La coopération sanitaire entre la Guinée et la Chine continue d’enregistrer des avancées significatives. Plus d’un demi-siècle après l’arrivée de la première mission médicale chinoise, le chef de la 31ᵉ mission médicale en Guinée, Wang Bin, est revenu sur l’histoire de ce partenariat, tout en dressant le bilan des actions menées par son équipe.
‘’Les liens d’amitié entre la Chine et la Guinée remontent loin. En 1959, la Guinée est devenue le premier pays au sud du Sahara à établir des relations diplomatiques avec la Chine. Après 67 ans d’épreuves partagées, les deux nations se sont toujours serré les coudes et se sont mutuellement soutenues’’, rappelle Wang Bin.
Plus de 740 experts médicaux chinois se sont succédé en Guinée depuis 1968
Le chef de la 31ᵉ mission médicale chinoise souligne qu’en 1963, lors de sa visite dans la région de Labé, le Premier ministre chinois Zhou Enlai avait constaté ‘’les conditions médicales extrêmement précaires’’ dans cette partie du pays. Selon lui, cette visite a conduit à un accord avec les autorités guinéennes qui a permis le déploiement de la première équipe médicale chinoise en Guinée dès 1968.
‘’Depuis 58 années, 31 équipes composées de plus de 740 experts médicaux originaires de Beijing se sont succédé, transmettant leur mission de génération en génération, animées par l’esprit des équipes médicales chinoises : ‘Ne pas reculer devant les épreuves, se dévouer sans réserve, sauver des vies et soigner les blessés, un amour sans frontières’’’, affirme-t-il.
31ème mission médicale chinoise
Wang Bin indique que la 31ème mission médicale chinoise est composée de 24 membres, dont 22 issus de grands hôpitaux de Beijing et deux spécialistes en santé publique et en épidémiologie. ‘’Parmi ces 24 personnes, on compte 18 médecins spécialistes couvrant des disciplines variées, notamment la chirurgie orthopédique, la neurochirurgie, la chirurgie vasculaire, la chirurgie thoracique, l’urologie, la réanimation, la cardiologie, la neurologie, la biologie médicale, la radiologie et la pharmacie. Ces experts couvrent l’intégralité des services de l’Hôpital de l’Amitié sino-guinéenne. En travaillant main dans la main avec leurs collègues guinéens, ils offrent aux patients locaux la possibilité de recevoir des soins appropriés et en temps utile, sans avoir à quitter le pays’’, explique-t-il.
Plus de 700 interventions chirurgicales réalisées en quinze mois
Présentant le bilan de son équipe, Wang Bin affirme qu’’’en quinze mois, l’équipe a réalisé 1 216 consultations externes, 2 796 hospitalisations, 703 interventions chirurgicales, 167 prises en charge de patients en état critique, 1 453 séances de médecine traditionnelle chinoise et plus de 2 000 consultations gratuites’’. Avant d’ajouter que ‘’68 formations professionnelles, 10 échanges académiques, cinq campagnes de sensibilisation sanitaire et un congrès international de médecine’’ ont été organisés, permettant de former ‘’658 membres du personnel de santé locaux’’.
A l’entendre, la mission participe également à des projets de santé publique, notamment dans la lutte contre le paludisme, tout en organisant des consultations itinérantes à Boffa, Simandou, Moribaya et dans d’autres localités afin d’élargir la couverture des services médicaux.
Parlons de la santé avec Julie, technique innovante
Il souligne que la coopération sino-guinéenne s’est aussi traduite par l’introduction d’équipements médicaux modernes, notamment des dispositifs d’assistance par intelligence artificielle en chirurgie orthopédique. ‘’Ensemble, les membres de la mission ont réalisé 40 interventions et techniques innovantes, inédites en Guinée, comblant de nombreuses lacunes du système médical local et permettant aux patients atteints de pathologies graves et complexes de bénéficier d’un traitement sur place’’, indique M. Bin. Tout en précisant que la mission poursuit également le transfert de compétences à travers des formations spécialisées, l’encadrement pratique du personnel guinéen et la coordination de stages de perfectionnement en Chine.
Face au manque de connaissances sanitaires des populations, poursuit-il, la mission collabore avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la Commission municipale de la santé de Beijing et d’autres partenaires pour produire ‘’19 émissions de vulgarisation médicale intitulées Parlons de la santé avec Julie, largement diffusées sur les principaux médias guinéens’’.
Il rappelle que la mission a facilité la création du Centre de médecine conjoint sino-africain. ‘’Portée par l’esprit des missions médicales chinoises d’assistance à l’étranger, l’équipe œuvre avec professionnalisme pour améliorer le niveau médical guinéen et renforcer son système de santé publique, contribuant ainsi de manière significative à approfondir la coopération sanitaire sino-guinéenne et à consolider l’amitié entre nos deux nations’’, dit-il.
Facilité les soins aux patients guinéens…
Le Dr Zhang Zhiwen, connu en Guinée sous le nom de Dr Vincent, se dit honoré de participer à la 31ᵉ mission médicale chinoise. À son arrivée, il explique avoir commencé par évaluer les besoins du terrain. ‘’Les échanges avec le Dr Soriba, les consultations quotidiennes et les interventions d’urgence nous ont permis d’identifier deux principales pathologies : l’occlusion artérielle des membres inférieurs et la création de fistules artérioveineuses pour les patients souffrant d’insuffisance rénale’’.
Après plusieurs visites à l’Hôpital Ignace Deen et à l’Hôpital Donka, il constate que certaines techniques de chirurgie vasculaire faisaient défaut : ‘’Autrefois, les patients atteints de pathologies graves devaient être soignés à l’étranger. Aujourd’hui, l’Hôpital de l’Amitié sino-guinéenne est capable de réaliser ces interventions de manière autonome’’.
Premières médicales en Guinée
Le chirurgien chinois explique que son action s’est ensuite concentrée sur la prise en charge des principales pathologies vasculaires. ‘’Nous réalisons régulièrement des chirurgies ouvertes et des interventions endovasculaires mini-invasives qui permettent d’éviter l’amputation de nombreux patients. Pour les malades sous hémodialyse, nous élaborons des protocoles personnalisés de fistules artérioveineuses et prenons également en charge les urgences hémorragiques afin de préserver leur accès à la dialyse’’, explique-t-il.
Le Dr Vincent indique avoir travaillé avec le Dr Soriba à l’amélioration de l’organisation du service. ‘’Nous avons standardisé les protocoles de suivi infirmier, instauré l’échographie vasculaire systématique avant les interventions et amélioré la sécurité des opérations. La chirurgie exige une rigueur permanente et le patient reste au centre de toutes nos préoccupations’’.
Les deux praticiens revendiquent par ailleurs 11 interventions inédites en Guinée, parmi lesquelles la première dilatation par ballonnet de l’artère sous-rotulienne, la première pose de stent de l’artère iliaque, la première transposition de la veine céphalique pour fistule radiale ainsi que le développement de nouvelles techniques de thrombectomie et de chirurgie hybride.
En Guinée, pour sauver des vies
Il évoque deux patients qui l’ont particulièrement marqué. ‘’Un patient est arrivé en urgence après une hémorragie sur fistule artérioveineuse. Nous avons réussi à stopper le saignement. Sans une intervention rapide, il aurait probablement perdu la vie. À ce moment-là, j’ai véritablement compris l’importance de notre mission : notre présence permet de protéger concrètement la vie des patients locaux. Le second cas concerne un patient atteint d’une occlusion artérielle des membres inférieurs. Il est arrivé deux semaines après les premiers symptômes. Sa jambe était déjà nécrosée et nous avons dû pratiquer une amputation après une thrombectomie. S’il avait consulté plus tôt, son membre aurait pu être sauvé. Cette situation nous a convaincus de lancer des campagnes de sensibilisation afin d’informer la population sur les urgences vasculaires et l’importance d’une prise en charge précoce’’, se souvient-il encore.
Pour le Dr Soriba Naby, la présence du Dr Vincent marque un tournant dans la prise en charge des maladies vasculaires en Guinée. ‘’Notre collaboration avec la coopération chinoise, plus particulièrement avec le Dr Vincent, est très enrichissante. Aujourd’hui, nous réalisons des interventions qui nécessitaient auparavant le déplacement de médecins étrangers ou l’évacuation des malades. Désormais, nous effectuons les fistules artérioveineuses, les thromboses veineuses, les thromboses artérielles ainsi que les examens d’imagerie vasculaire. Cela nous a permis de bénéficier d’un véritable transfert de technologie’’, explique-t-il.
Selon lui, cette coopération a permis la création et le développement du service de chirurgie vasculaire. ‘’Le Dr Vincent est en train de nous transmettre des techniques que nous ne maîtrisions pas auparavant. En une année et demie, nous avons réalisé ensemble 165 interventions chirurgicales. Aujourd’hui, même le service d’hémodialyse de l’hôpital national Donka peut témoigner des résultats obtenus. Les fistules artérioveineuses que nous réalisons affichent un taux de réussite de 100 %, alors qu’autrefois nous enregistrions des échecs et faisions appel à des spécialistes de la sous-région’’, témoigne-t-il.
Grand service à la population guinéenne
Le chirurgien guinéen estime que cette assistance médicale constitue un appui majeur pour le système de santé. ‘’C’est une coopération bien ficelée qui rend un grand service à la population guinéenne, notamment aux malades dialysés. Le centre d’hémodialyse est très satisfait de la présence du Dr Vincent. C’est une véritable opportunité pour les médecins guinéens d’apprendre davantage auprès des chirurgiens chinois’’, estime-t-il.
Et de rappeller également avoir lui-même bénéficié de cette coopération. ‘’J’ai effectué mon master et mon doctorat en Chine, où j’ai passé près de neuf ans. Notre attente est que la Chine continue d’appuyer la Guinée, de maintenir l’envoi des missions médicales et d’accompagner l’amélioration de la qualité des soins. La Chine est l’un des premiers partenaires de la Guinée depuis l’indépendance’’, se réjouit-il.
Il souligne enfin les performances réalisées par son collègue chinois : ‘’J’ai travaillé avec plusieurs chirurgiens vasculaires, mais le nombre d’interventions réalisées par le Dr Vincent dépasse largement ce qui avait été fait auparavant. Là où d’autres équipes réalisaient une trentaine ou une quarantaine d’interventions, le Dr Vincent en a déjà effectué 167. D’ici son départ, je suis convaincu qu’il atteindra les 200 interventions. Cela n’a jamais été réalisé par une autre mission médicale chinoise’’.
Le médecin guinéen conclut en exprimant sa reconnaissance : ‘’Nous ne pouvons que remercier la Chine à travers la mission médicale chinoise, et plus particulièrement la 31ᵉ mission médicale chinoise, qui constitue pour nous une mission exemplaire’’.
Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info
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