Pendant des années, le streaming a été présenté comme le principal moteur de croissance de l’industrie musicale. Pourtant, une autre révolution est déjà en marche : celle de l’intelligence artificielle.
Aujourd’hui, une IA peut composer une musique, écrire des paroles, produire une mélodie dans presque tous les styles et générer des playlists entièrement personnalisées. Cette capacité ouvre des perspectives extraordinaires, mais elle soulève aussi une question économique majeure.
Le véritable enjeu n’est pas que l’IA remplace les artistes.
Le véritable enjeu est qu’elle redistribue le temps d’écoute des consommateurs.
Or, moins une œuvre est écoutée, moins elle génère de revenus pour ses auteurs, ses interprètes, ses producteurs et les organismes chargés de la gestion des droits. Dans un marché où l’« attention » est devenue la ressource la plus rare, chaque minute passée à écouter une musique générée par l’IA est potentiellement une minute de moins consacrée à une œuvre humaine.
Cette évolution pourrait également modifier les usages des professionnels de la diffusion. Certains DJ, créateurs de contenus ou établissements commencent déjà à expérimenter des musiques générées par l’IA pour répondre à des besoins spécifiques. Si cette pratique se développe, elle pourrait réduire la place des œuvres d’artistes dans certains espaces de diffusion, avec des conséquences possibles sur les revenus issus du streaming et des droits d’auteur.
Mais l’histoire ne s’écrit pas dans un seul sens.
L’IA est aussi capable de redonner une seconde vie à des œuvres existantes. Les remix, les reprises ou les réinterprétations générés grâce à l’intelligence artificielle suscitent souvent la curiosité du public, qui retourne écouter la version originale, redécouvre un artiste ou explore l’ensemble de son catalogue. Dans certains cas, cette dynamique contribue même à relancer une carrière.
Sous cet angle, l’IA ne remplace pas la création humaine et n’est pas non plus une menace pour l’écoute. Elle peut devenir un formidable levier de visibilité lorsqu’elle est utilisée dans le respect des droits des créateurs.
La véritable question n’est donc pas de savoir si l’IA est bonne ou mauvaise.
Elle est de savoir si les artistes, les producteurs, les sociétés de gestion collective et les pouvoirs publics sont prêts à adapter leur modèle économique à cette nouvelle réalité.
À l’ère de l’intelligence artificielle, la valeur d’un artiste ne reposera plus uniquement sur ses chansons. Elle reposera aussi sur son identité, son authenticité, sa communauté et sa capacité à créer une relation que la technologie, aussi performante soit-elle, ne pourra jamais reproduire.
Soyons aussi réalistes : l’avenir de la musique ne dépendra pas de l’intelligence artificielle. Il dépendra surtout de l’intelligence avec laquelle nous choisirons de l’utiliser, car l’intelligence artificielle ne remplacera probablement pas les artistes. En revanche, elle est déjà en train de redéfinir les règles du jeu de l’industrie musicale.
Donc, la vraie question est de savoir si les acteurs de l’industrie musicale ont commencé à se préparer.
Alpha le Sérum Camara
Consultant en Industries Culturelles et Créatives | Gérant de Sânsi Hub