La mort, à Kindia, de Mamadou Diouma Bah, candidat au baccalauréat condamné pour fraude aux examens nationaux, fait couler beaucoup d’encre et de salive. Si la lutte contre la tricherie est une nécessité, cette disparition rappelle qu’un État de droit ne se mesure pas seulement à sa capacité de sanctionner, mais aussi à son devoir de protéger la vie humaine.
Arrêté, jugé et condamné pour fraude au baccalauréat, Mamadou Diouma Bah avait été placé en détention à la prison civile de Kindia pour purger sa peine. Ce jeune, dont l’état de santé était fragile, n’aura finalement jamais l’occasion de reprendre le cours de sa vie.
Dès lors, une question s’impose : la lutte contre la fraude est-elle devenue plus importante que la protection de la vie humaine ? Cette interrogation mérite d’être posée, non pas pour remettre en cause la politique de fermeté engagée contre les fraudeurs, mais parce qu’un État de droit ne se juge pas uniquement à sa capacité de punir. Il se juge aussi, et surtout, à sa capacité de protéger.
Depuis plusieurs années, la fraude gangrène les examens nationaux en Guinée. Téléphones portables dans les salles, sujets traités via les réseaux sociaux, complicités internes…le phénomène avait atteint un niveau tel qu’il menaçait la crédibilité même des diplômes guinéens.
C’est dans ce contexte que le ministère de l’éducation nationale a choisi de frapper fort. Au cours de la session 2026 des examens nationaux, 147 candidats, 161 surveillants, 12 délégués et 5 chefs de centre ont été éliminés pour fraude, complicité, laxisme ou manquement grave à la réglementation. Grâce au déploiement de détecteurs de métaux, 750 téléphones portables ont été saisis dans les centres d’examen du BEPC et du baccalauréat. Au total, 80 personnes ont déjà été déférées devant les juridictions compétentes.
A ce stade, nul ne conteste la nécessité d’assainir les examens nationaux. Le mérite scolaire doit retrouver toute sa valeur. La fraude doit être combattue. Les tricheurs doivent être sanctionnés. Sur ce point, le débat n’existe pratiquement pas.
En revanche, la justice ne peut jamais perdre son visage humain. Car les interrogations commencent précisément lorsqu’une politique publique, aussi légitime soit-elle, débouche sur la mort d’un adolescent. Derrière un dossier judiciaire se trouvait avant tout un être humain. Un garçon de 17 ans. Un fils. Un élève. Un mineur.
A partir du moment où l’État prive une personne de sa liberté, il assume une responsabilité particulière. Celle-ci ne consiste pas seulement à exécuter une décision de justice. Elle implique également de garantir la sécurité, la santé et la dignité de celui qui est détenu. La prison n’efface pas les droits fondamentaux. Elle suspend uniquement la liberté d’aller et venir. Tout le reste demeure.
A la suite de ce drame, le ministre de l’éducation nationale, de l’alphabétisation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle, Alpha Bacar Barry, s’est rendu dans la famille mortuaire pour présenter ses condoléances. De son côté, le Premier ministre Bah Oury aurait échangé avec le père du défunt. Ces gestes témoignent d’une volonté d’exprimer une solidarité institutionnelle envers une famille durement éprouvée
Toutefois, la compassion ne peut jamais remplacer la vie. Aucune visite, aucun appel téléphonique, aucune déclaration officielle, encore moins un communiqué, ne rendra Mamadou Diouma Bah à ses parents. La famille attend des réponses. Et, avec elle, toute la nation.
Le défunt souffrait d’une pathologie. A quel moment son état de santé s’est-il dégradé en prison ? Les soins ont-ils été prodigués dans les délais ? Les médecins disposaient-ils des moyens nécessaires ? Les décisions prises étaient-elles adaptées à son état ?
Le parquet affirme qu’il a été remis à ses parents afin de recevoir des soins. Le ministère de l’éducation nationale précise, quant à lui, qu’il est décédé à l’hôpital et non en prison. Ces précisions sont importantes. Elles ne suffisent cependant pas à clore le débat. Bien au contraire, elles renforcent la nécessité de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de ce décès.
Les autorités en charge de l’éducation ont choisi la tolérance zéro contre la fraude, ce choix est assumé. Mais la tolérance zéro ne peut pas signifier zéro humanité. Un État fort n’est pas celui qui emprisonne le plus. C’est celui qui sait concilier l’autorité avec le respect de la personne humaine.
Désormais, l’affaire Mamadou Diouma Bah dépasse le seul cadre des examens nationaux. Elle interpelle le fonctionnement de notre justice, de notre administration pénitentiaire et, plus largement, notre conception de l’État de droit.
Des fautes ont été commises, elles devront être établies et, le cas échéant, leurs responsabilités devront être assumées. Non pour satisfaire une opinion publique émue. Non pour désigner à tout prix des coupables. Mais parce qu’un État de droit ne grandit jamais en dissimulant ses erreurs. Au contraire, il grandit lorsqu’il a le courage de les reconnaitre, d’en tirer les conséquences et de prendre les mesures nécessaires pour éviter qu’elles ne se reproduisent.
En définitive, la lutte contre la fraude doit continuer. Elle est indispensable. Aucun système éducatif ne peut prospérer dans la tricherie. En revanche, cette lutte ne doit jamais coûter la vie à un enfant.
Aujourd’hui, une famille pleure son fils. Demain, c’est la République qui sera jugée non seulement sur sa capacité à établir la vérité, mais aussi sur sa volonté de tirer les leçons de ce drame pour que plus jamais une telle tragédie ne se reproduise.
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.info
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