Le plus grand parti politique de Guinée : RPG ou UFDG ?

[dropcap]M[/dropcap]ardi dernier, 21 avril 2020, lors de l’installation de l’Assemblée issue des élections controversées du 22 mars 2020, Sanoussy Bantama Sow, membre fondateur du Rassemblement du Peuple de Guinée, le parti gouvernemental guinéen, dont il est un des membres influents du Bureau politique, a invité la jeunesse du Rpg à mener la bataille afin “de prendre la relève pour que le RPG continue d’être le plus grand parti de la Guinée dans les 30 ans à venir’’.

Une position qui, selon des analystes politiques guinéens “est loin d’être le cas depuis la fusion, en 1998, entre l’Union pour la Nouvelle République (Unr) du doyen Bah Mamadou Bhoye, le Parti pour le Renouveau et le Progrès (Prp) de feu Siradiou Diallo et du Rnp de Dr. Saliou 5 Diallo. Le Rpg n’a jamais été le plus grand parti en Guinée et ne le sera plus avec sa gestion catastrophique des dix dernières années. En 2010, c’était déjà un parti en voie d’extinction”.

Et l’un d’entre eux d’ajouter : ‘’Si Bantama n’avait dit que le Rpg arc-en-ciel est le plus important parti politique représenté dans la nouvelle assemblée, nul ne l’aurait contredit. Mais, aujourd’hui, de comparer le Rpg à l’Ufdg, l’Ufr, c’est comparer la luminosité entre la nuit et le jour. C’est comparer Paris et Conakry en termes de développement. Des élections libres et transparentes opposant ces trois formations, le Rpg les perdrait lamentablement”.

Empêcher la tenue des élections

Pour la tenue des législatives et du référendum controversé le 22 mars dernier, le gouvernement guinéen et son parti le Rpg sont parvenus à créer les conditions de non-participation à ces joutes électorales des principales formations politiques du pays comme l’Ufdg, l’Ufr, le Pades, le Bl., l’Udd qui, si l’on se fie aux résultats des élections communales de février 2018, représentent au moins les deux tiers de l’électorat guinéen. Le Rpg et ses partis satellites ne pouvaient plus gagner sans tricher. C’est ainsi qu’ils ont préparé un fichier électoral grâce à une Commission électorale aux ordres, qui a bénéficié de l’appui des administrateurs territoriaux.

Le coup était presque réussi car, ce n’est qu’à la dernière minute que les commissaires de la Céni désignés par l’opposition ont mis à jour les anomalies du fichier électoral préparé par le Rpg pour gagner toutes les élections. Un fichier électoral dont l’incohérence a été étalée sur la place publique. Les partis politiques de l’Opposition et les organisations de la société civile opposées au changement constitutionnel ont rapidement exigé la correction des nombreux dysfonctionnements identifiés. Ces formations politiques ont ainsi décidé de ne pas participer aux élections législatives, mais d’empêcher leur tenue. Il est vrai que le gouvernement a pu organiser des élections le 22 mars 2020 mais, dans un climat insurrectionnel dans de nombreuses régions du pays, y compris à Conakry. Ces élections ont produit des résultats surprenant, contradictoires. Les autorités de Conakry ont échoué à organiser des élections

Les autorités gouvernementales guinéennes ont cru que cette position des formations de l’opposition allait les sortir du jeu politique. Et que, comme au Togo, en décembre 2018, en Guinée aussi, des élections pouvaient se tenir sans les partis de l’opposition et être acceptées par la communauté internationale. Alpha Condé et ses partisans avaient-ils oublié que cette même communauté internationale était partie aux différents dialogues inter-guinéens ? Des dialogues au cours desquels le parti gouvernemental, Rpg arc-en-ciel, a pris des engagements qu’il n’a jamais respectés. Le chef de l’État guinéen et ses partisans s’attendaient-ils à une nouvelle passivité de la communauté internationale, qui a pris acte des élections tripatouillées, comme celle des communales de 2018 ? Probablement, mais, sans tenir compte du discours tenu par les plus hautes autorités françaises, opposées au projet de nouvelle constitution.

Elections non inclusives

Malheureusement pour la mouvance présidentielle guinéenne, dans le combat de taureau qu’elle mène contre l’Opposition, c’est l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui lui porte l’estocade, en annonçant son retrait, fin février, du processus électoral en raison de la corruption du fichier électoral. Ce retrait de l’OIF, partenaire technique de la Commission électorale, a déjoué tous les plans concoctés par le président guinéen et ses conseillers. Il ne leur restait, pour organiser des élections législatives et du référendum constitutionnel, que de se passer des avis de la Communauté internationale. Et c’est Alpha Condé, le chef, qui monte au créneau pour annoncer un report des élections, tout en précisant que les listes des candidatures ne seront pas rouvertes pour intégrer les partis qui avaient refusé de désigner des candidats.

Le président guinéen venait ainsi d’annoncer qu’il s’enficherait pas mal de cette condition (participation de l’Ufdg, de l’Ufr etc.) pour qu’il y ait une reconnaissance des élections. L’autre condition étant la correction du Fichier électoral. Cette fois-ci, alors que tout le monde croyait que la mouvance présidentielle guinéenne allait finalement comprendre qu’il lui faudrait collaborer pour organiser des élections consensuelles, moins de 24 heures après la publication des conclusions et recommandations des experts de la Cedeao, la Céni annonce que le 22 mars se tiendra le double scrutin. Le camp présidentiel a préféré suivre son plan de match. En pleine pandémie mondiale du Covid-19, dans certaines localités du pays, il y a eu des élections marquées par le bourrage d’urnes et dans d’autres, la répression des forces policières, de gendarmerie et de l’Armée a été le fait marquant de ce rendez-vous électoral.

Si le Rpg arc-en-ciel était réellement la plus grande formation politique du pays aurait-il eu besoin d’un fichier électoral corrompu, des agents de l’Administration territoriale et des forces policières et de gendarmerie pour permettre à la Céni de lui préparer une victoire ? Lire la suite de l’article sur Guinafnews.info en cliquant ici.

Comments (3)
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  • Ibrahima Sory

    C’est un faux débat. Peu de chefs d’État acceptent d’organiser des élections libres, transparentes, justes, acceptables et acceptées de tous. Peu d’entre eux se conforment au code électoral. En Afrique, on rencontre de tels chefs. Ils ont nom : Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Dr Bony Yayi et Yahya Djammeh dans une certaine mesure.
    En ne jouant pas sur la fibre ethnique, en impliquant pas les administrateurs territoriaux, en ne bourrant pas les urnes, il est impossible de gagner les élections en Afrique.
    Pour moi, le plus grand parti guinéen est celui qui s’impose sur le terrain. C’est celui qui, sans s’appuyer sur des administrateurs, sans violer le code électoral, sans corrompre les Guinéens, sans favoriser l’enrôlement des non électeurs (moins de 18 ans), sans recourir aux doublons, gagne les élections en ne comptant que sur l’engagement de ses militants.
    Un grand parti n’a pas besoin de recourir à des menaces, des mutations arbitraires, des arrestations arbitraires, des kidnappings. Il respecte le verdict des urnes. Il n’a pas besoin de recourir à la violence d’État pour se faire élire. Le grand parti respecte et fait respecter la loi dans toute sa rigueur.
    Un grand parti n’use pas de mensonge. Il respecte l’opinion de chacun des membres de son pays. Un tel parti accepte la critique et l’autocritique.
    Dans un grand parti, le chef ne viole aucune disposition de la loi fondamentale. Il accepte l’alternance. Il favorise les débats et joutes oratoires. Il est un démocrate convaincu. Il ne ment jamais pour atteindre ses objectifs. Il se garde de toute politique politicienne.
    Dans un grand parti, on favorise le mérite et non la médiocrité.
    Dans un grand parti, tout le monde a sa place. On ne tient pas des promesses pour déposséder les partis adverses. On ne profite pas d’être de la mouvance pour organiser la transhumance des cadres.
    Telle est ma position et je défie Bantama Sow car son assertion ne se vérifie pas par la logique de ses conséquences. Je préfère voir faire la politique sans pour autant outrepasser les mesures de l’entendement.
    A bientôt !

    • Jallohms7

      « C’est un faux débat… ».Sory,tu dis la chose et son contraire.
      Pourtant tu décris bien la formule de l’alternance démocratique en Afrique.Enfin tu es de même avis que l’auteur de l’article.

  • merci camara

    Le plu grand parti en Guinée c’est UFDG
    Tout le monde sait
    2eme UFR