Interdiction des emballages plastiques à usage unique : un acteur de la société civile craint une résurgence du choléra si l’eau en sachets n’est plus vendue

Le gouvernement a interdit la production, l’importation et l’utilisation des sachets et objets plastiques à usage unique sur toute l’étendue du territoire national. Alors que la décision doit entrer en vigueur le 20 septembre, cette mesure continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive.

Si le président du Conseil préfectoral des organisations de la société civile de Coyah, Alsény Bangoura, dit partager cette décision, mais craint toutefois une résurgence des maladies hydriques dans certaines localités du pays.

Alors que l’eau minérale est également commercialisée en sachets, il invite le gouvernement à revoir sa décision et à demander aux sociétés productrices d’eau minérale de faire désormais recours à des sachets biodégradables.

Alsény Bangoura a rappelé le rôle de ces sociétés de production d’eau dans le développement socio-économique du pays, tout en reconnaissant les effets néfastes des déchets plastiques sur l’environnement.

‘’Quand j’ai appris cette décision, j’étais entre le marteau et l’enclume. Parce que nous savons actuellement que la production de plastiques à usage unique est faite en grande partie par des sociétés de la place. Et ces sociétés génèrent d’énormes revenus économiques qui contribuent à alimenter les caisses de l’État. Cette interdiction risque d’affecter ces producteurs. Parce qu’à Coyah, nous avons plus de 200 et quelques usines de production d’eau. Admettons que tout cela soit fermé, combien de jeunes vont se retrouver au chômage ?’’, s’interroge Alsény Bangoura.

‘’Ces déchets plastiques ont un effet néfaste sur l’environnement. Aujourd’hui, on ne peut plus cultiver dans nos bas-fonds à Coyah. Nos sources d’eau et nos rivières ont tari. Nos mamans qui faisaient des cultures maraîchères dans ces bas-fonds ne peuvent pas le faire. Parce que partout, il y a des plastiques’’, déplore-t-il.

Cet acteur de la société civile dit être conscient des dangers liés aux déchets plastiques sur l’environnement, mais il craint des répercussions sur la santé des populations.

‘’On est tous d’accord qu’il faut protéger l’environnement. Mais il y a une question de santé qui me préoccupe. Je connais des villages dans Forécariah, Coyah et Dubréka où il y a eu par le passé des cas de choléra avec assez de morts. Mais aujourd’hui, à travers la vente d’eau minérale dans ces différents villages, qui n’ont pas d’adduction d’eau et qui ne buvaient que l’eau du marigot ou de sources non protégées, cette maladie a considérablement diminué’’, estime-t-il.

Il souligne qu’aujourd’hui, ‘’des véhicules acheminent de l’eau jusque dans ces villages. Un paquet d’eau de 30 sachets coûte 5 000 GNF. Le revenu du guinéen lui permet d’acheter cela. Mais si aujourd’hui on interdit ces sachets, qu’est-ce que vont devenir ces gens ?’’

‘’On exige des bouteilles, alors que ça coûte cher. Est-ce que le revenu du villageois lui permet d’acheter ça pour qu’il puisse boire de l’eau pure pour éviter le choléra ? S’il faut produire des bouteilles pour que tout le monde consomme de l’eau pure, il faut revoir le prix par rapport au revenu du guinéen lambda. Si le prix est exorbitant, et que moi, citoyen, vivant dans un village profond, je ne peux pas acheter, je suis obligé d’aller encore dans mon ancien puits pour puiser de l’eau. Un mois après, je tombe malade. Je serai obligé de dépenser des millions de francs guinéens pour me soigner’’, souligne-t-il.

Le président du Conseil préfectoral des organisations de la société civile de Coyah invite les autorités à revoir cette décision.

‘’Le gouvernement doit demander aux différentes sociétés de production d’eau minérale d’utiliser des plastiques biodégradables, pour que, même si c’est mis dans la nature, après un certain temps, ça se dégrade’’, conclut-il.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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