Mariama Ciré Baldé, âgée de 24 ans et diplômée en comptabilité, a quitté le domicile familial le 10 décembre 2025, sans le consentement de ses proches. Elle est partie en Sierra Leone afin de rejoindre l’Italie par l’intermédiaire d’un jeune connu sous le nom d’Abdoul Salam. Plus de sept mois après, sa famille la recherche désespérément.
Malgré les photos qu’elle envoie pour faire croire qu’elle est arrivée en Europe, des images générées par l’intelligence artificielle (IA), selon sa famille, sa grande sœur, Maïmouna Diouldé Baldé, affirme que Mariama Ciré est bel et bien retenue à Makeni, en Sierra Leone, par un réseau de trafiquants.
Dans un entretien accordé à notre rédaction, le mardi 7 juillet, Maïmouna Diouldé Baldé, visiblement très affectée, est revenue sur la disparition soudaine de sa sœur, sa prétendue arrivée en Italie, les multiples demandes d’argent, sa stratégie présumée pour attirer d’autres proches et son appel à la vigilance.
Un voyage préparé à l’avance
Selon Maïmouna Diouldé Baldé, sa sœur a minutieusement préparé son départ. ‘’Ma sœur est venue me dire qu’un de ses amis voulait l’aider à voyager en Europe. Ce jeune s’appelle Abdoul Salam. Il venait souvent chez nous pour enseigner l’arabe. Il s’était habitué à nous tous. Des fois, il venait même manger. Je lui ai demandé comment ce dernier avait eu l’opportunité de voyager. Elle m’a dit que tous ses grands frères avaient eu la chance de passer par la Sierra Leone pour partir en Occident et que c’est eux qui l’avaient aidé. Nous ignorions que ce dernier était entre les mains d’arnaqueurs. Je lui ai dit de ne pas partir, mais elle a refusé de m’écouter. Le lendemain, très tôt le matin, ma maman est partie la réveiller pour la prière de l’aube. Elle était déjà partie’’, raconte-t-elle.
N’ayant pas d’argent, la famille n’avait pas pris cette information au sérieux. ‘’Puisqu’elle travaillait, elle avait déjà payé une somme de 800 000 francs guinéens pour son inscription. Arrivée à la frontière, elle a changé de carte SIM. Ensuite, elle m’a appelée. Je lui ai demandé : ‘Pourquoi es-tu partie ? Reviens, s’il te plaît. Tu sais que les médecins m’interdisent de me mettre en colère. Tu préfères partir et me laisser avec mon bébé ?’’’, se souvient-elle.
Des demandes d’argent
Quelques jours après son départ, Mariama Ciré a commencé à réclamer de l’argent à sa famille. ‘’Elle m’a appelé pour me dire que ces gens-là lui ont demandé de laisser sa puce et que, le lendemain, elle passerait une interview avec 15 autres personnes. Le lendemain, elle me dit qu’à l’issue de l’interview, elle a été classée quatrième et que le 25 décembre, ils allaient partir vers 21 heures pour l’Italie. Elle me demande de faire tout mon possible pour lui envoyer 15 millions GNF. Je lui ai dit que je ne pouvais pas lui envoyer de l’argent vu qu’elle ne m’avait pas montré la photo du nommé Abdoul Salam et de ceux qui allaient l’aider à voyager. Après cela, elle a réussi à m’envoyer leurs numéros et la photo de la jeune femme qui l’avait accueillie’’, explique Mme Baldé.
‘’Elle a continué d’insister pour que je lui envoie les 15 millions. Elle me disait que si elle rentrait en Italie, nous allons payer le reste. Je lui ai répondu : ‘Je t’avais dit de ne pas partir. Tu sais que j’ai dépensé tout mon argent dans l’achat de mes médicaments’. Elle a répondu qu’elle sait notre maman va payer’’, précise-t-elle.
Elle ajoute que ‘’ma mère s’est débrouillée pour réunir 10 millions. Le monsieur qui prétend l’aider à voyager s’appelle Amadou Camara. Il dit que, lorsqu’on envoie l’argent sur Orange Money, il faut faire une capture d’écran et la lui envoyer. J’ai dit à ma petite sœur : ‘Comment peux-tu être en Sierra Leone et me demander de faire un dépôt sur un numéro guinéen ? Sinon, demande-lui où se trouvent leurs agences pour que j’y dépose l’argent. Ils me remettront un reçu’. Elle m’a répondu : ‘Eux, ils fonctionnent comme ça, il faut envoyer’. J’ai finalement envoyé l’argent’’.
La prétendue arrivée en Italie
Après plusieurs mois d’absence, elle annonce qu’elle est arrivée en Italie. Selon Mme Baldé, ‘’elle me disait à chaque fois : ‘Ne te déconnecte pas’. J’étais dans l’angoisse. Je lui ai dit : ‘Ne monte pas dans une petite embarcation. Si tu trouves que le bateau est petit, renonce. Sinon, s’il t’arrive quelque chose, tu seras responsable de ce qui m’arrivera’. Vers 21 heures, j’essaie de la joindre sans succès. Ensuite, j’appelle Amadou Camara, qui me dit : ‘Ils se sont embarqués. Maintenant, seule la prière peut les aider’. J’ai appelé Abdoul Salam, qui m’a dit la même chose’’.
‘’Un ami à qui j’avais écrit, en Allemagne, au sujet du voyage de ma sœur, m’a répondu. Il m’a demandé si j’avais versé l’argent. Je lui ai répondu oui. Il m’a dit : ‘Trop tard. Maintenant, prions Dieu. Mais elle est tombée sur un réseau de trafiquants’. Plus de trois semaines se sont écoulées sans aucune nouvelle d’elle. On apprenait qu’ils étaient toujours en mer’’, se souvient-elle.
Quelques jours plus tard, poursuit-elle, ‘’une amie m’a appelé pour me dire que ma sœur me demande de me connecter. Je me connecte rapidement. Elle lance un appel vidéo. Je vois que l’endroit n’est pas joli. C’est comme si on l’avait placée devant une plaque sur laquelle figurait la photo d’un blanc. Je n’étais pas du tout convaincue. J’ai appelé ma mère pour lui dire que Ciré m’avait annoncé son arrivée en Italie, sans lui faire part de mes doutes parce qu’elle est un peu malade. Elle m’a demandé si j’étais sûre qu’elle était bien arrivée. Je lui ai répondu que c’était ce qu’elle m’avait dit’’.
Les soupçons se confirment
Refusant de répondre aux appels vidéo sous prétexte d’être très occupée, la jeune femme suscite de plus en plus de doutes. ‘’Quand je l’appelle, elle me dit : ‘Tu sais, en Europe, on est tellement occupés que je ne peux pas répondre aux appels vidéo’. Deux mois après, son contact m’appelle pour me demander comment je comptais payer le reste de l’argent. Je lui ai répondu que, s’il était à Conakry, je pouvais le payer, parce que désormais j’avais des doutes. Ensuite, j’ai appelé Abdoul Salam pour lui dire : ‘Puisque tu es celui qui a facilité le voyage de ma sœur, dis-lui de faire des appels vidéo’’’.
Face à ces soupçons, la famille décide de couper tout contact avec les intermédiaires. ‘’Depuis lors, j’ai coupé tout contact avec ceux qui la retiennent. Je ne parle plus qu’avec ma sœur. Elle a commencé à me dire : ‘Ta maladie me préoccupe, mais je souhaite que tu viennes me retrouver ici avec ton bébé’. Je lui ai répondu : ‘Je ne demande pas à Dieu de m’envoyer en Europe, encore moins là où tu es aujourd’hui’. Ensuite, elle m’a dit que si je l’aimais vraiment, j’aurais déjà fini de payer son argent’’.
‘’Comme ils ont remarqué que j’avais des soupçons, ils ont généré ses photos avec l’IA et les ont envoyées à mon petit frère. D’ailleurs, elle veut que ce dernier la rejoigne là-bas. Quand je suis allée chez ma maman, elle m’a dit qu’ils avaient envoyé des photos de Ciré le jour où elle serait arrivée en Italie. Je lui ai finalement expliqué que sa fille n’était pas en Europe. Pendant trois jours d’affilée, elle est restée couchée. Comme j’ai vu que cela l’affectait, j’ai décidé de gérer la situation moi-même. Un jour, ma maman a contacté ce monsieur Camara pour le supplier de libérer sa fille et de garder l’argent que nous avions envoyé, mais il n’a pas répondu. Pendant le dernier mois de Ramadan, je lui ai dit la même chose, mais il a refusé’’.
Menaces et appel à la vigilance
Selon elle, le refus de payer le reste de la somme a rendu sa sœur menaçante. ‘’Avant-hier, ils ont créé un compte WhatsApp italien pour ma sœur avec une photo générée par l’IA dans un laboratoire. Je me suis demandé comment quelqu’un qui a fait des études de comptabilité pouvait travailler dans un laboratoire. Ensuite, elle m’a envoyé un message vocal pour me dire que c’était son nouveau compte. Je lui ai demandé d’appeler ma mère, qui souhaitait lui parler d’urgence. Elle m’a répondu que les appels coûtaient cher là-bas. Je lui ai dit de la bipper, Elle a répondu que c’était impossible et qu’elle ne pouvait échanger que par appel vocal. Elle a même commencé à me menacer’’, révèle-t-elle.
Alors que Mariama Ciré cherche désormais à convaincre ses amis de la rejoindre, sa grande sœur tire la sonnette d’alarme. ‘’Une de ses amies m’a appelée pour me dire que ma sœur voulait l’aider à voyager. Je lui ai répondu que ce n’était pas vrai. C’est un réseau d’arnaqueurs. Si, par malheur, tu t’y rends, nous ne serons pas responsables de ce qui t’arrivera. Deux jours après, cette amie m’a rappelée pour me parler très mal, en disant que je voulais simplement la décourager. Je ne sais pas si ce sont eux qui lui ont demandé de faire cela. Mais une chose reste claire : ma sœur est bel et bien à Makeni, en Sierra Leone. Je sais que beaucoup de personnes y sont retenues’’, affirme Maïmouna Baldé.
Elle assure que ‘’sa vie est en danger. Sinon, elle ne me menacerait pas, ni ma sœur. Elle est retenue là-bas et contrainte de faire des choses qu’elle ne ferait pas autrement. Elle nous appelle régulièrement pour nous insulter. Je demande à tous ses amis d’être prudents. N’acceptez aucune aide venant d’elle pour un prétendu voyage. Je vous préviens que nous ne serons responsables de rien’’.
Elle demande aux ‘’autorités guinéennes de nous aider afin qu’ils soient libérés. Ce n’est pas seulement ma sœur, il y a beaucoup de personnes entre leurs mains là-bas. Ils sont en train de falsifier des comptes de toutes les manières’’, déplore-t-elle.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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