La sortie controversée du président Alassane Ouattara sur un possible changement ou remplacement du franc CFA par l’Eco, programmé par la CEDEAO pour 2027, ne rassure aucun Africain épris de l’idée d’une Afrique totalement indépendante ou affranchie de l’emprise des anciennes puissances coloniales.
Lors de cette sortie, aux côtés du président français M. Emmanuel Macron à Abidjan, le président ivoirien a officialisé la fin du franc CFA en Afrique de l’Ouest, au profit de l’Eco.
« Par cet accord, nous avons décidé de réformer le franc CFA avec trois changements majeurs : l’abandon du nom, la fin de la centralisation de 50 % de nos réserves d’échanges au Trésor français et le retrait des représentants de la France de tous les organes de gestion de la monnaie », a-t-il affirmé.
Poursuivant, il a affirmé : « Nous avons convenu de maintenir la parité fixe avec l’euro. Cela nous apporte la stabilité et protège le pouvoir d’achat de nos populations. »
Plutôt que de garantir une indépendance ou une souveraineté monétaire totale, ce changement dont parle M. Ouattara risque d’être un « Eco-CFA ». Du moins, selon plusieurs observateurs.
En effet, cette sortie du président ivoirien vient plutôt corroborer l’intention de certains chefs d’État africains de rester sous la coupe de l’ancienne puissance coloniale : la France.
Rappelons qu’avant d’annoncer cette idée de réforme du franc CFA, M. Alassane Ouattara a toujours rejeté les critiques qualifiant cette monnaie de coloniale. Il ne tarissait d’ailleurs pas d’éloges pour cette monnaie.
« Le franc CFA est notre monnaie, celle de pays qui l’ont librement choisie. […] C’est une monnaie solide, appréciée et bien gérée », disait-il. Il qualifiait le débat anti-CFA de « non-sens et de démagogie ».
La décision de la Guinée de ne pas rejoindre l’Eco est sage et souveraine, car tout porte à croire que certains chefs d’État souhaitent s’approprier cette future monnaie pour faire plaisir à l’ancienne puissance coloniale.
En plus, le franc guinéen fait partie de notre fierté. Le remplacer par une autre monnaie qui ne serait autre que le franc CFA sous une autre forme reviendrait inéluctablement à trahir les pères fondateurs de notre patrimoine commun.
L’idée donc de créer une monnaie sous-régionale ou africaine est certes excellente, mais il ne s’agit pas du tout de quitter une monnaie coloniale pour une autre monnaie qui ne serait, en réalité, ni moins ni plus qu’une monnaie coloniale.
Sayon MARA
Juriste