Michel Pépé Balamou : ‘’l’école publique est en train de mourir de sa belle mort’’

A l’occasion d’une conférence de presse animée ce lundi 13 juillet, le secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), Michel Pépé Balamou, a tiré la sonnette d’alarme sur l’état de l’école publique guinéenne. Selon lui, les dysfonctionnements constatés lors des examens nationaux, session 2026 révèlent une crise plus profonde, marquée notamment par la montée en puissance des établissements privés et le départ des meilleurs élèves du public vers ces structures.

Pour le leader syndical, la situation est devenue préoccupante au point de menacer l’avenir même de l’enseignement public.

‘’Aujourd’hui, si on ne soigne pas les choses, ça ne marchera pas. L’école publique est en train de mourir de sa belle mort. Regardez les résultats des examens, même dans les préfectures de l’intérieur du pays, les premiers viennent presque tous des écoles privées. Les établissements privés affichent des taux de réussite de plus de 80 %, pendant que les écoles publiques perdent progressivement leurs meilleurs élèves. Si rien n’est fait, cette tendance va s’accentuer et l’école publique disparaîtra peu à peu’’, a déclaré Michel Pépé Balamou.

Selon lui, cette situation s’explique en partie par un phénomène de ‘’transhumance scolaire’’, qui consiste pour les élèves les plus brillants à quitter les établissements publics au profit du privé à l’approche des classes d’examen.

‘’Depuis plusieurs années, les meilleurs élèves des écoles publiques sont récupérés par certains établissements privés dès la 10e ou la terminale. Des fondateurs parcourent même l’intérieur du pays pour convaincre ces élèves de rejoindre leurs écoles gratuitement afin d’améliorer leurs statistiques et de faire leur promotion. Ce sont les écoles publiques qui forment ces enfants, mais au moment des examens, ce sont les écoles privées qui récoltent les lauriers’’, a dénoncé le secrétaire général du SNE.

Michel Pépé Balamou affirme que des déplacements de candidats d’une préfecture à une autre ont été constatés au cours de cette session des examens.

‘’Il y a aujourd’hui une autre forme de transhumance. Des candidats quittent Conakry pour aller composer dans certaines préfectures de l’intérieur. On retrouve parfois des milliers de candidats dans des localités qui ne disposent que d’un seul lycée public. Cela doit interpeller les autorités. Il faut vérifier le parcours scolaire de ces candidats et s’assurer qu’ils ont été régulièrement inscrits. On ne peut pas continuer à fermer les yeux sur ces pratiques’’, a expliqué le syndicaliste.

Le secrétaire général du SNE estime que les inégalités entre établissements publics et privés se sont davantage creusées lors des examens de cette année.

‘’Pendant les fuites de sujets, beaucoup d’élèves du public, notamment dans les zones rurales, n’avaient même pas accès à un téléphone. À l’inverse, dans certaines écoles privées, des candidats étaient réunis la veille des épreuves pour traiter les sujets. Cela crée une inégalité insupportable entre les enfants. On ne peut pas parler d’égalité des chances dans ces conditions’’, a regretté Michel Pépé Balamou.

Face à cette situation, le responsable syndical appelle les autorités à engager des réformes profondes afin de restaurer la crédibilité du système éducatif et de redonner à l’école publique les moyens de remplir pleinement sa mission.

‘’Il faut suivre les élèves tout au long de leur parcours scolaire, mettre fin aux différentes formes de transhumance et rétablir des règles équitables pour tous. Si nous continuons sur cette voie, nous allons assister à l’effondrement progressif de l’école publique. Il est encore temps d’agir, mais cela exige des décisions courageuses et une véritable volonté de réformer le système éducatif’’, a-t-il coupé court.

Salimatou BALDE, pour VisionGuinee.Info
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