Safiatou Camara, vendeuse âgée d’une vingtaine d’années, a quitté le domicile familial au mois de mars dernier, prétextant se rendre chez une amie. Quelques jours plus tard, elle informe sa famille qu’elle est retenue au Niger et qu’il fallait payer 20 millions de francs guinéens pour sa libération.
Sa mère, visiblement très affectée par ce départ, affirme avoir dépensé près de 30 millions GNF pour faciliter le voyage de sa fille vers l’Italie. Cette somme a été versée à un certain Souleymane Sylla, qui prétendait l’aider à effectuer ce voyage. Ce dernier réclame encore 10 millions GNF pour finaliser les derniers réglages. Mais la famille s’est rendu compte qu’il s’agit d’un réseau de trafiquants et que Safiatou est retenue en Sierra Leone.
Ce mardi 14 juillet, la mère de la jeune fille, Mariama Camara, nous a accordé un entretien à son domicile, situé au Km 36, pour revenir sur les circonstances de la disparition de sa fille.
‘’Le jour de son départ, je l’avais laissée au marché pour aller acheter ma marchandise. À mon retour, les gens m’ont dit l’avoir vue partir avec une valise. Quand je suis rentrée à la maison, elle est venue me voir avec cette valise. Sa petite sœur lui a demandé où elle allait. Elle est ensuite allée prendre une douche. Je lui ai demandé où elle allait et elle m’a répondu qu’elle se rendait chez son amie pour une cérémonie. Comme je connaissais son amie, j’ai accepté’’, raconte Mariama Camara.
Le lendemain, poursuit-elle, ‘’elle n’est pas revenue. J’ai alors informé son papa. Je suis allée vérifier dans son armoire, mais ses vêtements et ses chaussures étaient toujours là. Elle n’avait rien pris. Elle est restée injoignable. Ce n’était pas dans ses habitudes. J’étais très inquiète. Pendant que nous la recherchions, elle m’a appelée pour dire qu’elle était retenue au Niger et qu’il fallait envoyer 20 millions GNF. Je lui ai demandé comment elle s’était retrouvée là-bas et pourquoi elle était partie sans m’informer. J’étais vraiment désespérée’’.
Selon sa mère, depuis son départ, Safiatou Camara ne cesse de réclamer de l’argent. ‘’Son père lui a demandé de revenir, qu’il n’avait pas un franc à lui envoyer. Je lui ai dit la même chose. Elle sait que nous n’avons pas les moyens. Nous vivons grâce à mon petit commerce. Comme elle insistait, j’ai fini par trouver 10 millions pour lui envoyer. Et ça a continué. À ce jour, nous avons versé 30 millions à ce monsieur. Mais jusqu’à présent, elle n’est ni revenue ni partie en Italie’’, déplore Mariama Camara.
Inquiète, elle lance un appel aux autorités guinéennes. ‘’Des fois, elle m’appelle pour dire qu’elle a faim et qu’elle n’a nulle part où dormir. Sa situation m’inquiète. Je demande aux autorités de m’aider à la retrouver et à la libérer’’.
Un prétendant démasque les arnaques
Grâce à Amara Doumbouya, qui voulait épouser Safiatou Camara, la famille a réussi à démasquer Souleymane Sylla.
‘’Un jour, Safi m’a envoyé un message disant que je l’avais abandonnée. Je lui ai répondu que je voulais l’épouser, mais qu’elle ne m’en avait pas donné l’occasion. Elle m’a demandé si je travaillais. Je lui ai dit que j’étais au chômage. Elle m’a alors proposé de la rejoindre en Sierra Leone, où elle travaillait dans une entreprise. Elle devait me mettre en contact avec une personne pour m’accueillir à la gare. Quelques jours plus tard, elle m’a demandé d’envoyer plus de 10 millions GNF pour préparer mes papiers de travail. C’est là que j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui clochait. Même sa façon de parler montrait qu’elle était sous pression’’, raconte Amara Doumbouya.
‘’Quand elle m’a envoyé le numéro du gars censé m’accueillir, j’ai échangé avec lui sur WhatsApp. Au fil de nos conversations, je lui ai dit qu’il faisait partie du réseau QNET. Il m’a bloqué et a désactivé le compte Facebook de Safi. J’étais hors de la Guinée. J’ai tout fait pour prévenir sa famille, mais je n’ai pas réussi’’, ajoute-t-il.
De retour en Guinée, Amara s’est rendu chez la famille. ‘’Ils étaient sur le point de lui envoyer encore 10 millions GNF. Je leur ai dit de ne pas envoyer d’argent, que c’était une arnaque. J’ai fait des recherches pour les convaincre que Safi n’était pas en Tunisie, mais retenue en Sierra Leone. Au début, la maman se méfiait de moi. Elle pensait que je faisais partie du réseau. Après une longue discussion, elle a compris que je voulais l’aider’’, souligne-t-il.
Un rendez-vous manqué à Dubréka
Pour tenter d’identifier Souleymane Sylla, un rendez-vous avait été fixé au Km 5 à Dubreka,, afin de lui remettre les 10 millions GNF restants. Mais il s’est désisté à la dernière minute, prétextant être à N’Zérékoré.
‘’On devait le rencontrer ce mardi à 10 heures. Il nous a dit qu’il est à Nzérékoré. Comme il a compris que nous voulions l’identifier, il refuse de nous rencontrer. Ils envoient même des photos de Safi générées par l’intelligence artificielle pour faire croire à sa mère qu’elle travaille dans un atelier de couture en Tunisie. Alors que c’est faux’’, dénonce Amara Doumbouya.
En ma présence, la maman de Safiatou Camara a échangé avec Souleymane Sylla. Elle lui a reproché de ne pas respecter son engagement.
‘’Je ne suis pas tranquille, je bouge beaucoup. Je détiens l’argent de beaucoup de personnes pour les papiers. Il ne faut pas dire que si vous ne me voyez pas, vous n’allez pas verser l’argent. Si vous n’envoyez pas son argent, vous allez la fatiguer. Donc, il faut envoyer l’argent. Si c’est pour me voir, il n’y a aucun problème. On va se voir dès que j’aurai fini de régler les papiers des gens’’, s’est-il défendu.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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