Guinée-Burkina Faso : Ne laissons pas l’or qui détruit nos terres détruire aussi notre fraternité africaine

Quand la désinformation prend le dessus sur la vérité, une décision environnementale peut malheureusement devenir une crise entre deux peuples frères.

C’est avec une profonde préoccupation, mais aussi avec un immense espoir en la sagesse de nos peuples, que je suis depuis quelques jours les débats et les réactions suscités par les mesures prises par les autorités guinéennes contre l’orpaillage clandestin dans la région de Siguiri.

Je voudrais, en tant que citoyen guinéen, enseignant-chercheur, entrepreneur et Africain profondément attaché à l’unité de notre continent, inviter chacun à une réflexion dépassionnée, responsable et fondée sur les faits.

Car avant de condamner une décision, encore faut-il comprendre ses motivations, son contenu et sa portée réelle.

  1. Le véritable drame de Siguiri, c’est d’abord la destruction de notre environnement !

Depuis plusieurs années, certaines formes d’exploitation anarchique de l’or causent des dommages considérables à notre patrimoine naturel.

Des terres agricoles éventrées, des cours d’eau dégradés, des écosystèmes bouleversés, des populations exposées à des substances dangereuses et des générations futures dont les moyens de subsistance sont menacés.

L’utilisation incontrôlée de produits chimiques tels que le cyanure et le mercure constitue un danger majeur pour l’environnement et la santé humaine.

À quoi sert-il d’extraire aujourd’hui des milliards de nos sous-sols si, demain, nos enfants ne peuvent plus boire notre eau, cultiver nos terres ou vivre sainement sur le territoire de leurs ancêtres ?

L’or peut enrichir une génération. Mais la destruction de l’environnement peut condamner plusieurs générations.

C’est dans ce contexte que les autorités guinéennes ont engagé des mesures contre l’orpaillage illégal, accompagnées de sanctions administratives particulièrement importantes.

Selon les informations communiquées, ces mesures concernent notamment 22 administrateurs territoriaux et 479 responsables de districts et de quartiers, mis en cause dans le cadre de la lutte contre l’orpaillage clandestin et la dégradation de l’environnement.

Ces mesures soulèvent naturellement des questions de responsabilité, de proportionnalité et de respect des procédures. Mais elles montrent également que les décisions ne concernent pas uniquement des ressortissants étrangers : des responsables guinéens sont directement visés.

  1. Pourquoi transformer une question environnementale en conflit entre guinéens et burkinabè ?

C’est ici que mon inquiétude devient particulièrement profonde. La fermeture des sites clandestins a entraîné d’importants mouvements de personnes, notamment parmi les ressortissants burkinabè qui travaillaient dans ces zones aurifères.

Leur nombre et la visibilité de leurs déplacements ont suscité des réactions et alimenté des accusations d’expulsion collective. Mais nous devons absolument distinguer la fermeture d’une activité illégale, les mesures relatives au séjour irrégulier et une éventuelle expulsion fondée sur la nationalité.

Ces situations ne sont pas juridiquement identiques et ne doivent pas être confondues. Il appartient aux autorités compétentes de préciser les modalités des opérations, et aux observateurs de vérifier les faits avant de tirer des conclusions définitives.

De même, toute personne concernée, quelle que soit sa nationalité, doit être traitée avec dignité, humanité et dans le respect de ses droits.

Un Burkinabè n’est pas notre ennemi. Un Guinéen n’est pas l’ennemi du Burkinabè. Notre véritable adversaire commun, c’est tout ce qui détruit nos terres, menace nos populations et compromet notre avenir.

  1. Ce que nous comprenons au Burkina Faso, nous devons pouvoir le comprendre en Guinée

Il y a quelque temps, les mesures prises au Burkina Faso pour encadrer et combattre certaines pratiques dangereuses d’exploitation aurifère avaient suscité des débats importants.

Le camarade président Ibrahim Traoré a lui-même abordé publiquement les enjeux de souveraineté et de gestion des ressources minières.

Cette expérience devrait nous inviter à examiner les décisions guinéennes avec la même exigence de compréhension des enjeux environnementaux, économiques et sociaux.

La protection de l’environnement ne devrait pas devenir légitime ou illégitime selon le pays qui prend la décision.

Ce qui mérite d’être examiné, c’est la réalité des dommages, la légalité des mesures, leur efficacité et le respect de la dignité humaine dans leur application.

La Guinée et le Burkina Faso partagent des défis semblables. Nos pays ont donc davantage intérêt à échanger leurs expériences qu’à laisser s’installer la méfiance entre leurs populations.

  1. L’Afrique a déjà trop souffert de ses divisions

Mes chers frères et sœurs africains,

Combien de temps allons-nous encore permettre que des incompréhensions deviennent des affrontements entre nos peuples ? Combien de temps allons-nous continuer à transformer chaque difficulté nationale en querelle entre communautés africaines ?

L’histoire de notre continent nous enseigne que les divisions ont souvent facilité les dominations et les ingérences extérieures.

Cela ne signifie pas que toute critique serait une manipulation étrangère. Les citoyens ont parfaitement le droit d’interroger leurs gouvernements, de dénoncer des abus et de demander des explications.

Mais la critique responsable recherche la vérité ; la désinformation exploite les émotions.

Nous devons refuser que des images sorties de leur contexte, des vidéos non vérifiées ou des déclarations précipitées deviennent les fondements de tensions entre deux nations qui ont tant de raisons de rester unies.

Nos frontières définissent nos États, mais elles ne doivent jamais effacer notre fraternité.

  1. Aux communicants, aux influenceurs et aux citoyens : mesurons le poids de nos paroles !

Aujourd’hui, une simple publication peut atteindre des millions de personnes en quelques heures. Une information inexacte peut provoquer la peur, nourrir la colère et installer une méfiance qui prendra des années à disparaître.

C’est pourquoi, j’invite respectueusement les communicants guinéens, burkinabè et africains à faire preuve d’une responsabilité particulière.

Consultons les communiqués officiels des gouvernements guinéen et burkinabè. Confrontons-les aux faits documentés sur le terrain. Vérifions les témoignages. Écoutons les personnes directement concernées.

Et lorsqu’une situation demeure incertaine, ayons le courage de reconnaître que nous ne disposons pas encore de tous les éléments.

Défendre son pays ne signifie pas détester celui de son frère. Soutenir une mesure de protection environnementale ne signifie pas approuver d’éventuels abus dans son application.

Nous pouvons défendre la souveraineté de nos États tout en exigeant le respect des droits humains et la préservation de notre fraternité.

  1. Mon appel aux deux peuples frères

À mes compatriotes guinéens, je voudrais rappeler que l’hospitalité, le respect de l’étranger et la solidarité africaine font partie des valeurs que nous devons préserver.

À mes frères et sœurs burkinabè, je voudrais exprimer mon profond attachement aux relations fraternelles qui unissent nos peuples. Les difficultés actuelles ne doivent pas effacer notre histoire commune ni les liens humains, économiques et culturels qui nous rapprochent.

Nous avons besoin d’une Afrique qui protège ses ressources sans rejeter ses frères, qui applique ses lois sans renoncer à l’humanité et qui défend sa souveraineté sans sacrifier son unité. Car au fond, une question essentielle mérite d’être posée :

Quel héritage voulons-nous laisser à nos enfants : des terres dévastées, des peuples divisés et des rancœurs entretenues, ou un continent réconcilié, responsable et capable de protéger ses richesses pour les générations futures ?

Pour ma part, mon souhait est clair : que la Guinée protège son environnement, que les droits de tous soient respectés, que la vérité soit établie et que la fraternité entre Guinéens et Burkinabè demeure intacte.

Ne laissons pas la recherche de l’or nous faire perdre ce qui vaut infiniment plus que l’or : notre humanité, notre environnement, notre dignité et notre unité africaine.

Vive la République de Guinée !
Vive le Burkina Faso !
Vive la fraternité et l’unité africaines !

Que Dieu protège nos deux peuples et guide nos dirigeants vers la justice, la sagesse et la paix. Amen !

Mamadou Lamarana DIALLO

Enseignant-chercheur et entrepreneur

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