Face aux risques d’extinction qui pèsent sur les richesses mémorielles du pays, le Centre d’innovation et de recherche pour le développement (CIRD) et le ministère de la culture, du tourisme et de l’artisanat ont officiellement lancé, ce mercredi 1er juillet 2026, au Centre culturel franco-guinéen, le Programme national de recensement, de documentation et de numérisation du patrimoine culturel. Adossée à la vision Simandou 2040, cette initiative combine rigueur scientifique et technologies de pointe pour doter la Guinée de sa toute première base de données patrimoniale exhaustive, unissant la voix des anciens à la puissance du numérique.
La Guinée possède un patrimoine culturel d’une richesse exceptionnelle, allant des sites historiques et paysages culturels aux traditions orales, musiques et savoir-faire ancestraux.
Pourtant, une part majeure de ce legs souffre d’un manque de documentation et est exposée à l’urbanisation, aux changements climatiques et à la disparition progressive des détenteurs de savoirs traditionnels. C’est pour parer à cette urgence silencieuse que le CIRD et le gouvernement ont scellé un partenariat.
La directrice du CIRD, Dr Safiatou Diallo, a rappelé la lourde responsabilité qui incombe à son institution, soulignant qu’il s’agit de “doter, pour la première fois, la Guinée d’un système national fiable de connaissances, de documentation et de valorisation de son patrimoine culturel”.
Elle a mis l’accent sur les failles structurelles actuelles en se demandant “comment planifier si l’on ne connaît pas précisément ce que l’on possède ? Comment protéger ce qui n’est pas identifié ? Comment transmettre ce qui n’est pas documenté ? Un pays qui n’a pas de données fiables avance aveuglément”.
Au-delà de la préservation de la mémoire collective, cette initiative servira d’outil d’aide à la décision pour accompagner les politiques publiques culturelles, faciliter la recherche universitaire et stimuler le tourisme culturel.
Sur le plan international, ces données scientifiques rigoureuses viendront appuyer les dossiers de candidature de la Guinée auprès de l’UNESCO pour l’inscription d’expressions culturelles majeures, à l’instar de la Mamaya ou du Kania Soli, prolongeant ainsi les efforts qui ont récemment permis d’actualiser la liste indicative du patrimoine matériel avec le massif du Fouta Djallon.
Ce projet mémoriel se veut avant tout inclusif et participatif. Comme l’a précisé la directrice du CIRD en remerciant les coordinations régionales présentes, l’ambition est de bâtir “une mémoire construite avec les communautés”, fondée sur la recherche et utile autant aux décideurs qu’aux générations futures.
Saluant le leadership de Dr Safiatou Diallo, le ministre de la culture, du tourisme et de l’artisanat, Moussa Moïse Sylla, a insisté sur le fait que ce projet s’inscrit dans le deuxième pilier du programme Simandou 2040, porté par le président Mamadi Doumbouya, qui place l’éducation et l’identité au cœur du développement.
Il a fermement rejeté la réduction de la culture au simple folklore en affirmant que “l’économie existe en culture et c’est une source intarissable lorsqu’on la développe”.
Rappelant que “la culture n’est pas une dépense pour la nation, elle en est le fondement”, il a précisé la philosophie du projet face aux innovations technologiques.
“Nous ne confions pas notre mémoire à la machine pour remplacer nos anciens, mais pour que leur parole ne meure jamais. Pendant des siècles, le griot a été notre bibliothèque vivante. Aujourd’hui, la technologie doit devenir son alliée, et non son remplaçant”, souligne-t-il.
Sillonner les régions guinéennes requerra une communion nationale, associant l’Académie des sciences de Guinée, les chercheurs et les chefs traditionnels pour ériger ce que le ministre qualifie de “véritable bible ou coran culturel” afin de sauvegarder l’âme du pays.
En liant l’histoire glorieuse de l’empire du Wassoulou de l’Almamy Samory Touré à la recherche moderne et à la diplomatie culturelle, ce programme pose les fondations d’un héritage solide pour contrer l’érosion culturelle.
Moussa Moïse Sylla a appelé à la responsabilité et à la fierté nationale, assurant que “nous sommes les descendants de tous ces grands hommes qui ont façonné notre histoire commune, notre mémoire collective”.
“Ne pas aujourd’hui prendre cette flamme, la relever, l’entretenir, la valoriser pour la transmettre à la nouvelle génération, c’est démissionner et c’est fuir notre responsabilité. Au nom de cette richesse, au nom de ce joli tableau, nous devons porter ce projet. Ce n’est pas seulement l’affaire du ministère de la Culture et du CIRD, c’est l’affaire de toute la République de Guinée, parce qu’il s’agit de recoller les morceaux et de mettre en place un mécanisme qui nous permettra de valoriser notre âme culturelle”, a-t-il ajouté.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
00224 628 52 64 04/abdoulbela224@gmail.com