C’est une affaire qui avait défrayé la chronique en mars 2025. Un nouveau-né avait été enlevé 13 jours après sa naissance à Coyah. Le procès des présumés auteurs, Aminata Camara et Mohamed Diaouné, s’est poursuivi au tribunal de première instance de Coyah ce mercredi 22 avril.
À la barre, la jeune fille a réitéré les aveux faits lors de l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction. Elle affirme avoir agi pour satisfaire son complice avec qui elle vivait en concubinage.
Présente à l’audience, la mère du bébé, Mariama Dalanda Diallo, appelée à la barre, a livré sa version des faits.
‘’J’ai accouché un lundi. C’est ce jour-là qu’Aminata est venue chez moi pour me féliciter, soi-disant que c’est sa mère qui l’envoyait, et elle m’a offert 5000 GNF. Le lendemain, elle est venue avec un sac d’habits pour mon bébé, disant que c’était de la part de sa maman. Je l’ai remerciée, mais j’ai dit que je ne la reconnaissais pas. Elle a dit que sa mère me connaissait très bien. Je suis sortie pour lui présenter mes voisines et demander si elles la connaissaient, mais personne ne la connaissait. Elle a continué de me rendre visite les jours suivants. La veille du baptême, quand elle est venue, je m’apprêtais à me tresser. Elle a proposé de me tresser, mais je lui ai dit que j’avais déjà appelé quelqu’un. Je lui ai suggéré de tresser mes enfants. Elle a accepté. Le jour du baptême, c’est vers 13h qu’elle est venue chez moi. Je lui ai demandé pourquoi elle n’était pas venue le matin, elle m’a dit que sa mère était un peu souffrante. Elle m’a demandé le nom du bébé. J’ai dit que c’était l’homonyme de ma maman. Elle a félicité ma maman et lui a demandé de l’argent’’, raconte-t-elle.
Et de poursuivre : ‘’Le lendemain, elle est venue chez moi avec deux bouteilles qu’elle dissimulait sous son foulard. Elle est venue au salon et a trouvé ma maman. Après les salutations, elle a pris place sur le canapé. Je suis sortie dehors pour faire la lessive. Entre-temps, ma mère aussi est allée se doucher. Il est restée avec mon garçon qui nettoyait la maison. C’est pendant ce temps qu’elle a trompé notre vigilance pour prendre le bébé et partir. Quelques instants après, mon fils m’a appelé pour me dire que le gaz s’échappe de la cuisine. Je suis allée vérifier, mais je n’ai rien trouvé. Quand je suis revenue au salon, j’ai senti une odeur d’essence. J’ai demandé où était Aminata, mon garçon m’a fait signe de la main qu’elle était sortie parce qu’il étouffait avec cette odeur. J’ai constaté qu’elle avait versé de l’essence là où elle était assise. Automatiquement, je suis entrée dans ma chambre et j’ai constaté que mon bébé n’était pas là. J’ai crié et tout le voisinage est venu. Des témoins ont affirmé avoir vu une fille sortir avec un voile noir et un caoutchouc’’.
Après ce témoignage, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Coyah a pris la parole pour ses réquisitions. Moustapha Mariama Diallo a estimé que Mohamed Diaouné non coupable des faits qui lui sont reprochés. Par contre, il a requis 20 ans de détention criminelle contre Aminata Camara qui, selon lui, a agi avec préméditation dans cette affaire.
‘’Monsieur le président, qu’il vous plaise de déclarer Mohamed Diaouné non coupable de crime de complicité, de séquestration et d’enlèvement d’enfants pour crime non constitué à son égard, parce qu’il n’était au courant absolument de rien, et d’ordonner, s’il n’est détenu pour autre cause, son acquittement pur et simple. Par contre, de retenir Aminata Camara dans les liens de la culpabilité et la déclarer convaincue et coupable des crimes d’enlèvement et de séquestration d’un bébé, conformément aux dispositions des articles 303, 304, 305 et 306 du Code pénal. Pour la répression, en tenant compte de l’âge du bébé et du guet-apens, vous la condamnerez à 20 ans de réclusion criminelle’’, affirme-t-il.
Et d’ajouter : ‘’Monsieur le président, vous direz dans votre décision que cette peine est assortie d’une période de sûreté de 15 ans. Vu la gravité des infractions recensées, vu la constitution de ces infractions à l’égard d’Aminata Camara, cette dernière ne mérite pas de voir le soleil et la lune pendant 20 ans. Ce n’est pas de la passion, c’est objectif, parce que ces faits sont graves. Elle a tué un nouveau-né avec le vent sur une moto jusqu’en Sierra Leone, de pays à pays. Elle a abrégé la vie de cet enfant qui pouvait vivre pendant des années. Elle a troublé l’ordre public. Elle a causé un énorme préjudice à la société que je représente. Elle ne mérite aucune circonstance atténuante. Sa place est en prison’’.
Lors des plaidoiries, l’avocat de la défense a invité le juge à maintenir les réquisitions du procureur à l’égard de son client Mohamed Diaouné. Bien que Maître Abdoulaye Keita reconnaisse qu’Aminata Camara est coupable d’enlèvement et de séquestration d’un nouveau-né, il demande au tribunal de la condamner au temps déjà passé en détention.
Après la fin des débats, le juge a prononcé l’acquittement de Mohamed Diaouné, accusé de complicité dans cette affaire, faute de preuves à son encontre, avant de condamner Aminata Camara à 10 ans de détention criminelle pour enlèvement et séquestration d’un nouveau-né.
‘’Statuant publiquement et contradictoirement en matière criminelle et en premier ressort, après en avoir délibéré sur l’action publique, déclare Mohamed Diaouné non coupable de crime de complicité d’enlèvement et de séquestration d’un nouveau-né dont il est accusé. Par conséquent, prononce son acquittement et le renvoi des fins de la poursuite pour crime non constitué à son égard conformément aux dispositions de l’article 544 du Code de procédure pénale. Par contre, déclare Aminata Camara coupable de crime d’enlèvement et de séquestration d’un nouveau-né dont elle est accusée. Pour la répression, faisant application des dispositions des articles 116, 303 et 758 du Code pénal et 441 et 497 du Code de procédure pénale, la condamne à 10 ans de réclusion criminelle’’, déclare Morlaye Soumah.
Sur l’action civile, le juge dit prendre acte de ces prétentions, ‘’en disant se remettre à la décision de la justice pour l’application de la loi’’, tout en condamnant Aminata Camara aux frais et dépens envers l’État.
À rappeler que le bébé est décédé quatre mois après sa libération des mains de ses ravisseurs.
Djiwo BARRY, pour VisionGuinee.Info
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