Makanera au ministre Ibrahima Kalil Condé : ‘’C’est entre copains qu’on crée des partis politiques’’

‘’Les créations de partis politiques se faisaient par copinage, comme des entreprises privées et personnelles. Les alliances électoralistes sont passées en groupement normal et la violence est devenue le compagnon de certaines associations politiques’’. Ces propos sont du ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, qui a fustigé la création de partis politiques à caractère éthique ce jeudi 18 juillet au cours d’une session de présentation, d’échanges et d’amélioration du rapport provisoire sur les données collectées.

Réagissant à cette sortie médiatique du ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation, le président du Front national pour le développement dit à qui veut l’entendre que tous les partis politiques se créent par copinage. Entretien….

VisionGuinee : le ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation vient de publier le rapport provisoire sur l’évaluation des partis politiques. Quelle est votre analyse ?

Makanera : Je pense que l’évaluation devait se faire sur la base de TDR (termes de références] beaucoup plus pertinents. Pour la simple raison qu’évaluer une institution comme un parti politique, il faut que les TDR soient conformes à l’objet des partis politiques. Malheureusement, dans les TDR, cela n’est presque pas ressorti. On évalue par rapport à quoi ? Je n’ai rien compris.

Aussi, on s’est appesanti sur des questions qui n’en valaient pas la peine. Par exemple, la qualité des sièges. Ce n’est pas le département de l’administration du territoire qui définit la qualité des sièges, c’est la loi. Maintenant, quand tu évalues des partis par rapport à la qualité des sièges, quelle est la référence ? Ou bien les relevés bancaires. Il n’est pas interdit à un parti politique d’être déficitaire. Pour preuve, lorsque votre comptabilité n’est pas fiable, la sanction que l’administration du territoire peut vous infliger, c’est de dire que vous ne recevez pas les subventions de l’Etat. Cela veut dire que la fiabilité, c’est par rapport à la gestion de l’argent de la collectivité. Donc, cela n’a rien à voir avec la dissolution ou pas des partis politiques.

Selon vous, comment devez se faire l’évaluation des partis ?

Il faut créer des possibilités de rencontres entre les responsables des partis politiques et l’administration du territoire au sein un cadre d’échanges d’idées. Il ne faut pas venir imposer un point de vue aux partis politiques qui disposent de cadres pétris d’expériences. Certains sont là bien avant la création des partis politiques.

Faut-il craindre la disparition de partis sur l’échiquier politique ?

Ce que j’ai entendu hier, cela m’a donné l’impression que ceux qui ont accepté la création des partis politiques en 1992 donnaient plus de liberté que maintenant. Ce serait catastrophique de dire 34 ans après qu’on avait plus de liberté avant qu’en ce moment, c’est très grave. Donc évaluer les partis politiques par rapport à leurs biens, n’a aucun sens. C’est pourquoi, pour la création des partis politiques, on ne vous demande pas un seul franc. Aussi, évaluer un parti politique par rapport à la qualité de son siège, ça n’a aucun sens. Parce que la loi n’a jamais défini ce qui doit être un siège.  C’est une simple adresse. Donc, quand vous leur demandez c’est quoi le siège, ils ne pourront pas le définir. Donc, pourquoi évaluer ça ?

Ensuite, évaluer un parti politique par rapport aux congrès tenus, cela dépend de ce que l’intéressé a défini dans son règlement intérieur. Vous ne pouvez pas dire qu’il faut qu’il y ait des bulletins ou pas. C’est le parti qui détermine si on vote à main levée, avec les bulletins ou à distance. Rien n’est exclu. Je pense qu’on pouvait mieux faire.

En clair, vous désapprouvez la procédure d’évaluation…

Je suis surpris qu’on évalue les partis dans des sièges et autres. Souvent, les partis politiques sont évalués du jour au jour. Parce que tout ce qu’ils font, c’est public. Donc, c’est là-bas qu’ils sont évalués. Quant à la compatibilité des partis politiques, ça ne touche généralement que les partis politiques génèrent. Normalement, ça ne représente rien dans le programme des partis politiques. Dans la charte des partis politiques, on dit qu’un parti qui n’a pas une bonne compatibilité ne reçoit pas l’argent de l’Etat. C’est pour dire que tenir une bonne compatibilité, c’est pour éviter des détournements de l’argent public. Mais aucun parti politique n’est sanctionné, parce qu’il n’y a rien dans sa compatibilité. J’ai entendu dire que certains n’ont même pas de relevés bancaires. On a des relevés que lorsqu’on a de l’argent. Si on n’a pas d’argent, on va fournir quels relever ? Par exemple, j’ai un compte bancaire de plus de 5 ans qui est déficitaire. On n’a rien là-bas. Si ce qu’on gagne suffit à peine pour faire fonctionner le parti, qu’est-ce qu’on va envoyer là-bas ? Quand vous avez une dette de 500.000 GNF, vous la payez quand vous aurez l’argent ou vous envoyez à la banque ? Vous payez la dette. Etre endetté, ce n’est pas seulement les partis politiques guinéens. Le premier parti politique en France, le Rassemblement national, à chaque élection, il s’endette.

Dans son discours, le ministre Kalil Condé a dénoncé le mode de création des partis en dénonçant le caractère ethnique. Quel est votre avis ?

En Guinée, il est impossible de procéder à la création d’un parti politique à caractère éthique. La loi a dit qu’il faut minimum 4 personnes représentant 4 régions naturelles. Cela veut dire qu’il faut une ethnie qui représente la Basse Guinée, une de la Moyenne Guinée, une de la Haute Guinée et une qui représente la Forêt. Donc, on ne peut pas avoir une création à base ethnique, même les cadres de l’administration ne l’acceptent pas. Maintenant, le copinage est bien possible. Ce n’est pas seulement les partis. Même la région musulmane s’est faite par copinage. Cela n’est pas interdit. C’est entre les copains qu’on crée des partis politiques. Ce n’est pas un danger. Les partis politiques qui véhiculent les messages ethniques sont à combattre. Là, je suis tout à fait d’accord. Mais le vote ethnique n’est pas interdit par la loi. La loi n’a jamais dit que quand une ethnie vote pour toi, c’est grave.

Pensez-vous qu’il y a trop de partis en Guinée ?

Moi, je pose la question de savoir après près de 30 ans de présence de IFES en Guinée, l’idée des partis politique n’est pas comprise par l’administration, encore moins par les partis politiques. J’ai écouté des partis politiques, mais personne ne m’a convaincu. Les gens ne comprennent pas c’est quoi un parti politique. D’abord, les gens dire qu’il y a trop de partis politiques. S’il y a trop, c’est qu’il y a une limite. Mais en Guinée, quelle est la limite ? Pour dire qu’il y a trop de partis politiques, il faut que loi dise qu’il faut un tel nombre. Mais quand la loi dit que tous les guinéens peuvent créer des partis politiques, même si on va à 12 millions de partis politiques, ce n’est pas trop. J’ai entendu des leaders dire que certains partis n’existent que dans les médias. Si un parti politique n’existe pas dans les médias, où va-t-il exister ? Un parti politique est une association au service des idées. Et ces idées, on ne peut que les exprimer dans les médias. Au contraire, c’est quand tu donnes de l’argent à des électeurs pour voter pour toi que tu es en conflit avec la loi. Parce que c’est de la corruption. Un parti politique n’est pas fait pour créer de l’emploi ou pour distribuer des sandwichs. Un parti politique est une force d’idées et de propositions.

Par Boussouriou Doumba, pour VisionGuinee.Info

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  • Mohamed Condé

    Un vrai connaisseur