Lettre ouverte au ministre de la Sécurité et de la Protection civile

[dropcap]M[/dropcap]onsieur le ministre, votre détermination à améliorer les capacités des services de la police et de la protection civile, après avoir clairement posé les diagnostics, force respect et admiration. Cependant, il est à craindre que votre bel élan ne soit entravé voire stoppé par les anciennes habitudes des cadres et des personnels (paresse, inerties de toutes sortes, défense de positions acquises…).

Ayant vécu ces pratiques pendant plusieurs années, poussé par votre fougue et vos méthodes salutaires, j’ai un plaisir particulier à vous proposer une contribution plutôt modeste dans votre élan de renforcement et de professionnalisation des effectifs de la police et de la protection civile.

Pour le moment, rebondissant sur des informations parues dans la presse, je me contenterai de vous suggérer quelques pistes de solutions.

La formation

Tel que vous le souhaitez, cette formation devrait être la pierre angulaire du département depuis toujours. Normalement, tous les personnels doivent s’en approprier avec enthousiasme. Toutefois, le manque de niveau, voire le détachement des principaux destinataires de ces formations, leur grand nombre, le poids des tâches quotidiennes, la mobilisation des ressources nécessaires ne pourraient-ils pas être des freins à votre noble action ?

Pour pallier à ces difficultés, je vous suggère de procéder au recrutement, à l’interne, d’encadreurs ayant les capacités d’assimiler rapidement les thèmes de formation à l’issue de laquelle ils vont être déployés au niveau des grands axes et des grands carrefours pour impulser et coordonner les actions des agents placés sous leurs ordres. Ce système peut être appliqué à d’autres secteurs de la police (judiciaire, urbaine, unités d’intervention, etc.).

Quant au secteur particulier de la circulation routière, je pense que sur un plan réglementaire et pour plus d’efficacité, il serait judicieux d’ériger les commissariats spéciaux actuels en commissariats de la Voie Publique. Cette positon élargirait leurs domaines de compétence, notamment la lutte contre le phénomène récurrent de l’occupation illégale des trottoirs et chaussées.

Et comme on ne réinvente pas la roue, les policiers déployés sur la voie publique devraient être astreints à des patrouilles pédestres en binômes d’un point A à un point B, et retour au niveau de leur zone d’intervention. Cela permettrait d’empêcher la réinstallation des déguerpis et d’élaguer les sources d’embouteillages en amont et en aval des carrefours qu’ils occupent actuellement comme des envahisseurs.

Ce sont là quelques-unes des idées que j’avais soumises à la hiérarchie, à l’issue d’une formation que j’avais suivie en France dans une Ecole supérieure d’officiers et dans une École d’application, il y a quelques années déjà.

Le fonctionnement de la sécurité routière

Le domaine de la sécurité routière est la partie visible de l’iceberg et la gangrène de la police. Cependant, à mon sens, on ne lui accorde pas toute l’attention qu’il mérite. On se contente de gérer les crises avec beaucoup de nervosité et de précipitation.

Depuis quelques années, il y a peu de vision dans le secteur. Pourtant, avec quelques moyens simples, du courage, de l’abnégation et une vraie volonté d’améliorer le secteur, on peut parvenir à des résultats tangibles en peu de temps.

D’abord, il s’agira d’identifier tous les agents du secteur par des plaques sur lesquelles on a inscrit leurs noms, prénoms, grades et qualités qu’ils vont porter obligatoirement pendant le service de façon visible, en attendant leur dotation de tenues spécifiques pour les distinguer des autres personnels de la police.

Ensuite, les doter de gourdins et de sifflets. Le bon vieux sifflet qui, par son strident canalise, oriente et attire mieux l’attention des usagers de la route que leur «heh» actuel. Les bobbies (policiers de Londres) confrontés à des problèmes plus compliqués que les nôtres ne sont dotés que de ces deux «armes». Ce qui ne les rend pas moins efficaces.

Et puis, on se souviendra d’un ancien policier que tout le monde appelait affectueusement «gants blancs» qui, avec son sifflet et ses mains gantées, réalisait des prouesses pour la fluidité de la circulation. Ses talents, son dévouement et son désintéressement faisaient qu’il était apprécié de sa hiérarchie et des usagers de la route qui lui constituaient des «fans clubs». Une gageure. Comme quoi à cœur vaillant rien d’impossible.

Les plaques d’identification dont j’ai parlé tantôt, permettront de juguler en partie la gangrène qu’est le racket auquel nos agents se livrent en longueur de journée.

Dans d’autres pays, quand un policier est sanctionné, on l’affecte à la circulation. Mais chez nous, le policier peut engager ses salaires pour être affecté à la routière. C’est tout dire de leurs intentions.

La rédaction des rapports et PV de police

Vous l’avez dit, M. le Ministre. Le niveau des fonctionnaires de police actuels laisse à désirer. Ce qui amène beaucoup d’approximation dans la rédaction des nombreux rapports et procès-verbaux qui sont le lot quotidien des fonctionnaires.

Je pense que pour leur faciliter cet exercice et dégager du temps pour d’autres tâches, on peut élaborer des formulaires spécifiques à compléter aux différentes missions. Même pour les procès-verbaux, on peut recourir à ce genre d’imprimés, en accord avec la Justice. Un peu comme un procès-verbal de première comparution de la Justice.

La communication

Le 21e siècle étant le règne de la communication, notre Département ne peut pas se départir ou ignorer cette science. Nous devons nous en approprier et en faire un usage cohérent.

Monsieur le Ministre, seul, vous ne pouvez pas assurer permanemment cette tâche délicate et prenante. Et jusqu’à présent, les fonctionnaires qui s’y sont employés, malgré leur bonne volonté, manquaient de science. N’est pas communicateur qui le veut. Et, il est différent d’un porte-parole.

Donc, je pense qu’il y a lieu de créer un vrai Service de communication autour d’un professionnel recruté suivant des Termes de Référence (TDR) clairs en interne ou en externe. Cela soulagerait nos braves officiers et éviterait les couacs qu’on connait actuellement.

Monsieur le ministre, conscient que cette formule n’est pas la meilleure pour m’adresser à vous, vous m’en excuserez et je nourris l’espoir d’avoir d’autres opportunités pour vous proposer humblement d’autres pistes de solutions pour l’amélioration de nos capacités.

Respectueusement.

Par Diallo Amadou Bella, Fonctionnaire de Police

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