Une promesse d’emploi vire au cauchemar : Daouda Cissé raconte comment il a perdu 15 millions GNF dans un réseau d’arnaque

En novembre 2021, Daouda Cissé, âgé d’une vingtaine d’années, s’est rendu à Sangarédi, dans la préfecture de Boké, à la demande de son petit frère, Mohamed Camara, qui lui avait promis un bon emploi. Il ne se doutait pas du calvaire qui l’attendait. Il n’a réussi à s’échapper qu’en 2023.

À son arrivée, ce réseau d’arnaqueurs lui a demandé de payer 10 millions de GNF afin d’intégrer l’entreprise. N’ayant pas l’intégralité du montant, il a dû vendre sa moto et un bœuf pour réunir l’argent. Ce n’est qu’après son intégration qu’il a compris qu’il s’agissait d’un réseau de type Qnet.

Ce jeudi 16 juillet, interrogé par notre rédaction, Daouda Cissé est revenu sur les circonstances de son départ et sur les conditions difficiles qu’il a vécues à Sangarédi et à Nzérékoré.

Départ pour Sangarédi

Daouda Cissé, conducteur de taxi-moto à Simanbossia, marié et père d’un enfant, affirme être parti dans l’espoir de trouver un emploi stable.

‘’Un jour, mon petit frère, Mohamed Camara, m’a contacté. Il m’a demandé si je travaillais. J’ai répondu non. Il m’a dit qu’il travaillait à Sangarédi pour le compte d’une entreprise et que, si une opportunité se présentait, il me préviendrait. Une semaine plus tard, il m’a appelé pour dire qu’il m’avait trouvé un travail. Je lui ai demandé quel type de travail. Il m’a dit que c’était du pointage. Il m’a demandé d’envoyer 3 millions de GNF. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas réunir cette somme. Il m’a dit que la somme de 1 million ou 500 000 GNF suffirait pour ne pas rater cette opportunité. Il m’a aussi demandé de n’en parler à aucun membre de ma famille. Mais j’avais déjà informé mon père’’, indique-t-il.

‘’Un jeudi, j’ai pris ma moto pour aller à Sangarédi. Quand j’ai appelé mon petit frère, il a envoyé quelqu’un pour me conduire à la maison. Une fois entré dans la chambre, j’ai compris que quelque chose n’allait pas. Il y avait un matelas par terre. Ce monsieur contrôlait tous mes faits et gestes. Mon petit frère est venu le soir. Mais son apparence ne m’avait pas convaincu. Il m’a dit qu’il fallait me préparer pour l’entretien du lendemain. Il m’a demandé combien j’avais envoyé. J’ai dit que j’avais envoyé 1 million’’, ajoute-t-il.

Des sommes de plus en plus élevées réclamées

Alors que Daouda Cissé s’attendait à un travail de conducteur d’engins, il s’est retrouvé face à une tout autre activité.

‘’Il m’a emmené au bureau et m’a demandé ce que je faisais. J’ai répondu que j’étais conducteur de taxi-moto après les cours. Ils m’ont dit que mon travail consisterait à réceptionner, contrôler et enregistrer des colis. Mais il ne restait qu’une seule place et il fallait payer 10 millions de GNF. Je leur ai dit que je n’avais qu’un million. Ils m’ont demandé de verser cet argent pour m’enregistrer. Ensuite, ils m’ont dit de rentrer à la maison et de contacter ma famille pour compléter’’, explique-t-il.

Selon lui, ‘’mon petit frère me mettait la pression pour que je complète. Je lui ai dit que je n’avais pas d’argent, sauf si je revendais ma moto. Nous avons cherché un acheteur sans succès. J’ai donc décidé de rentrer à Conakry pour la vendre. Il m’a dit de ne pas passer la nuit à Conakry une fois la moto vendue, afin de ne pas perdre ce travail’’.

‘’Je suis venu à Conakry et j’ai vendu ma moto à 6 millions. Le même jour, je suis retourné à Sangarédi vers 18 heures. Le lendemain, nous sommes allés à leur siège. J’ai versé les 6 millions. Cela faisait 7 millions en tout. Il m’a dit : ‘Grand frère, fais tout ton possible pour que la famille complète le reste afin que tu puisses commencer le travail’. J’ai appelé ma mère. Nous avions un bœuf à Faranah, dans mon village. Ils l’ont vendu à 4 millions et m’ont envoyé l’argent. Dès que je l’ai reçu, j’ai pris les 3 millions pour compléter. Ils m’ont dit que j’allais débuter la formation le lendemain’’, souligne Daouda Cissé.

L’espoir d’un gain rapide

Selon lui, la formation portait sur la manière de convaincre d’autres personnes d’intégrer l’entreprise afin de multiplier ses gains.

‘’Le lendemain, on a commencé la formation. Ils m’ont donné un dossier qu’ils appellent un pamphlet. La formation s’articulait autour de quatre points essentiels : le cercle d’influence, le cercle d’intérêt, le cercle de préoccupation et le cercle d’entourage. Ils m’ont demandé de citer les personnes avec lesquelles je m’entends le mieux dans ma famille, mon entourage et parmi mes connaissances. Ensuite, ils m’ont dit que j’étais dans une entreprise de marketing. Quand je paie 10 millions, on m’enregistre et, après, j’envoie deux personnes. Si j’envoie deux personnes et que chacune d’elles en envoie deux autres, je passe au stand 1. À la fin du mois, on va me payer 2,25 millions de GNF’’, confie-t-il.

Et d’ajouter : ‘’On m’a demandé de faire ce qu’on appelle le positionnement. Là, je vais gagner encore plus. Il y a des gens qui paient 30 ou 100 millions. D’autres revendent leur terrain ou la voiture de leur père. J’ai dit que je ne pouvais pas faire ça. Après de multiples pressions, j’ai décidé de payer 5 millions. Ce qui fait 15 millions. C’est ce que j’ai dépensé au total’’.

Selon Daouda Cissé, ‘’comme ils ont vu que je ne référais personne, ils m’ont dit d’aller à Nzérékoré. Ils avaient préparé des chambres pour nous. On partait au bureau à 5 heures. La formation commençait vers 6 heures et se poursuivait jusqu’à 13 heures. Mais les gens ne sortaient pas. Il y avait à peu près 500 ou 600 membres. Ils contrôlaient tous nos faits et gestes. Tout le travail consistait à faire venir d’autres personnes. Il n’y avait aucun emploi derrière tout cela. Il n’y avait pas non plus à manger. Tu peux quitter la maison à 5 heures, partir au bureau pour la formation et ce n’est qu’au retour, le soir, que tu manges un peu’’.

La maladie et la fuite

Atteint de tuberculose et confronté à des conditions de vie précaires, Daouda Cissé a décidé de s’enfuir.

‘’Ce qui m’a poussé à quitter là-bas, c’est que j’ai été atteint de tuberculose. Ce qui m’a découragé aussi, c’est qu’on ne mangeait pas. Quand tu quittais la maison à 5 heures, tu ne mangeais rien avant le soir, vers 19 heures. Ils ont difficilement accepté de m’emmener à l’hôpital. Je devais suivre un traitement pendant six mois. Le médecin m’a dit qu’il fallait bien manger avant de prendre mes médicaments. Quand mon état s’est amélioré, un matin vers 5 heures, j’étais seul dans ma chambre. J’ai pris mes affaires et je suis parti’’, affirme-t-il.

Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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