Lettre ouverte au président Alpha Condé

[dropcap]M[/dropcap]onsieur le président, depuis que vous dirigez les appareils de l’Etat guinéen, j’ai toujours douté de votre capacité intellectuelle. Activiste politique guinéen, j’ai publié plusieurs articles politiques dans lesquels je note votre attitude pitoyable dans la gestion des affaires du pays.

Pitoyable, oui ! Car pas plus que la semaine dernière, vous aviez été capable de formuler un discours d’un degré de médiocrité extraordinaire. Impossible de croire qu’il vienne d’un président de la république.

Avec votre manière de diriger le pays, je ne peux, en aucun cas, faire abstraction de mes jugements critiques sur votre personne. Vous êtes une personnalité qui fait honte à la Guinée. Vos discours bidons me rappellent bien ceux de l’ex chef militaire, Dadis Camara : enfantins, irréfléchis, honteux, dans un sens dessus dessous.

Monsieur le président,

Le jeudi 28 avril dernier, pendant que vous assistiez à l’inauguration d’un centre hospitalier dans la capitale, vous aviez tenu ce discours:

“Quand Erdogan, le président turc, est venu ici, il vous a dit la vérité. Il a dit que Conakry ne répond pas aux normes d’une ville. Regardez Kaloum! Ici, le siège de la CNSS (la Caisse Nationale de Sécurité Sociale) est un bon bâtiment. Mais à côté, il y a quoi ? Des taudis. Donc, il faut qu’on réfléchisse sur comment changer la Guinée, sur comment changer Conakry… Ce que le président turc à dit doit nous interpeller. Un président qui quitte son pays, qui ne passe même pas une journée, et qui vous dit que votre pays est ceci ou cela, ça doit vous éveiller l’esprit”.

Monsieur le président,

J’ai envie de rire, ou plutôt, envie de pleurer. Comme vous dites à tout le monde que vous êtes professeur, sorbonnard, vous savez donc certainement les conséquences lorsqu’un professeur, dans une classe donnée, n’a pas l’ascendant sur ses étudiants. La méfiance gagne les étudiants, la pagaille s’installe en classe, et souvent elle se vide quand le médiocre professeur s’y présente.

La Guinée ne va pas se vider parce que vous êtes président, mais la méfiance est à son comble. La pagaille finirait, tôt ou tard, par vous emporter avant la fin de votre mandat.

Monsieur le président,

En revenant sur votre discours en rapport avec le président turc, il est vrai que la capitale Conakry est en désordre. Elle est sale, et il y a les taudis partout. Que Erdogan se surprenne du fait, c’est peut-être compréhensible: il fait très peu de voyage dans les pays au sud du Sahara. Mais que vous, chef de l’Etat guinéen, vous attendez le jugement de votre hôte pour demander à vos citoyens qu’il est temps d’éveiller les esprits, de réfléchir déjà sur comment changer la Guinée, c’est abracadabrant.

Mais pendant trente ans que vous étiez dans l’opposition, pourquoi vous vous opposiez aux régimes guinéens? Qu’est-ce qui vous dérangeait quand vous aviez décidé de combattre les régimes guinéens? Quel était le motif principal que vous preniez tant de risque personnel pour démocratiser votre pays?

Monsieur le président,

Après cinq ans que vous êtes au pouvoir, et en tenant compte de votre réaction après la visite du président turc dans notre pays, je conclus, sans aucun risque de me tromper, que vous étiez un très mauvais opposant. Un opposant absurde, superflu.

Parce qu’un opposant politique s’oppose à un régime pour quelque chose. Il faut changer ce régime pour que ce quelque chose puisse se réaliser. C’est surtout la réponse à la question “le pourquoi on s’oppose?” qui est fondamentale.

Il ressort que vous vous opposiez aux régimes guinéens pour rien. Ce qui vous intéressait, c’était les personnes au pouvoir, autrement dit, vous ne cherchiez que le pouvoir. “Le pourquoi je viens au pouvoir” n’a jamais été votre souci majeur.

La preuve. Vous vous surprenez toujours que vous ne connaissez pas les problèmes guinéens, ni vous connaissez les cadres du pays. Et plus grave encore, vous devez attendre qu’un président étranger vous visite pendant le dernier mandant de votre législature, pour que vous vous rendez compte que votre capitale ne répond pas aux normes d’une ville.

Ne saviez-vous pas la situation des taudis à Conakry? C’est maintenant que vous demandez à vos citoyens qu’il est temps de réfléchir sur comment changer la Guinée, la capitale Conakry?

Quel complexe d’infériorité vous faites preuve! Vous faites honte à tous les guinéens. Le jugement du président turc n’interpelle que vous seul, et doit éveiller votre esprit. C’est vous qui ne savez pas ce que vous faites.

Monsieur le président,

Je suis sûr et convaincu que si la chancelière allemande, Angela Merkel, en visite en Turquie, demandait au président Erdogan, pourquoi son gouvernement est incapable de résoudre le conflit des minorités Kurdes en Turquie, la réponse du premier responsable turc serait raisonnable et responsable. Il ne courrait pas, après la visite de la chancelière, pour demander des comptes à ses citoyens.

Dans le même cadre d’idée, les anciens présidents guinéens, Sékou Touré et Lansana Conté, qui étaient des vrais patriotes, auraient su donner au président turc des réponses raisonnables et responsables, sans complexe, et sans demander des comptes à leurs citoyens.

Monsieur le président,

Je le signalais, tout récemment, dans l’un de mes articles, que vous avez échoué dans votre programme de construire la Guinée. Votre slogan “j’ai trouvé un pays, pas un Etat”, ne vous a pas aidé à saisir et résoudre le problème guinéen: la mal gouvernance. Le futur pouvoir, celui qui viendra après vous, sait déjà comment gérer ce que vous n’avez pas pu gérer, dans une politique parfaitement réelle.

Naby Laye Camara
(Bruxelles)

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