Dans une République confrontée à une recrudescence exponentielle des rumeurs numériques, la discipline, la discrétion et le respect de la chaîne de commandement demeurent les meilleurs remparts contre la manipulation.
Un militaire, à bien des égards, est comparable à un médecin : tous deux sont liés par des obligations professionnelles particulièrement exigeantes et par un devoir de discrétion qui commande la retenue, la responsabilité et la maîtrise de la parole.
L’œil peut voir, l’oreille peut entendre, mais tout ce qui est vu ou entendu n’a pas vocation à être exposé publiquement. La parole doit parfois savoir s’effacer devant le devoir. Dans l’armée comme dans le corps médical, certaines informations relèvent de la confidentialité et ne sauraient être divulguées au gré des circonstances ou des émotions.
Un militaire ne s’appartient pas entièrement dans l’exercice de ses fonctions. Il s’inscrit dans une chaîne de commandement, une hiérarchie et une discipline auxquelles il est tenu de se conformer. Il demeure naturellement un être humain, avec ses opinions, ses émotions et ses convictions personnelles, mais l’état militaire impose une exigence supplémentaire : savoir raison garder, maîtriser ses réactions et placer l’intérêt de l’institution et de la République au-dessus des considérations individuelles.
À l’heure où les réseaux sociaux sont devenus de puissants instruments d’information, mais également de désinformation, cette exigence est plus importante que jamais.
Certains blogueurs et influenceurs particulièrement engagés dans une opposition radicale, y compris depuis l’étranger, utilisent leur audience pour diffuser des informations susceptibles d’alimenter la peur, la suspicion et la division au sein des forces de défense et de sécurité. Lorsque la parole publique devient un instrument d’intoxication, elle peut contribuer à créer un climat de tension et d’instabilité.
Nos militaires doivent donc faire preuve d’une vigilance accrue à l’égard des réseaux sociaux. Ils doivent se prémunir contre les rumeurs, les informations non vérifiées, les manipulations et les campagnes d’intoxication. Dans ce nouvel environnement informationnel, la prudence n’est pas une faiblesse : elle constitue une forme de protection professionnelle.
La stratégie de certains blogueurs de l’opposition radicale consisterait notamment à exploiter les fausses informations et les récits anxiogènes pour créer de la méfiance au sein de l’appareil sécuritaire, opposer les hommes entre eux et fragiliser la chaîne de commandement. L’objectif supposé serait de provoquer progressivement une crise de confiance au sein de l’institution militaire.
Plusieurs épisodes récents ont, à cet égard, suscité de nombreuses interrogations. Lors du déplacement du Président en Grèce, des informations largement relayées sur les réseaux sociaux par les détracteurs du Chef de l’État ont notamment affirmé que le commandant Kilo, l’aide de camp du Président de la République et commandant de l’unité Cobra, avait été arrêté, et que les éléments de Cobra s’étaient révoltés.
Ces affirmations infondées avaient pour mission de contribuer à alimenter la confusion et à créer un climat de suspicion au sein des forces de défense et de sécurité. La mécanique est connue : faire circuler une rumeur suffisamment alarmante pour qu’elle finisse par produire elle-même les effets de la réalité.
La même logique a également été observée autour du décret portant nomination d’un chef d’état-major particulier. Des blogueurs de l’opposition radicale ont alors tenté de présenter cette décision comme une source potentielle de confrontation au sommet de la hiérarchie militaire, allant jusqu’à appeler, explicitement ou implicitement, à une réaction du chef d’état-major général. Là encore, lorsque de telles narrations ne reposent pas sur des faits établis, elles peuvent contribuer à fragiliser la confiance dans la chaîne de commandement.
C’est pourquoi, je salue le rappel à l’ordre formulé par le Chef d’état-major de l’Armée de terre, le Général Abdoulaye Keita (le seul Keita sérieux au monde), lorsqu’il a rappelé ce principe essentiel : « Tout militaire est tenu de respecter le devoir de réserve et de discrétion professionnelle. Votre profession, c’est l’armée. Vous êtes militaires, vous ne devez pas vous comporter comme des citoyens lambda. »
Ce rappel est fondamental. Le devoir de réserve est une exigence inhérente à la fonction militaire. La discipline, la loyauté institutionnelle, la discrétion professionnelle et le respect de la hiérarchie constituent les piliers de toute armée organisée.
Dans une période où l’information circule à une vitesse vertigineuse, où une simple désinformation peut provoquer en quelques minutes une vague de catastrophes, un militaire doit plus que jamais apprendre à distinguer l’information de la manipulation, la critique de la provocation et la liberté d’expression de l’instrumentalisation.
Les ennemis de la République, quels qu’ils soient et d’où qu’ils agissent, peuvent recourir à mille et une méthodes pour tenter de fragiliser ses institutions. Mais on ne piège pas facilement un militaire averti, discipliné et attaché à sa chaîne de commandement. On piège davantage celui qui abandonne la prudence, se laisse emporter par les réseaux sociaux, refuse la hiérarchie ou agit sans se référer à ses supérieurs.
La meilleure réponse à la désinformation demeure la discipline, la vérification, la retenue et le respect scrupuleux de la chaîne de commandement.
Dans l’armée, la force ne réside pas seulement dans les armes que l’on porte ; elle réside également dans la capacité à se maîtriser, à garder le silence lorsque le devoir l’exige et à demeurer fidèle à l’institution que l’on sert.
Un militaire averti ne se laisse ni provoquer, ni manipuler, ni instrumentaliser. Il observe, il vérifie, il se réfère et il agit dans le strict respect de la hiérarchie et de l’intérêt supérieur de la République.
Dr. Karamo Kaba
Pharmacien – Spécialiste en Gestion des Services de Santé. MBA in Pharma Biotech Business Management. DIU en Rétrovirologue – Certifié en IE-Elevify.
Tatakaba66@gmail.com