Mutation du Maninka face à l’urbanisation et aux contacts linguistiques (Par Sayon Mara)

Une langue n’est jamais totalement fixe. Elle évolue, et cette évolution résulte de l’interaction permanente entre les locuteurs, leur environnement social et les autres langues avec lesquelles ils sont en relation.

Le Maninka en République de Guinée constitue un exemple très attachant de cette vivacité, de cette dynamique. Cette langue possède plusieurs variantes associées à des communautés et à des espaces géographiques différents. On peut citer, entre autres, les parlers de Kouroussa, Siguiri, Kérouané, Mandiana, Kankan, Wourékaba, ainsi que le Kouranko, le Sankaranka, le Wassoulounka, le Diakanké, le Mogofing, le Konyanka et le Kouroumaninka.

Avec l’urbanisation et la mobilité des populations, ces différents sous-groupes maninka se retrouvent dans les mêmes espaces, notamment à Conakry et dans les principales villes du pays. Pour faciliter ou fluidifier les échanges, les locuteurs de ces variantes de la langue maninka adaptent leur manière de parler, en :

  1. abandonnant certains termes très locaux ;
  2. modifiant leur prononciation ;
  3. privilégiant des expressions comprises par la majorité.

Ce mécanisme aboutit à une forme de convergence linguistique. Un Maninka de Kouroussa qui échange régulièrement avec un locuteur de Siguiri, de Kérouané, de Kankan, de Wassoulou ou de Wourékaba peut, avec le temps, adopter certains mots, certaines expressions ou certaines prononciations qui sont différents de ceux de son parler d’origine. Cela se ressent même aujourd’hui dans les villages, du fait de la mobilité de leurs habitants. Ceci est valable pour toutes les langues guinéennes. Comme le dirait l’autre, chaque communauté influence et est influencée par les autres.

Les grandes villes favorisent donc la naissance de formes de communication communes, notamment chez les jeunes générations. Les médias, les réseaux sociaux, la scolarisation, les activités économiques, les mariages et les migrations renforcent encore cette mutation. Il est donc évident que, dans plusieurs décennies, certaines différences entre les variantes traditionnelles du Maninka disparaîtront au fil du temps : une forme commune de la langue maninka pourrait acquérir un poids grandissant et devenir un véritable vecteur de communication entre les différentes communautés maninkaphones.

Même si la dynamique ou la mutation linguistique ne suit pas un chemin tout à fait prévisible, il y a aujourd’hui une forte probabilité pour que ces variantes du Maninka disparaissent dans cinquante ans ou plus pour laisser place à un ensemble unique, en raison de la vitesse et de l’ampleur de la convergence linguistique du Maninka en République de Guinée.

D’autres, par contre, ne sont pas du tout de cet avis et estiment que certaines variantes de cette langue pourraient s’affaiblir, tandis que d’autres se maintiendraient et que certaines connaîtraient une renaissance grâce à la volonté des communautés de préserver leur identité culturelle. Mais moi, j’y crois fortement, à la mutation vers une forme commune du Maninka.

Sayon MARA, juriste

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