Dr Safiatou Diallo explique le sens scientifique et humain des restitutions : ‘’Ce patrimoine fait partie de notre mémoire collective’’

À l’occasion du panel intergénérationnel : « Le retour des ancêtres : mémoire, dignité, transmission », tenu, ce mardi 29 septembre, au Musée national de Sandervalia, la directrice du Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD), Dr Safiatou Diallo, s’est exprimée sur les enjeux profonds du processus de restitution engagé par la Guinée. Écartant la simple surenchère politique, la chercheuse a livré une plaidoirie scientifique, historique et sociétale sur la nécessité absolue de rapatrier les reliques et les écrits des héros nationaux sur leur terre natale.

Pour la directrice du CIRD, l’enjeu de la restitution ne doit pas se limiter à une querelle de figures ou à des discours extérieurs. Il s’agit d’un travail de fond mené par des historiens et des chercheurs afin de documenter avec rigueur la trajectoire exacte des objets et des dépouilles.

‘’Nous allons chercher à comprendre ce qui s’est passé, dans quel contexte ces biens et ces restes humains ont quitté la Guinée, quel a été le processus suivi, à quel moment et comment ils sont arrivés en France et aux lieux de conservation’’, explique-t-elle.

Mais au-delà de la démarche académique, pourquoi rapatrier ce patrimoine ? À cette question fondamentale, Dr Safiatou Diallo répond par l’urgence de la réappropriation mémorielle. ‘’C’est l’histoire de la Guinée qui est ailleurs. L’histoire de cette Guinée-là doit revenir en Guinée’’, souligne-t-elle.

Réagissant aux sceptiques qui s’interrogent sur la capacité du pays à accueillir ses reliques, elle indique que ‘’j’entends des gens demander si la Guinée est prête. Absolument, la Guinée est prête à recevoir cette partie, ce pan de son histoire’’.

Selon la chercheuse, le retour de ces objets et restes humains dépasse la simple réparation coloniale. Il touche au cœur de l’identité nationale et de la transmission intergénérationnelle.

‘’C’est important pour la cohésion sociale, c’est important pour connaître ce pays, c’est important pour la génération future de savoir ce qui nous singularise, nous guinéens, ce qui fait de nous ce que nous sommes’’, a-t-elle assuré.

Elle rappelle que ces pièces ont souvent été transférées sous l’administration coloniale pour devenir juridiquement ‘’propriété du peuple français’’. Ce qui a rendu nécessaire le vote de lois spécifiques par l’Assemblée nationale française.

‘’Ce patrimoine fait partie de notre mémoire collective et notre mémoire collective, c’est notre histoire. Il faut absolument que ces objets et ces restes humains reviennent, c’est ici leur place, ce n’est pas ailleurs’’, a-t-elle ajouté.

Poursuivant son explication, elle a insisté sur la nécessité de dépasser la seule dimension revendicative de la démarche pour mettre en avant son importance historique et mémorielle.

‘’Aujourd’hui, nous sommes en train de rappeler, sans pour autant rester dans un esprit revendicatif parce que c’est ce que les politiques veulent bien évidemment, nous sommes en train de parler de ce retour-là. Il faut absolument que ces objets et ces restes reviennent. Et ce n’est pas un cas de la Guinée, hein, c’est partout ailleurs. La France a voté deux lois qui sont très importantes. Il faut savoir que les objets qui ont quitté, souvent par l’entremise de l’administration coloniale, n’étaient plus une propriété de l’État français, mais plutôt du peuple français. Donc pour que ces objets puissent revenir ailleurs, repartir là où ils ont quitté, il fallait absolument que le peuple français se prononce par l’entremise de son Assemblée nationale’’, a-t-elle expliqué.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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