À l’occasion de la remise de satisfecit aux journalistes et techniciens ayant participé à la couverture des récentes élections, le président de la Haute autorité de la communication (HAC) a salué le professionnalisme des acteurs des médias tout en les appelant à s’adapter aux profondes mutations du secteur. Boubacar Yacine Diallo a également annoncé que l’institution soumettra un mémo à la future Assemblée nationale afin de corriger les contradictions entre les textes régissant la presse et la HAC.
Prenant la parole devant les professionnels des médias, Boubacar Yacine Diallo a d’abord attiré l’attention sur les incohérences qui existent entre les lois encadrant le secteur de la presse en Guinée.
‘’Prenez nos lois, elles sont remplies de contradictions. Même la loi sur la presse. Si vous prenez aujourd’hui la loi sur la presse et la loi sur la HAC, la loi sur la presse vous dit que les agréments sont donnés par la HAC. Dans la loi modifiée en 2020 sur la HAC, on vous dit que c’est le ministère qui les donne. Ce sont deux lois qui sont en train d’être appliquées’’, a-t-il expliqué.
Le président de la HAC a annoncé que cette question sera soumise à la future Assemblée nationale afin de mettre fin à ces contradictions. ‘’Quand l’Assemblée sera installée, la HAC lui produira un mémo pour éviter ce genre de conflit entre deux lois organiques qui sont viscéralement tirées de la Constitution et qui ne peuvent pas être modifiées comme une loi simple’’, a-t-il indiqué.
Selon lui, une application mécanique des deux textes aurait inévitablement provoqué un conflit de compétences avec le ministère de la Communication. ‘’Nous nous sommes rétractés. Mais puisque le législateur a dit que nous gérons les contenus, nous nous sommes contentés de gérer le contenu’’, a-t-il précisé.
Dans le même cadre, le patron de la Haute autorité de communication a insisté sur ce qui, selon lui, distingue le journaliste professionnel du simple utilisateur des réseaux sociaux. ‘’Un journaliste sans contenu devient un simple citoyen avec sa page Facebook. C’est son contenu éditorial, la périodicité, le recoupement de l’information, le respect de l’éthique, de la déontologie et des lois qui régissent la profession, c’est cela le journaliste. Sinon, chaque citoyen aujourd’hui… il y a le journaliste citoyen, chacun met ce qu’il veut’’, a-t-il affirmé.
Évoquant l’essor des créateurs de contenus sur les réseaux sociaux, il a souligné que certains obtiennent une audience largement supérieure à celle des médias traditionnels.
‘’Quand ils mettent un élément sur leur page, dix minutes après, vous avez 500 000 vues. Alors que quand un média met la même information, elle a sept ou huit vues. C’est pour ça que, si vous ne faites pas attention, vous allez disparaître. Vous avez vu les web TV qui sont créées à l’emporte-pièce. Nous nous attaquons désormais à l’intérieur du pays, parce que nous avons commis l’erreur de croire que le désordre n’était qu’à Conakry et que les mauvais journalistes n’étaient qu’à Conakry. Le pire se fait à l’intérieur du pays’’, a-t-il déclaré.
Une expérience électorale…
Revenant sur la couverture médiatique des élections, M. Diallo estime que cette expérience a permis de mettre en lumière plusieurs innovations inédites sur le continent. ‘’Ces élections et la régulation des campagnes médiatiques nous ont fait découvrir une nouvelle réalité que la Guinée vendra. C’est la première fois en Afrique que des superviseurs ont été désignés dans chaque préfecture. C’est la première fois que les radios rurales ont été mises à contribution pour enregistrer des messages de campagne et les diffuser. C’est également la première fois que des médias privés ont été réquisitionnés sous forme de partenariat pour être intégrés dans la campagne officielle comme des médias publics tout en conservant leur liberté’’, a-t-il énuméré.
Avant d’assurer que ces innovations constituent désormais un modèle. ‘’Ce sont des acquis que la Guinée exportera et il y a beaucoup de demandeurs. La délégation de l’Union africaine, composée d’observateurs venus dans cette salle, nous a demandé que la HAC aille partout, aux frais de l’Union africaine, pour expliquer cette expérience guinéenne. Ils ont insisté sur la synergie des radios qui n’existe qu’en Guinée. Je pourrais dire que, dans le monde entier, ce format n’existe qu’en Guinée’’, a-t-il révélé.
Tout en rendant hommage aux hommes de médias. ‘’Je voudrais saluer chacun des journalistes, chacun des patrons de médias, de l’audiovisuel, de la presse en ligne, de la presse écrite et de l’espace numérique. Je veux saluer chacun d’entre vous personnellement pour le travail professionnel que vous avez produit, pour cet esprit républicain que vous avez eu, pour le sursaut citoyen que vous avez eu. Un journaliste, c’est d’abord un citoyen. Je faisais exprès de prendre les endroits les plus chauds. C’était pour comparer. J’ai connu une époque où l’on ne pouvait même pas sortir pour aller voter, où des jeunes ramassaient les urnes pour empêcher le vote. Mais partout, rien n’a été signalé que de bon. Aujourd’hui, quand on me voit, on me dit :‘Remerciez la presse’. Et la presse, c’est chacun de vous’’, a-t-il soutenu.
Djiwo Barry, pour VisionGuinee.Info
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