La Guinée choisit de conserver le franc guinéen et tourne le dos à l’Eco : ‘’C’est la meilleure décision que le président a prise’’, selon le gouverneur de la BCRG

Alors que le projet de monnaie unique de la CEDEAO continue d’alimenter les débats, la Guinée a choisi de conserver le franc guinéen. La décision a été officialisée par le président Mamadi Doumbouya et saluée par le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Dr Karamo Kaba. Selon lui, dans le contexte actuel, le maintien du franc guinéen est la ‘’meilleure décision’’. 

La Guinée entend garder la main sur sa politique monétaire. En Conseil des ministres, le président Mamadi Doumbouya a affiché sa volonté de maintenir le franc guinéen, au nom de la souveraineté économique du pays.

‘’La République de Guinée bat sa monnaie depuis plus de 65 ans avec une maîtrise rigoureuse de sa politique monétaire pour le bien-être du peuple de Guinée’’, a rappelé le chef de l’État.

Mamadi Doumbouya a réaffirmé l’importance qu’il accorde à la souveraineté monétaire dans la conduite de la politique économique nationale.

‘’La République de Guinée reste attachée à sa souveraineté économique pour continuer à décider de son avenir économique à travers le franc guinéen, qui constitue l’élément essentiel d’expression de cette souveraineté et qui est au cœur de sa stratégie de développement économique’’, a-t-il ajouté.

Face à la presse le mardi 11 août, Dr Karamo Kaba a indiqué que la Guinée a fait le choix le plus pertinent au regard de la situation actuelle en Afrique de l’Ouest.

‘’La Guinée, par la voix du président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, c’est une très bonne décision que le président a prise’’, a-t-il déclaré.

Pour le gouverneur de la BCRG, le principal problème du projet de monnaie unique réside dans le manque de volonté politique autour de sa concrétisation. ‘’Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, il n’y a pas de volonté politique. Tout le monde dit qu’on va aller à l’Eco en 2027, mais en gros, personne n’a intérêt à y aller’’, affirme-t-il.

Il invite à regarder de près les critères de convergence devant permettre aux États membres de se préparer à l’adoption de la monnaie unique. ‘’Regardez les critères de convergence. Quels sont les pays aujourd’hui qui respectent tous les critères de convergence de la monnaie unique ? Il n’y a qu’un pays, c’est le Bénin’’, soutient-il, précisant que la Guinée respecte les trois premiers critères, à l’exception du déficit.

Au-delà des critères de convergence, Dr Karamo Kaba soulève la question des mécanismes de solidarité entre les futurs États membres.

‘’Il faut un mécanisme de transfert entre les États qui ont des déficits et ceux qui ont des excédents. Si vous avez la même monnaie et que vous n’avez pas ces transferts-là, ça va être très compliqué’’, explique-t-il.

‘’Rappelez-vous ce qui s’est passé, l’épisode grec, lorsque les allemands n’ont pas voulu aider les Grecs avec ce que ça a posé comme incertitude sur l’euro’’, souligné-t-il.

Mais pour le premier responsable de la banque centrale guinéenne, la question la plus déterminante reste celle du contrôle de l’institution chargée de conduire la politique monétaire. ‘’Le dernier point, à mes yeux le plus important, quel est l’instrument que nous avons pour pouvoir gérer cette monnaie ? C’est la banque centrale’’, affirme Dr Karamo Kaba.

Aujourd’hui, rappelle-t-il, la Guinée détient 100 % de sa banque centrale. La création d’une banque centrale fédérale changerait cette situation.

‘’La Guinée détient 100 % de sa banque centrale. Demain, vous allez mettre en place une banque centrale fédérale. Donc, il y a trois paramètres qu’on utilise pour déterminer la part de chaque État dans cette banque centrale-là’’, avance-t-il.

Le gouverneur de la BCRG cite alors la population, le produit intérieur brut (PIB) et les réserves de change. Et sur ces trois indicateurs, le Nigeria dispose d’un poids considérable.

‘’La population du Nigeria, 240 millions d’habitants. Population de la CEDEAO, 460 millions d’habitants. Donc le Nigeria à lui seul fait déjà plus de 50 % de la population de la CEDEAO’’, fait-il remarquer, ajoutant que ‘’le Nigeria à lui seul pèse pour près de 63 % du PIB de la CEDEAO. »

Il précise que ‘’les réserves de change du Nigeria, c’est 50 milliards de dollars. Les réserves de change totales des pays de la CEDEAO, c’est 110 milliards’’.

Pour Dr Kaba, ‘’quelles que soient les pondérations que vous allez mettre sur le PIB, la population ou les réserves, vous allez avoir une banque centrale qui à minima sera contrôlée par le Nigeria à hauteur de 60 %. La part de la Guinée là-dedans, je ne suis même pas sûr qu’on aura 5 % du capital de cette banque centrale. Donc pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % pour aller à une banque centrale où il y a 5 % ?44 ;

Le gouverneur de la BCRG assure que ‘’le président a eu raison. Ça n’empêche qu’on va continuer à réfléchir avec eux pour voir comment est-ce qu’on va aller vers une monnaie commune, pas unique, une monnaie commune. Mais en l’état actuel, c’est la meilleure décision que le président a prise’’.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.info

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