Au cours d’une rencontre présidée par le Premier ministre, ce mercredi 6 mai 2026, la Guinée a franchi une étape décisive dans sa transformation structurelle. Sous l’égide du ministère de la communication, de l’économie numérique et de l’innovation, la signature de l’accord de construction et de maintenance du projet MEDUSA Africa marque la fin d’une dépendance technologique risquée et lance la nation dans une nouvelle ère de résilience numérique.
Treize ans après l’atterrissement du premier câble ACE (Africa Coast to Europe), qui avait initié la révolution mobile dans le pays, la République de Guinée double enfin sa mise.
Pour Ahmed Karifa Diawara, directeur général de la Guinéenne de Large Bande (GUILAB), ce moment restera dans l’histoire. Il a rappelé que si ACE a accompagné l’essor du mobile money et de la digitalisation administrative, les limites techniques sont aujourd’hui atteintes.
‘’L’appétit numérique d’une nation ne cesse jamais de croître’’, a-t-il affirmé, précisant que « notre unique câble sous-marin arrive aujourd’hui à un seuil critique de sollicitation ».
En s’engageant à mobiliser toute l’expertise de la GUILAB, il a précisé que ce projet permet de ‘’connecter aujourd’hui la Guinée à son propre avenir’’.
Cette ambition est partagée par Damien Bertran, directeur général adjoint du projet MEDUSA, qui voit en la Guinée un futur ‘’hub clé de connectivité’’. Il a souligné que ce système de nouvelle génération repose sur trois piliers : la résilience, l’accès ouvert pour favoriser la concurrence, et un partenariat international fort soutenu par les institutions européennes et américaines.
Le ministre Mourana Soumah a, quant à lui, insisté sur la portée politique et économique de l’événement. Pour lui, la croissance ne peut rester théorique, expliquant que ‘’nous allons faire toutes les hypothèses de croissance, de 10 %, si on n’a pas des infrastructures routières, numériques, énergétiques, cette croissance va naître dans les chiffres plus que dans la réalité’’.
Dès sa prise de fonction en février dernier, le ministre a fait de MEDUSA une urgence absolue après un diagnostic alarmant. ‘’Ce risque, on m’a dit : on n’a qu’un seul câble sous-marin. Je me dis bien, ça veut dire qu’on est totalement exposé, on est vulnérable au cas où ce câble arriverait à connaître un facteur d’érosion climatique ou d’autres attaques’’, explique-t-il.
Comparant la Guinée à ses voisins, il a indiqué que ‘’la Côte d’Ivoire en a 5, le Sénégal 4, le Kenya 7. La Guinée 1, mais saturé à 98 %’’.
Le ministre Soumah a rappelé que l’impact de cette signature dépasse largement le cadre des télécoms, car une augmentation de 10 % de la pénétration du haut débit peut générer jusqu’à deux points de croissance du PIB.
Clôturant la cérémonie, le Premier ministre Amadou Oury Bah a salué cette avancée tout en fixant des objectifs encore plus audacieux.
‘’On ne dit jamais deux sans trois. D’ores et déjà, il faut penser à un troisième câble. C’est une question de sécurité nationale et c’est une urgence, surtout dans ce monde de plus en plus perturbé et dangereux’’, a-t-il lancé, exhortant également à couvrir les ‘’zones blanches’’ et à optimiser l’utilisation du Backbone national.
‘’Il y a 13 ans, le premier câble est venu après combien d’années de retard. Vous savez pourquoi la Guinée a eu ce retard ? Parce que, lorsque le premier câble devait passer à Conakry, ils ont fait peur au président Conté en disant que cela va permettre que notre souveraineté nationale, nous allons la perdre. Nous ne pouvons pas. Les communications seront telles que vous ne pourrez pas, c’est une perte de souveraineté et il fallait payer 10 millions de dollars. Et la somme, 10 millions de dollars à l’époque, certains ont estimé pourquoi payer 10 millions de dollars pour quelque chose qui n’a pas d’intérêt. Et pourtant, c’était des responsables a priori ouverts sur les réalités du monde, mais qui n’ont pas eu, disons, ce sens d’humilité d’abord, parce que si on ne connaît pas, on essaie de s’informer. On essaie de voir ce que font les autres. Les autres ne feront jamais quelque chose parce que c’est inutile, c’est parce que c’est utile, rentable et anticipateur. Mais on a perdu du temps et disant 10 millions de dollars, on peut utiliser ça pour autre chose, ces 10 millions de dollars nous ont fait perdre beaucoup d’opportunités qui auraient pu générer des millions et des millions de dollars, voire même des centaines de millions de dollars’’, a-t-il regretté.
Avant de conclure que le monde de demain exige une humilité face au progrès, en ajoutant que ‘’le sens de responsabilité d’un gouvernant, c’est de ne pas se limiter à ce qu’on conçoit à titre individuel. Le numérique est le socle qui permettra à la Guinée de briser son plafond de verre et d’être une plaque tournante économique attractive’’.
Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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