Comment produire davantage d’électricité tout en protégeant l’environnement, en créant des emplois et en développant les zones rurales ? Cette question est aujourd’hui au cœur de la stratégie énergétique chinoise. Au cours d’une visite de terrain dans la province du Hebei, des journalistes africains, dont un de la Guinée, ont découvert des projets qui illustrent cette approche. Il s’agit de la centrale photovoltaïque associée à l’élevage et de la centrale de pompage-turbinage de Fengning.
Au-delà des performances technologiques, ces réalisations offrent des pistes de réflexion pour des pays comme la Guinée, confrontés à la nécessité de concilier développement économique, sécurité énergétique et préservation des ressources naturelles.
Dans le village de Sanfuxingdi, dans le comté de Weichang, la société Shenyuan Solar Energy Co., Ltd. a développé une centrale photovoltaïque de 300 MW sur une superficie de 6,6 km², pour un investissement de 1,8 milliard de yuans.
Mais la particularité de ce projet ne réside pas uniquement dans sa capacité de production électrique. Avant son lancement, cette vaste zone était constituée de prairies fortement dégradées. Aujourd’hui, grâce à un programme de restauration écologique, les terrains accueillent à la fois des panneaux solaires et des activités pastorales.
Le site permet désormais l’élevage de près de 3 850 bovins et 1 420 ovins grâce à un système de pâturage tournant organisé sous les installations photovoltaïques. Cette combinaison entre production d’énergie renouvelable et élevage optimise l’utilisation du foncier tout en favorisant la régénération des pâturages.
La centrale devrait produire en moyenne 573 millions de kWh par an et fonctionner pendant au moins vingt-cinq ans.
Autre étape marquante de l’immersion des journalistes africains participant au programme du China International Press Communication Center (CIPCC) : la visite de la centrale de pompage-turbinage de Fengning, considérée, selon les responsables du projet, comme la plus importante au monde, avec une capacité installée de 3 600 MW.
Son rôle est différent de celui d’un barrage classique. Elle fonctionne comme une gigantesque batterie hydraulique capable de stocker l’électricité produite pendant les périodes de faible consommation, notamment celle issue des énergies renouvelables, puis de la restituer lorsque la demande augmente.
Une fois entièrement chargée, l’installation peut restituer près de 40 millions de kWh d’électricité et alimenter le réseau pendant plus de dix heures à pleine puissance. Ce système constitue un élément essentiel pour stabiliser un réseau électrique où les productions solaire et éolienne sont, par nature, variables.
Chaque année, la centrale permet également d’économiser près de 480 800 tonnes de charbon standard et de réduire les émissions de dioxyde de carbone d’environ 1,2 million de tonnes.
L’énergie au service du développement local
À Fengning, la construction de la centrale a mobilisé plusieurs milliers de travailleurs pendant les périodes de pointe. Aujourd’hui, plusieurs centaines d’emplois permanents bénéficient chaque année aux habitants de la région.
Les investissements réalisés ont également permis la construction de nouvelles routes, le soutien à plusieurs villages, ainsi que la mise en œuvre de programmes de restauration écologique comprenant la réhabilitation des zones humides, la lutte contre l’érosion et la protection de la biodiversité.
Cette approche illustre une vision dans laquelle les grands projets d’infrastructures ne sont pas uniquement conçus pour produire de l’électricité, mais aussi pour soutenir le développement économique local et améliorer les conditions de vie des populations.
Une industrie qui mise aussi sur la protection des ressources naturelles
Cette logique s’observe également dans le secteur agroalimentaire. À Chengde, l’entreprise Chengde Lolo, pionnière des boissons aux protéines végétales en Chine, a développé depuis plusieurs décennies une filière fondée sur la transformation des amandes d’abricots sauvages.
L’entreprise s’approvisionne auprès de centaines de milliers de cueilleurs répartis dans plusieurs provinces chinoises. Elle applique une politique de protection des abricotiers sauvages, sans recours aux engrais chimiques ni aux pesticides, afin de préserver la qualité des ressources naturelles tout en garantissant des revenus à près de 300 000 agriculteurs.
Ce modèle démontre qu’une industrie agroalimentaire peut contribuer simultanément à la création de valeur, à la préservation de l’environnement et au développement rural.
Pour un pays comme la Guinée, engagé dans d’importants projets industriels et miniers, notamment autour de Simandou, ces expériences chinoises mettent en évidence plusieurs enjeux, parmi lesquels la nécessité d’anticiper les futurs besoins énergétiques en développant des infrastructures capables de garantir un approvisionnement stable, ainsi que l’intégration des dimensions environnementales et sociales dans les grands investissements afin que les infrastructures contribuent également au développement des territoires qui les accueillent.
Ces projets montrent également qu’il est possible d’associer innovation technologique, agriculture, élevage, protection des écosystèmes et création d’emplois dans une même stratégie de développement.
Sans constituer un modèle directement transposable, l’expérience observée dans la province du Hebei offre néanmoins des pistes de réflexion intéressantes pour les pays africains qui cherchent à accélérer leur industrialisation tout en répondant aux défis énergétiques et climatiques des prochaines décennies.
De Pékin, Pathé BAH, pour VisionGuinee.Info
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