Cher Alioune Tine,
Au plus profond de la sagesse mandingue, il nous est enseigné que lorsqu’on n’a rien de pertinent à dire, le silence demeure la plus noble des attitudes, surtout lorsqu’il s’agit d’un sujet dont on ne maîtrise ni les contours ni les réalités historiques. Affirmer que la Guinée revivrait aujourd’hui « les pires moments de Sékou Touré » relève, au mieux, d’une méconnaissance de notre histoire et, au pire, d’un jugement téméraire.
Une telle déclaration est d’autant plus surprenante qu’elle émane d’un citoyen d’un pays dont certains dirigeants et responsables politiques ont, à certaines périodes de l’histoire, été accusés d’avoir porté atteinte à la cause panafricaine, compromis la solidarité entre les peuples africains et favorisé des entreprises hostiles à la Révolution guinéenne.
Que savez-vous réellement du régime du président Ahmed Sékou Touré ? Que connaissez-vous de son œuvre, de son contexte historique et des défis auxquels il fut confronté ? Sinon les récits, souvent orientés, les ouvrages à charge et les écrits élaborés par les ennemis déclarés de la Révolution guinéenne et de son père fondateur ?
Chez nous, un autre enseignement ancestral rappelle que lorsque votre propre case est en flammes en même temps que celle de votre voisin, l’intelligence commande d’éteindre d’abord votre incendie avant de courir vers celui des autres.
À cet égard, le Sénégal traverse aujourd’hui une période de profondes fractures politiques. Beaucoup reprochent au président Bassirou Diomaye Faye d’avoir renoncé à certaines des promesses qui avaient suscité l’espoir populaire.
Les familles des victimes des violences politiques survenues au Sénégal avant l’élection présidentielle continuent, quant à elles, d’attendre que toute la lumière soit faite et que justice leur soit pleinement rendue. Voilà des sujets sur lesquels votre voix serait certainement plus utile.
Faut-il vous rappeler que les manifestations survenues au Sénégal entre 2021 et 2024 ont fait au moins 65 morts, selon plusieurs organisations de la société civile ainsi que des ONG internationales telles qu’Amnesty International et CartograFree Sénégal ? Plus de soixante-cinq vies perdues en seulement trois années.
Pendant ce temps, celui que beaucoup considèrent comme le principal responsable politique de cette période, l’ancien président Macky Sall, est annoncé comme devant être reçu au Palais présidentiel sénégalais et bénéficierait, selon plusieurs analystes, du soutien des autorités actuelles dans sa candidature à la présidence de l’Organisation des Nations unies.
Cher Alioune,
J’ose espérer que l’on vous a également enseigné que, durant les années de la Révolution guinéenne, le Sénégal fut la principale base arrière de nombreux opposants et comploteurs qui nourrissaient l’ambition de renverser le régime du président Ahmed Sékou Touré et d’enterrer la démocratie populaire.
L’histoire retient également que l’agression portugaise du 22 novembre 1970 demeure l’un des épisodes les plus tragiques de notre mémoire nationale. Dans la lecture qu’en fait une partie importante des Guinéens, le Sénégal de l’époque figurait parmi les pays ayant facilité les activités des groupes impliqués dans cette agression contre la Guinée.
Cette attaque coûta la vie à de nombreux Guinéens, parmi lesquels plusieurs centaines de jeunes étudiants, devenus des martyrs de la Nation. Nul n’ignore non plus que le président Léopold Sédar Senghor fut perçu comme un soutien politique aux forces qui cherchaient à déstabiliser la Guinée, à renverser le président Sékou Touré et à imposer une orientation politique opposée à celle choisie souverainement par le peuple guinéen.
Cher Alioune,
Le président Ahmed Sékou Touré représente bien plus qu’un ancien chef d’État pour de nombreux Guinéens. Il incarne le combat pour la souveraineté, la dignité et l’indépendance de notre pays. Son héritage continue d’inspirer des générations de patriotes qui voient en lui l’un des plus grands artisans de l’émancipation politique de la Guinée et de l’Afrique.
À ce titre, son nom ne peut être invoqué à la légère ni servir de simple instrument de comparaison politique. Pour nous, il demeure une référence historique majeure, un symbole du panafricanisme et de la résistance à la domination coloniale. Son héritage intellectuel et politique inspire plusieurs dirigeants africains contemporains.
La critique est un droit. Mais elle n’acquiert de valeur que lorsqu’elle s’appuie sur la connaissance, l’honnêteté intellectuelle et le respect de l’histoire des peuples. À défaut, elle cesse d’être une analyse pour devenir une simple opinion, aussi bruyante qu’infondée.
Cher Alioune,
Intéressez-vous d’abord à l’histoire de votre propre pays, au lourd héritage moral qu’il porte en raison de l’implication de certains de ses dirigeants dans ce que beaucoup considèrent comme une trahison des idéaux panafricains.
Interrogez-vous également sur le refus du pouvoir actuel de traduire en justice les responsables présumés des violences ayant coûté la vie à plus de 65 jeunes Sénégalais, ainsi que sur le soutien politique dont certains d’entre eux continueraient de bénéficier.
Voilà des sujets brûlants, d’une importance capitale pour votre peuple, et sur lesquels les Sénégalais attendent davantage votre voix que sur des leçons d’histoire adressées à la Guinée. Vous feriez encore mieux de respecter nos autorités.
Dr. Karamo Kaba
Enseignant – Consultant – Écrivain
Tatakaba66@gmail.com
Bien dis , est ce que ce Alioune connaît bien le Sénégal à plus forte raison la Guinée ? Je doute très fort bref, le vaillant peuple de Guinée te remercie d’avoir essayé de souiller la mémoire d’un des membres fondateur de l’Union Africaine, mais tenez vous bien vous recoterez ce que vous avez semé très bientôt.
Aujourd’hui sous le magistère du Général Président Mamadi Doumbouya le peuple de Guinée se porte bien et le pays progresse sur une base solide.