opérateurs guinéens de surmonter les reproches récurrents sur leur manque supposé de compétitivité et de savoir-faire. Il appelle à une réflexion collective pour corriger ces lacunes. À cet égard, il attend beaucoup de la vulgarisation des instruments de la SFI, notamment les solutions d’investissement et les mécanismes de garantie, car l’accès au marché reste indissociable de l’accès au financement.

Le patronat aspire ainsi à voir émerger de véritables champions nationaux plutôt que des structures éphémères, tout en encouragant la formalisation des entreprises pour ‘’sortir de l’informel pour aller au formel’’ et contribuer activement au développement en s’acquittant de leurs obligations fiscales, formulant le vœu que cette journée dégage des perspectives riches pour l’avenir économique de la Guinée.

En réponse aux préoccupations du patronat, Fatoumata Touré, s’exprimant au nom du représentant résident du Groupe de la Banque mondiale, a remercié la CGE-GUI, qu’elle qualifie de ‘’voix du secteur privé guinéen’’ et de partenaire naturel.

Saluant la forte mobilisation des entreprises, consultants et bureaux d’études, elle a affirmé que cet engagement témoigne de la volonté commune d’améliorer le climat des affaires. Mme Touré a précisé que les marchés financés par la Banque mondiale (travaux, fournitures, services) touchent des secteurs clés comme les infrastructures, l’agriculture, la santé et le numérique, constituant un levier d’opportunités économiques pour les entreprises locales.

Elle a insisté sur la nécessité pour les opérateurs nationaux d’élever leurs standards. ‘’Les perspectives auxquelles prend part la Société financière internationale portent notamment sur l’accès au financement, l’appui à la gestion et la mise en relation avec les partenaires techniques et financiers de premier plan. Cette dynamique offre également aux entreprises l’occasion d’élever leurs standards de performance, notamment en matière de gouvernance, de conformité, de durabilité environnementale et sociale ainsi que de transparence, conformément aux meilleures pratiques internationales. Nous encourageons donc les entreprises nationales à mieux se préparer, à améliorer la qualité de leurs offres, à respecter les exigences des dossiers d’appel d’offres et à promouvoir les pratiques responsables. Leur succès repose sur la maîtrise des procédures, mais aussi sur la rigueur, la crédibilité et la performance. Au cours de cet atelier, nos équipes présenteront les principaux outils et la plateforme, ainsi que des conseils pratiques pour préparer des manifestations d’intérêt, des offres et des propositions utiles. Nous souhaitons que cette rencontre soit interactive, concrète et utile’’, a-t-elle souligné.

Elle a réaffirmé l’engagement constant de la Banque mondiale aux côtés de la Guinée pour bâtir un écosystème compétitif et inclusif.

Cette initiative a reçu le soutien total du gouvernement. Bintou Dounoh, secrétaire générale du ministère du commerce et de l’industrie, a salué l’organisation de cet atelier en soulignant qu’il s’agit d’une très grande opportunité pour les entreprises nationales, tout en espérant la mise en place future d’autres cadres similaires.

Quant à Dr Mamadou Touré, secrétaire général du ministère de l’économie, des finances et du budget, il  a souligné l’honneur et la responsabilité que représente cet atelier.

Il a félicité la Banque mondiale et le patronat pour ce face-à-face crucial visant à vulgariser les procédures fiduciaires, avant de rappeler que cette démarche s’intègre parfaitement dans la vision du président Mamadi Doumbouya et du Premier ministre Amadou Oury Bah, axée sur la création de champions nationaux en renforçant les capacités organisationnelles et opérationnelles du privé, véritable créateur de richesse du pays.

Dr Touré a étayé son propos en chiffrant le poids considérable de la commande publique et l’enjeu que cela représente pour les entreprises locales. Il affirme que ‘’nous allons continuer à soutenir, parce que c’est vous qui créez la richesse, c’est vous qui contribuez à la stabilité socio-économique de notre pays. Réunis sur le sujet, je voudrais vous informer que le budget de l’État, qui tourne autour de 64 000 milliards, soit 17 milliards de dollars, est essentiellement exécuté sur la base des marchés publics. Et dans ces marchés publics, vous avez la contribution des ressources que nous mobilisons ici à l’intérieur, mais vous avez également la contribution de nos partenaires au développement, au premier chef desquels le Groupe de la Banque mondiale, la Banque mondiale plus la SFI. Je rappelle que l’engagement en termes de portefeuille de ce partenaire se chiffre aujourd’hui à 1,5 milliard. 1,5 milliard pour le financement des projets d’investissement, 1,5 milliard pour, justement, contractualiser les marchés publics. Qui contractualise les marchés publics ? C’est vous, les acteurs privés. C’est pour vous dire que c’est une aubaine, c’est une opportunité, mais à condition que vous soyez compétitifs. Et c’est l’esprit et l’essence même de cet atelier : vous porter en capacité pour que vous soyez à même d’aller chercher ces marchés dans le temps et dans l’espace. C’est ce qui va nous permettre, en tant qu’État, d’améliorer notre capacité d’absorption’’.

Il a tenu à saluer l’intégrité et la proactivité de la Banque mondiale, qui a procédé en amont à l’évaluation des procédures publiques avant de se tourner aujourd’hui vers le renforcement des capacités du secteur privé.

Le secrétaire général du ministère de l’économie, des finances et du budget a conclu en rappelant que cette action s’inscrit dans un cadre global de réformes institutionnelles, évoquant notamment le récent arrêté augmentant le seuil de passation des marchés pour faciliter l’accès des entreprises aux contrats.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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