Le ministre Moussa Moïse aux guinéens : ‘’Un peuple qui exhibe fièrement son patrimoine commande le respect’’

À l’occasion de la Journée internationale des musées, le ministre Moussa Moïse Sylla a livré, depuis le Musée national de Sandervalia, un vibrant plaidoyer en faveur de la préservation du patrimoine culturel. Au-delà d’un simple espace d’exposition, il voit dans ce lieu un véritable outil thérapeutique capable de renforcer l’unité de la jeunesse guinéenne et de préserver l’identité nationale

Interpellant l’auditoire sur notre rapport aux objets anciens, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat a défini le musée comme une institution vitale capable d’apaiser les tensions de notre époque.

‘’Quand avez-vous, pour la dernière fois, tenu entre vos mains un objet plus vieux que votre grand-père ? Quand avez-vous, pour la dernière fois, senti que le temps s’effaçait et que quelque chose d’invisible vous reliait à ceux qui ont marché avant vous sur cette terre ? C’est ce que fait un musée. Chaque jour. En silence. Sans tambour ni trompette’’, a-t-il rappelé.

Face à un monde fracturé où ‘’les paroles divisent là où elles devraient rassembler’’ et ‘’où partout, des forces travaillent à séparer ce qui devrait rester uni’’, Moussa Moise Sylla a affirmé que le musée conserve un pouvoir absolu. ‘’Il peut tout. Parce qu’il se souvient de tout’’, dit-il.

‘’À Sandervalia, dans les couloirs du Musée national de Guinée, quelque chose d’extraordinaire se produit chaque jour. Un masque Baga répond silencieusement à un masque de la Forêt. Un instrument à cordes d’un autre siècle dialogue avec les créations des artistes d’aujourd’hui. La tradition n’y est pas un fardeau. Elle est une semence. Et la modernité n’y est pas une trahison. Elle est le fruit de ce que nos ancêtres ont planté’’, a-t-il expliqué, avertissant qu’interrompre ce lien condamnerait le pays à ‘’avancer à l’aveugle’’.

Selon lui, dans un pays riche de sa diversité, le patrimoine doit être le ciment de l’unité tout en exhortant les guinéens à dépasser les barrières régionales.

‘’La Guinée est riche d’une diversité que beaucoup nous envient. Peul et Malinké, Soussou et Kissi, Toma et Bassari, gens de la Forêt et gens du Fleuve ; nous sommes nombreux, différents, et c’est notre force. Mais cette force ne devient puissance que lorsqu’elle se reconnaît elle-même. Lorsqu’un enfant de Siguiri comprend la beauté du rituel d’un initié de N’Zérékoré. Lorsqu’une jeune fille de Conakry s’émerveille devant la coiffe d’une mariée de Labé. Lorsque chacun voit dans les collections nationales non pas l’autre mais une part de lui-même. Le Musée national n’est la propriété d’aucun clan, d’aucune région, d’aucune génération. Il est la maison commune de tout un peuple’’, a assuré le ministre.

Au-delà de la cohésion nationale, il a insisté sur l’importance du lien intergénérationnel à une époque où la technologie a tendance à isoler les individus. ‘’Il y a quelque chose de profondément émouvant dans la scène d’une aïeule qui tend à sa petite-fille un objet ancien en lui disant : ceci vient de nos ancêtres, et voilà ce qu’il signifie. En un geste, deux mondes se rejoignent. Une chaîne brisée se renoue. Les musées sont ces rares espaces où le temps ne s’écoule pas de la même façon qu’ailleurs. Où un enfant de dix ans et son grand-père de soixante-dix ans peuvent s’arrêter devant le même objet et ressentir, chacun à sa manière, la même émotion. À l’heure où les écrans nous isolent et où les réseaux sociaux fragmentent nos visions du monde, le musée reste un territoire de rencontre véritable un lieu où l’on se retrouve, physiquement, humainement’’, a décrit le patron du département de la Culture.

M. Sylla a conclu son propos en rendant un hommage ému aux travailleurs de l’ombre conservateurs, restaurateurs, chercheurs, agents de sécurité, guides et médiateurs culturels dont la passion quotidienne constitue la ‘’colonne vertébrale’’ de cette renaissance.

Pour lui, leur engagement est le socle sur lequel repose l’avenir de la nation. Car, estime-t-il ‘’tant qu’un musée ouvrira ses portes quelque part en Guinée, l’espoir sera vivant. L’espoir que les hommes, malgré tout ce qui les divise, peuvent encore se retrouver autour de l’essentiel : ce qu’ils ont vécu ensemble. Ce qu’ils ont créé ensemble. Ce qu’ils transmettront ensemble. Un peuple qui maîtrise son histoire avance avec assurance. Un peuple qui exhibe fièrement son patrimoine commande le respect. Un peuple qui se rassemble autour de sa culture devient invincible’’.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info

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