Face à la prolifération des partis en Guinée, Fodé Kaba Tounkara, président du mouvement « UniversGuinée, Les Peuplecrates » plaide pour une réforme en profondeur du système politique. Dans un entretien accordé à VisionGuinee, il appelle à la fin du ‘’multipartisme sauvage’’, qu’il qualifie de menace pour la cohésion sociale. Lisez…
VisionGuinée : C’est quoi la peuplecratie ?
Fodé Kaba Tounkara : La peuplecratie, c’est un mécanisme qui vise à rechercher et à exercer le pouvoir dans l’intérêt du peuple, dans un cadre souverain et original. Pour simplifier, la peuplecratie est une doctrine politico-gouvernementale axée sur la souveraineté et le réalisme.
D’où est née cette idée ?
Après des moments de réflexion et d’analyse, nous avons compris que le problème fondamental de nos sociétés, notamment en Afrique, prend sa source dans de mauvaises réflexions et de mauvaises visions. Or, la vision et la compréhension découlent d’une doctrine. C’est pourquoi nous avons estimé que pour instaurer un climat de confiance auprès de nos populations, il fallait d’abord poser les bases d’une doctrine politico-gouvernementale. C’est ainsi qu’est née la peuplecratie.
Quel est l’objectif ?
C’est le retour à la source : permettre au peuple de Guinée et aux peuples africains de s’affirmer avec fierté dans leur identité originelle. L’objectif de la peuplecratie est de faire en sorte que les partis et mouvements partageant notre vision se regroupent dans un bloc. Nous pensons que dans une société multiethnique, le multipartisme constitue une menace pour le tissu social. Toutefois, nous sommes également attachés à la liberté de créer sa propre organisation politique. Il s’agit donc d’organiser, de sortir du multipartisme sauvage, et de structurer l’espace politique.
Comment ?
En formant deux grands blocs, tout en laissant la liberté de créer des partis politiques ou des mouvements. Ces formations pourront alors s’affilier à l’un des deux blocs : soit celui des peuplecrates, soit celui des démocrates. Il existe déjà en Guinée une doctrine appelée démocratie. Nous, nous ne sommes pas démocrates, nous sommes peuplecrates. Il nous faut donc créer notre bloc et affronter ceux qui ne partagent pas notre vision. Cela permettra de stabiliser l’État, en limitant le choix du peuple à deux candidats à chaque élection. Les partis regroupés dans chaque bloc tiendront un congrès pour désigner leur candidat. Le peuple choisira ensuite entre ces deux personnalités.
Y a-t-il une différence avec le bipartisme ?
Oui, il ne s’agit pas de fondre tous les partis dans deux formations uniques. Chaque parti politique peut continuer d’exister, car chaque parti porte une vision. Au sein d’un bloc, plusieurs partis cohabitent, mais ce sont leurs différentes visions qui s’affrontent en interne. La vision qui aura le plus d’impact prendra naturellement le leadership et désignera le candidat du bloc aux prochaines élections.
Pensez-vous que cela soit faisable ?
Nous croyons fermement qu’une fois que le peuple de Guinée sera enraciné et tiendra à sa souveraineté, cela lui donnera la fierté et la force nécessaires pour cesser de subir et commencer à créer. Notre premier objectif est que la doctrine peuplecrate s’impose en Guinée. Ensuite, nous devons structurer le champ politique en deux blocs, pour vaincre l’ethnocentrisme. Nous voulons que le peuple sorte de la prison ethnique. Il ne doit plus voter par sentiment ethnique, mais dans l’intérêt général.
Même si cela n’existe pas ailleurs, cela peut commencer chez nous. Si l’on prend l’organisation politique et sociétale des États-Unis, on voit qu’elle repose sur une société multiethnique. L’objectif, c’est de faire primer l’intérêt général sur les logiques communautaires.
Pensez-vous pouvoir changer la donne ?
Je suis différent des autres acteurs politiques. Je ne parle pas au nom du peuple, je parle en mon nom. J’ai ma position. Si des points de convergence existent ailleurs, nous sommes ouverts. Notre mouvement n’est affilié à aucune autre formation. Nous sommes autonomes, mais nous n’avons aucun problème à collaborer avec ceux qui partagent nos valeurs. Aujourd’hui, nous appelons l’État à s’approprier ce projet, car il s’inscrit dans une dimension nationale et républicaine. Ce n’est pas un projet personnel.
Avez-vous déjà des adhérents ?
Oui, nous en avons, mais nous n’avons pas encore de siège. Nous en sommes aux débuts, et nous travaillons pour concrétiser tout cela.
Qu’en est-il de l’agrément ?
Nous avons entamé les démarches, bien sûr. Mais comme notre vision est de regrouper les partis dans un bloc, l’agrément n’est pas encore une priorité, même s’il reste une obligation pour toute organisation. Notre priorité actuelle est de rassembler les partis autour de cette vision pour créer ensemble le bloc des peuplecrates.
Notre mouvement existe depuis deux ans. Il y a eu beaucoup d’avancées. Une confiance s’est installée. Les précédentes conférences de presse ont eu un impact. Récemment, lors de mes déplacements à l’intérieur du pays, j’ai constaté des résultats positifs.
Maintenant, il faut travailler pour vulgariser la doctrine afin que le peuple soit mieux informé de l’existence de la peuplecratie en Guinée. Cette doctrine doit nous ramener à la source, nous permettre de retrouver confiance en nous, de créer et d’innover. Nous voulons la souveraineté et l’enracinement de notre peuple.
Par Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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