En Guinée, les partis politiques doivent désormais rendre des comptes, respecter la parité et renouveler leurs instances

Après deux jours d’échanges à Conakry, l’atelier de vulgarisation de la Loi organique LO/2025/035/CNT portant régime des partis politiques et autres organisations à caractère politique a pris fin ce mardi 23 juin 2026. Une rencontre destinée à permettre aux acteurs politiques de mieux comprendre les nouvelles exigences légales qui encadrent désormais la création, l’organisation et le fonctionnement des formations politiques en Guinée.

Organisé par le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation, à travers la Direction générale des affaires politiques, cet atelier s’inscrit dans une démarche visant à renforcer la gouvernance démocratique et à consolider l’État de droit dans le pays.

Pendant deux jours, les responsables politiques, les cadres de l’administration et les acteurs concernés ont échangé autour de cette nouvelle loi organique. Les discussions ont porté notamment sur les droits et obligations des partis politiques, les règles de fonctionnement interne ainsi que les mécanismes destinés à garantir davantage de transparence et de responsabilité dans la vie politique nationale.

A l’ouverture comme à la clôture des travaux, les responsables du département de l’administration du territoire ont réitéré la volonté des autorités de doter la Guinée d’un cadre juridique plus adapté aux réalités politiques actuelles.

Le Directeur général des affaires politiques, Soumaila Dioubaté, a présenté plusieurs innovations contenues dans la nouvelle législation. Il a notamment évoqué des ‘’critères de création plus stricts axés sur la représentativité territoriale réelle des membres fondateurs, tout en encadrant formellement pour la première fois les mouvements politiques, les coalitions de partis politiques et les alliances d’opportunités électorales’’.

Cette disposition vise à renforcer l’ancrage national des formations politiques et à mieux organiser les différentes formes d’expression politique au-delà des seuls partis traditionnels.

L’un des changements majeurs introduits par la nouvelle loi concerne la gestion financière des partis politiques.

Désormais, les formations politiques devront se conformer à des exigences comptables plus rigoureuses. La loi impose des ‘’obligations comptables modernes, l’établissement de rapports financiers annuels certifiés et leur soumission systématique au contrôle minutieux des institutions compétentes de l’État, notamment par la Cour des comptes, coupant ainsi court à l’opacité financière’’.

A travers cette réforme, les autorités entendent instaurer davantage de traçabilité dans la gestion des ressources des partis et renforcer leur obligation de rendre compte.

Au-delà de la question financière, la nouvelle législation met l’accent sur le fonctionnement interne des formations politiques. Elle exige la tenue régulière des congrès pour permettre le renouvellement des instances dirigeantes. Elle prévoit également un quota obligatoire d’au moins 30 % de femmes à tous les niveaux de décision, afin de favoriser une meilleure représentation féminine dans les structures politiques.

Prenant la parole au cours des travaux, le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, a tenu à rassurer les responsables politiques sur l’esprit de cette réforme.

‘’Loin de contraindre ou d’étouffer les partis politiques, cette loi les libère du soupçon permanent, de l’informalité structurelle et de l’improvisation afin de leur permettre d’assumer dignement leur rôle de corps intermédiaire indispensable à l’équilibre démocratique’’, a-t-il affirmé.

Pour le ministre Condé, cette nouvelle loi ne constitue pas un outil de restriction, mais plutôt un cadre destiné à moderniser la pratique politique en Guinée.

‘’Cette loi n’a pas été conçue comme un instrument bureaucratique destiné à fragiliser ou à restreindre l’action des partis politiques. Bien au contraire, elle est un acte d’émancipation et de clarification. Elle impose la lumière là où l’opacité s’était trop longtemps installée’’, a-t-il précisé.

Poursuivant son intervention, le général à la retraite Ibrahima Kalil Condé a insisté sur les valeurs de responsabilité et de démocratie interne que le nouveau texte entend promouvoir.

‘’Elle consacre la redevabilité là où régnait parfois l’irresponsabilité. Elle réclame la démocratie interne là où les destins individuels avaient parfois confisqué les dynamiques collectives’’, a-t-il ajouté.

Avec cette campagne de vulgarisation, le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation entend ainsi favoriser une meilleure appropriation de la nouvelle loi par les acteurs politiques.

Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.info

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