Le 2 octobre de chaque année marque l’accession de la Guinée à l’indépendance. Dans la préfecture de Coyah, ce 68e anniversaire a été célébré à la place des Martyrs en présence de plusieurs personnalités. Mamadi Koma, enseignant à la retraite et journaliste culturel à la RTG, se souvient encore de cette date historique et des conséquences du choix du peuple guinéen.
Pour ce témoin de l’histoire, la durée de la colonisation est souvent minimisée. ‘’Même si nous n’avons pas été témoin de l’indépendance, nous l’avons vécue. Nous avons été les premiers élèves de l’indépendance. J’étais en CP1 à l’époque. On dit le plus souvent que la Guinée a fait 60 ans de colonisation, ce n’est pas vrai, c’est 120 ans. Tout a commencé après l’arrestation de l’Almamy Samory Touré, sa déportation au Gabon et sa mort en 1900. C’est après cela que le peuple de Guinée a poursuivi la résistance avec d’autres grandes figures comme Alpha Yaya Diallo, Zebèla Togba, Kissi Kaba Kéta, Dinah Salifou et tant d’autres’’, affirme Mamadi Koma.
Selon lui, la vraie lutte pour l’émancipation est ensuite venue de la jeunesse, portée notamment par feu Ahmed Sékou Touré.
‘’Mais la vraie lutte, viendra encore du côté des jeunes. Je vais parler de feu Ahmed Sékou Touré, qui va recevoir De Gaulle le 25 août à Conakry, qui était venu proposer à la communauté guinéenne de rester dans la communauté française, en disant que personne n’était tenue d’y adhérer. Nous avons parlé d’indépendance. L’indépendance était à la portée de la Guinée. Après le référendum du 28 septembre, le 2 octobre 1958, le drapeau tricolore guinéen a été hissé. La Guinée est devenue libre’’, raconte-t-il.
Les lourdes conséquences du Non de la Guinée
Mamadi Koma garde encore en mémoire les difficultés qui ont suivi l’accession à l’indépendance. Il rappelle que l’administration coloniale avait tout saccagé avant son départ.
‘’Après l’indépendance de la Guinée, la France a retiré tous ses enseignants. Dans mon école, on a pris un élève de la sixième année pour venir nous enseigner. La France avait ramené tous ses cadres. La Guinée s’est retrouvée seule, démunie. Ils ont pris tous les dossiers administratifs et les ont jetés dans des puits. Notre pays a dû voler de ses propres ailes’’, se souvient-il.
‘’Nos premiers amis ont été les tchécoslovaques, les russes, les chinois, qui sont venus en aide à la Guinée. Et la reconnaissance de la Guinée à l’ONU a été rendue possible grâce à la Tchécoslovaquie, qui a voté pour l’adhésion de notre pays’’, ajoute-t-il.
Malgré le départ des Français, selon lui, le régime de Sékou Touré a réalisé des progrès notables, notamment dans l’armée et l’éducation.
‘’Le premier régime a réussi à organiser l’armée avec la création des régions militaires. La Basse Guinée avec le camp Kémé Bouréma, la Moyenne Guinée avec le camp Elhadj Oumar Tall, la Haute Guinée avec le camp Soundiata Keïta, et la Guinée Forestière avec le camp Béhanzin. Ensuite, des camps d’infanterie ont été installés dans toutes les préfectures actuelles’’, explique-t-il.
Mamadi Koma évoque aussi les symboles de la solidarité panafricaine avec la création des centres universitaires. ‘’L’université Gamal Abdel Nasser a été nommée en hommage au premier président de l’Égypte, grand ami de la révolution guinéenne. Celle de Kankan porte le nom de Julius N’Yéréré, président Tanzanien, pour son amitié avec Sékou Touré. Et le camp Kwamé Nkrumah porte le nom du président ghanéen, qui fût même co-président de la Guinée’’, se souvient-il.
Pour cet enseignant à la retraite, ces avancées ont attiré l’hostilité des puissances impérialistes. ‘’A cause des progrès réalisés, l’impérialisme n’était pas à l’aise. C’est ainsi que le 22 novembre 1970, à 2 heures du matin, ils ont débarqué à Conakry avec trois bateaux nommés Montanté, Bombarda et Laverda, chargés de mercenaires lourdement armés. Ils sont venus par la côte pour attaquer le camp Boiro. Cette agression a été mise en échec par l’armée guinéenne. Conakry n’était pas grande à l’époque, la ville se limitait à la Tannerie. Les femmes se sont levées avec des bidons pour aider leurs maris militaires. Tout le peuple s’est mobilisé. Jamais une agression n’a été aussi bien repoussée en Afrique, que celle contre la Guinée’’, affirme-t-il.
Revenant sur l’appellation du camp Boiro, il précise qu’à l’époque, ‘’ce n’était pas le camp Boiro, c’était le camp de la garde républicaine. Le nom Boiro est venu après. Pour la petite histoire, Boiro était un jeune inspecteur qui devait convoyer deux commandos arrêtés à Kankan vers Conakry. Dans l’avion, ils se sont jetés sur lui et l’ont projeté. Son corps n’a jamais été retrouvé. C’est en raison de son courage que son nom a été donné au camp’’.
L’enseignant à la retraite invite la jeunesse ‘’à cultiver la cohésion et l’union. Si nous avons réussi à vaincre les colons, c’est parce que nos pères et grands-pères étaient unis pour combattre ensemble. Aujourd’hui, il faut que la jeunesse resserre les rangs et mette de côté l’intérêt mercantile. Au lieu de demander ce que le pays va faire pour nous, nous devons nous demander ce que nous faisons pour le pays’’, assure Mamadi Koma.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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