Modernisation de l’État : la Guinée passe son système de commande publique au scanner de l’audit mondial MAPS II

Le Comité de pilotage (COPIL) et le Groupe de la Banque mondiale ont validé, ce mercredi 24 juin 2026 à Conakry, le rapport provisoire d’évaluation du système national de passation des marchés publics. S’appuyant sur la méthodologie internationale MAPS II, cette séance de restitution stratégique a réuni des représentants du gouvernement guinéen, des partenaires techniques et l’ensemble des parties prenantes dans l’optique de bâtir un consensus national.

Les échanges, enrichis par l’intervention d’experts en visioconférence, ont permis de radiographier l’ensemble des procédures afin de formuler des réformes structurelles profondes capables de moderniser la commande publique.

Cette évaluation approfondie constitue un audit de référence pour la Guinée. La méthodologie MAPS II (Methodology for Assessing Procurement Systems) s’impose aujourd’hui comme la norme internationale incontournable pour analyser, de bout en bout, l’efficacité, la transparence et la performance de la commande publique d’un pays.

Utilisé comme un outil d’audit stratégique, ce cadre universel permet d’identifier avec précision les forces et les vulnérabilités du système afin de guider les décideurs vers des réformes adaptées.

L’exercice guinéen, mené de manière rigoureuse à travers 14 indicateurs, 55 critères et 155 sous-critères, offre une feuille de route claire pour que chaque franc dépensé par l’État contribue efficacement au développement socio-économique du pays.

Pour Alpha Mamoudou Bah, spécialiste principal en passation des marchés à la Banque mondiale et membre de l’équipe d’évaluation, ce processus au long cours, entamé depuis avril 2025, fait suite à une demande formulée par le gouvernement guinéen dès novembre 2023.

Il a précisé que ce diagnostic national répond à une logique universelle dont la certification finale dépend de l’OCDE à Paris. Selon l’expert, ces évaluations périodiques permettent de jauger l’efficacité des réformes quelques années après leur mise en application.

En Guinée, alors que le dernier code révisé date de 2019, il s’agissait de vérifier sa conformité face aux grands projets d’investissement actuels. À ce sujet, le consultant a révélé qu’une première réponse avait été apportée le 6 mai dernier avec le relèvement des seuils de passation pour donner plus de responsabilités aux ministères et décongestionner le contrôle.

Expliquant la méthodologie de l’audit, Alpha Mamoudou Bah a indiqué que l’équipe s’est penchée sur quatre piliers majeurs : le cadre juridique, les institutions, les pratiques et le système de contrôle.

Il a souligné que’au niveau de chaque pilier, ‘’on a noté des aspects positifs et des aspects négatifs. Et qu’est-ce qui retient l’attention le plus souvent ? Ce sont les aspects négatifs. Parce que ce sont ceux-là qui conduisent à des améliorations du système’’.

L’expert a rappelé que le cadre MAPS s’applique rigoureusement de la même manière aux grandes puissances qu’aux pays en développement.

‘’Le MAPS, c’est un système universel qui a été mis en place au niveau mondial pour évaluer le système national de chacun des pays. Donc les États-Unis, la France, la Chine, chacun des pays du monde, à un moment donné, se met en place pour évaluer son système’’, explique-t-il.

Une convergence vers des réformes globales et un suivi rigoureux

Les administrations de contrôle et de régulation partagent entièrement les conclusions de ce diagnostic international. Mamy Traoré, directeur général du Contrôle des marchés publics, a adressé ses vifs remerciements aux experts pour la pertinence d’un rapport dont les recommandations devraient transformer la commande publique guinéenne.

Tout en reconnaissant les progrès accomplis, il admet que des lacunes sérieuses subsistent. M. Traoré préconise un remaniement en profondeur de l’existant.

‘’Le cadre légal et réglementaire, par exemple, a besoin d’une réforme totale. Cela aujourd’hui est connu de tout le monde et pourrait aboutir à des réformes institutionnelles pour que les fonctions de passation, de contrôle et de régulation, qui sont bien séparées en Guinée suivant les textes, puissent être davantage marquées dans un code des marchés publics comportant une partie législative et une partie réglementaire qui définissent clairement les rôles des différents organes et permettent à chacun de jouer pleinement son rôle, afin que la commande publique en Guinée puisse servir les intérêts des populations en permettant aux politiques publiques engagées dans ce domaine d’être les plus efficaces possibles, pour que chaque franc dépensé puisse aller là où il devrait aller, dans l’intérêt des populations’’, a-t-il détaillé.

Se félicitant de la transparence des débats lors de l’atelier, le directeur général a assuré que ses équipes allaient s’approprier ces recommandations afin d’entamer une mise en œuvre progressive.

Ce sentiment de satisfaction est partagé par Lamine Minos Camara, directeur général de l’Autorité de régulation des marchés publics, qui a tenu à saluer les efforts remarquables de la Banque mondiale ayant permis d’aboutir à cette validation.

Tourné vers l’avenir, ce responsable insiste sur la nécessité d’un suivi rigoureux. Pour ce faire, il a annoncé que ‘’nous devons mettre tout en œuvre pour faire un meilleur suivi de la mise en œuvre de ces recommandations. C’est pour cela qu’on a proposé la mise sur pied d’un comité national regroupant tous les experts nationaux. Ensuite, un calendrier clair et précis pour élaborer rapidement le plan d’action’’.

Avant d’indiquer que la prochaine étape pour son institution sera l’application immédiate des conclusions de l’atelier.

Mamadou Baldé, inspecteur général adjoint des finances, est revenu sur la dimension souveraine de cette démarche tout en rappelant que c’est de façon totalement indépendante et grâce à l’appui technique de la Banque mondiale que l’État guinéen a choisi d’évaluer ses procédures afin de corriger ses faiblesses et de hisser le système de passation des marchés au niveau des exigences internationales.

Confirmant la validation officielle du rapport par le comité de pilotage auquel il appartient, M. Baldé a résumé la structure des conclusions autour des quatre piliers essentiels de l’audit : les dispositions législatives, les organes institutionnels, les activités de passation des acteurs de terrain ainsi que les questions de transparence et d’intégrité.

Il s’est réjoui de la qualité du travail accompli en affirmant que ‘’le rapport fait un diagnostic assez sérieux du système de passation des marchés publics de la République de Guinée. Les constats sont vraiment probants, avérés’’.

Estimant que les attentes du gouvernement ont été largement comblées, l’inspecteur général adjoint a émis le souhait de voir cette excellente dynamique partenariale se poursuivre lors de la phase concrète de déploiement des réformes.

Abdoulaye Bella DIALLO, pour VisionGuinee.Info
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