La Guinee is back ou bad ?

[dropcap]A[/dropcap] Bingodougou la galèreuse, le second mandat du grand timonier Körö Alifa rime avec la dèche totale dans les ménages et sous les chaumières. Depuis l’investiture du grand Mansa au sortir du mémorable coup KO qui livre inexorablement le pays vers le Chaos, le concert de récriminerations, de plaintes et de complaintes fusent de toutes parts !

C’est ‘’Sow’’ ! Eeeehhhh, pardon ! C’est « chaud » se plaignent à l’unisson les bingodougoukas. Pourtant, au commencement de son premier bail en  2010, le locataire du Palais Sekhoutoureya, Koro 1er du haut de son trône, jurant sur le palpitant avait prévenu « j’ai pris le pays dans un puits profond pour le remonter en surface et … 5 ans après, je vais le propulser vers l’émergence…faire en 5 ans ce que les autres n’ont pas réussi en 50 ans !». Ehhhh Allah ! Miracle ou mirage ?

Quoi qu’il en soit, les bingodougoukas sont perdus. Ils ont perdu la boussole et tout sens d’orientation d’autant plus que 5 ans après le passage d’Ebola assaisonné des  convulsions socio-politiques et autres  grèves à répétition, « le pays ne fait que s’enfoncer… On est plus près des abysses de la galère que du soleil de l’émergence promis », peste Kéfin, l’étudiant diplômé sans emploi qui broie du noir dans un café plongé dans une atmosphère étouffante et suffocante à Matoto.

Dans Bingodougou la déboussolée encore groggy, toujours sonné par le terrible coup KO assené au pays lors de la présidentielle d’octobre 2015, la ‘’grogne’’ est la denrée la plus partagée du moment. Et pour cause, la gouvernance de Koro se gargarisant des reformes macro économiques et des vertus jamais prouvées de la fameuse caisse unique menant tout droit à la poche unique de Koro et de son entourage, la gouvernance de ‘’toi et à moi’’ a atteint ses limites. Dos au mur, bousculé et acculé de toutes parts depuis le début d’année 2016, le gouvernement de Didi Youlah le funambule qui traine des ‘’caisses vides et des finances au rouge’’ marche sur des œufs.  Walahii Yörö magnin dêe !  Taa gan khi dogo dogo !

L’Etat est fauché, les recettes fondent comme du beurre au soleil, les dépenses explosent, la dette intérieure pour faire souffler les entrepreneurs locaux est impayée, l’endettement extérieure jadis assaini se creuse, les taxes nouvelles écrasent les consommateurs alors que les impôts supplémentaires prennent à la gorge les rares investisseurs et autres operateurs comiques évoluant dans un climat d’affaire plombé par les charges énormes, les pesanteurs administratives et l’insécurité endémique.

En somme, tous les voyants lumineux du tableau de bord économique sont au rouge vif… Des départs de feu annoncés partout ! Heureusement que les pompiers de Brettons Woods (FMI-BM) en avalisant les 6eme et 7eme revues du programmes, ont essayé d’éteindre le feu, en toute urgence signalée, en apportant de l’argent frais pour une enveloppe de 20 millions de dollars us afin de conforter nos réserves de changes que les gros rongeurs tapis dans les caveaux de  la BCRG avaient fini de grignoter. N’noun galanyi !

Un pays qui étouffe sous l’emprise de la grogne et de la galère, pas d’alternatives crédibles.

A Bingodougou, l’argent est devenu rare, les robinets d’eau  secs, le délestage revenu au galop du fait de l’étiage qui étreint, Kaleté, le grand barrage du ‘’singement’’. A Bingodougou qui étouffe sous la canicule,  on a perdu tous les repères. On se cherche !

Après plus d’un demi siècle ‘’d’in-dépendance’’ émaillée d’opportunités de développement perdues, de gouvernance bancale et népotique, de clientélisme et d’affairisme sous le prisme de la médiocratie érigée en système, les habitants qui se croient des éternels damnés de la terre ont perdu tous les repères.  Les grandes valeurs morales et éthiques s’effritent au jour le jour.

Dembo Diaby est amer ! « La ‘’Gouvernance Koro’’, à force de faire des promesses non tenues,  perd inexorablement ‘’tout le crédit’’ auprès de la populace désespérée qui tire le diable par la queue ».  Les ‘’zoposants’’,  renchérit-t-il, « censée incarner ‘’l’alternative pour nous tirer d’affaires sont hélas, profondément engluée dans leurs pétrins ». Ecartelés et émiettés par le nomadisme politique ‘’mangecratie’’ oblige, et qui plus est, faisant preuve de nanisme politique, l’opposition dite républicaine réduite à sa portion congrue s’essouffle et ne fait plus le poids. En témoigne le peu d’engouement suscité par rapport au mot d’ordre de journées  ‘’ville morte’’ lancé en fin mars.

Dans ce délitement général, les acteurs de la société civile décrédibilisés n’ont plus de voix qui porte. Les syndicats divisés, infiltrés et affaiblis ont déçu et définitivement perdu leur capacité de mobilisation. Les députés dépités. Les sages, notables et religieux coltinés aux chapelles politiques de l’opposition ou de la mouvance ne fédèrent plus et n’influence personne.

Quant à la classe politique  (opposition et mouvance confondue) devenu un réceptacle de ‘’médiocres’’ et caractérisée par ses tergiversations, ses incohérences, ses stratégies bancales et alambiquées, elle ne parvient plus à bouger grand monde sur le front du combat pour une alternative crédible et efficace en Guinée.

L’arène politique guinéenne nous présente un spectacle tragi-comique : Le Erpécé (RPG) est secoué par les frondeurs, l’arc-en-ciel qui a perdu ses couleurs est agité par les ‘’frustrés’’, l’UFDG déchirée est embourbée dans ses querelles intestines, l’UFR et son Haut représentant sans feuille de route sont perdus dans les labyrinthes de Sekhoutoureya… Tous les états major ont perdu le nord. Militants, sympathisants, citoyens lambda en quête de la pitance quotidienne sont tous fatiiiguuuées et désabusés !

 Et c’est là, le grand danger qui guette Bingodougou : le manque d’interlocuteur pour porter aux autorités les plaintes ou les complaintes des populations écrasées par un changement qui enrichi un clan et paupérise le plus grand nombre.

 Croyez-moi ! Si ce vide n’est pas vite comblé par des personnes ressources crédibles et respectables … c’est la rue qui va s’engouffrer dans la brèche. Et face à d’éventuelles et imprévisibles convulsions socio-politiques qui surgiraient, en signe du ras-le-bol exprimé par les Bingodougoukas excédés par la galère et la grogne en sourdine, la rue avec tous les risques sera la seule à se dresser devant l’exécutif. Un ‘’fâche à fâche’’ de tous les dangers que le pays, déjà à bout de souffle, se doit d’éviter à tout prix !

Et Dieu seul sait que les sources de grogne et de galères sont légions ces temps ci. Rappelons nous des chapelets de  promesses faites aux syndicats :  revoir le prix du carburant à la baisse après les revues du programme en juin 2016, révision de la grille salariale, payement des engagements financiers contractés auprès des universités privées en fin avril début mai, règlement de la dette intérieure, relance des chantiers ouverts et stoppés nets un peu partout à travers le pays et bien d’autres charges financières qui pèsent sur les finances publiques précaires d’un pays encore sous surveillance du FMI et de la Banque Mondiale.

Dur dur va être l’année 2016 qui a aussi rendez-vous avec les sempiternelles élections dont la Guinée est passée maitresse … les communales et les locales étant déjà reléguées aux calendes de grec !

Alors on s’interroge. La Guinée is back ou la Guinée is bad ?  De l’émergence à l’urgence,  la ‘’patiente Guinée’’ ne sait plus vers quel toubib se tourner pour soigner ses maux. Woika !

Kankeleti Cissokho

Comments (2)
Add Comment
  • Kawou

    Excellente analyse avec un brin d’humour coriace.La suite risque d’être compliquée dans ce bled pour nkoro alpha condé et les bingodougoukas.

  • Guinee

    Kankeleti Cissokho très belle analayse. stp contacte moi jspguinee@gmail.com. On va echanger