[dropcap]B[/dropcap]ien que la pauvreté et la généralisation de la violence constituent des risques de coups d’État, il est en principe contraire au droit de recourir à l’usage de la force pour s’emparer du pouvoir.
Dans une République, en principe, le pouvoir est régi par les lois, et c’est au nom des lois qu’il faut organiser l’alternance du pouvoir. Malheureusement en Guinée, le refus de l’alternance au pouvoir et le « massacre » des valeurs qui sous-tendent notre humanité commune sont pratique courante.
Ce contexte exige que les citoyens de conviction libèrent le peuple de onze ans de dictature et d’une fin de règne chaotique. Le Collectif Africain Pour la Démocratie prend acte du coup de force militaire qui a mis fin au régime dictatorial d’Alpha Condé.
Suite à l’appel du 5 septembre lancé par le CNRD, il est opportun, compte tenu des circonstances, d’examiner les obstacles au bon fonctionnement de la démocratie avant de faire des recommandations en vue d’une transition apaisée.
La capacité d’un leader à susciter le respect et la loyauté de son peuple dépend du caractère légitime de son pouvoir, ainsi que du dynamisme économique induisant une croissance inclusive, partagée et durable, débouchant sur l’amélioration du bienêtre du plus grand nombre de personnes.
En démissionnant de sa mission régalienne, l’État guinéen a travesti l’idéal démocratique et insufflé une tendance négative des rapports sociaux, faisant de notre pays une société en conflit permanent avec nos bonnes mœurs.
Pour développer une économie, il est crucial de créer un climat de confiance entre l’État et le peuple et s’employer à promouvoir des initiatives citoyennes visant à renforcer la cohésion et la fraternité entre les différents groupes socioéconomiques qui composent le pays. Cependant, le régime d’Alpha Condé s’est inscrit dans la dynamique inverse.
Servir son peuple, c’est faire preuve d’exemplarité, d’humilité, d’empathie, de générosité et d’intelligence émotionnelle, mais surtout savoir consolider la nation autour des valeurs humaines universelles. Nous noterons que la plupart des régimes guinéens sont issus de l’usurpation, de l’abus, et de la transgression des lois. Dominique Darbon (2010) dans « Gouvernance et fabrique de l’ordre politique » souligne : « La légitimité du pouvoir, c’est la légalité, c’est-à-dire la qualité particulière reconnue à une entité sociale et politique par ses sujets et ses parties, et qui lui confère son autorité. (En d’autres termes, renchérit l’auteur,) la légitimité est le produit de conditions que sont la confiance, le consentement ― c’est-à-dire l’acceptation de l’autorité par ceux qui la subissent ―, et la réciprocité, ou l’existence de normes et de valeurs. »
Suivant cette interprétation, la légitimité renvoie à la question de la qualité des institutions de gouvernance, dont le rôle consiste à favoriser le fonctionnement normal de l’État, mais surtout à faire du peuple le fondement du pouvoir politique. L’affirmation du système de domination par le haut, rejette les principes de légitimité du pouvoir, car elle repose sur la politisation à outrance des institutions, censées normalement se conformer aux principes fondamentaux de stricte séparation des pouvoirs. Pis, les forces de sécurité guinéennes se sont toujours employées à prêter main-forte à des régimes autocratiques pour la perpétuation du pouvoir inconstitutionnel d’un homme et de son clan. Le régime d’Alpha Condé en est la pire illustration.
Il est inadmissible (voire impossible) qu’une identité ethnique devienne une force politique dans une société multiculturelle. C’est pourquoi, le devoir de conscience exige que les citoyens de conviction mettent en place des mécanismes pouvant contrecarrer toute velléité de confiscation de l’État par ceux qui prétendent avoir la baguette magique de la domination.
Considérant tous les forfaits du régime d’Alpha Condé conjugués à la médiocrité structurelle qui caractérise le fonctionnement de l’État, les Guinéens méritent mieux. Cependant, le véritable changement dépend largement de l’attitude du peuple vis-à-vis de ses dirigeants. Le comprendre, à ses propres dépens, est une expérience qui doit renforcer les convictions et la détermination de chacun et de tous de faire de la Guinée une société égalitaire.
Pour atteindre les objectifs macroéconomiques de plein emploi, d’allocation des ressources, de répartition des richesses, et de régulation du niveau de l’activité économique, nous devons faire du partenariat avec les différentes puissances internationales une véritable coalition visant la création d’opportunités et le renforcement des capacités humaines, industrielles et techniques locales.
Le manque d’opportunités est une atteinte aux droits fondamentaux au même titre que l’agression physique des populations par les mercenaires de circonstance du pouvoir. Malheureusement, de l’avis d’un ancien cadre de l’État guinéen : « Le travail est la valeur la plus méprisée aujourd’hui en Guinée. Or, un être qui ne travaille pas n’a aucune valeur, n’apporte rien à lui-même et aux autres, il n’est pas capable d’empathie ; bref il ne vit pas. Il faut mettre les guinéens au travail, c’est la condition de la dignité, du respect pour soi et pour les autres, c’est la dette de vie qu’on doit à nos parents et à tous ceux qui ont contribué à notre existence, c’est le seul moyen d’enrichir le pays, de discipliner les gens et de leur faire prendre conscience de ce qui est important. En politique, des thèmes comme droits de l’homme, État de droit, liberté, réconciliation nationale sont plus mobilisateurs mais totalement vides de sens car non fondés sur le travail. Un être qui ne travaille pas ne sait pas ce que c’est que la liberté, les droits et la considération pour autrui. Seule la haine le dirige et le détruit. »
C’est pourquoi, nous recommandons que des cadres et officiers compétents et éclairés, accompagnés d’experts en matière de justice et de droit, prennent en main la gestion des affaires de l’État durant la période de transition.
La diaspora ne doit pas être exclue des processus de paix et de développement, car la réussite de la transition dépend largement de la qualité des femmes et des hommes en charge des institutions. Autrement dit, nous devons ouvrir la voie à une nouvelle vision qui va faire de notre pays un État où chacun peut exprimer ses talents et ses idées au service de l’intérêt national.
Pour ce faire, nous en appelons à la mutualisation des efforts pour plus d’efficacité et d’intelligibilité dans la formation du gouvernement de transition. Celui-ci doit être inclusif et contribuer à la création d’une justice indépendante, garantir une CENI équilibrée et indépendante, et faire des organisations de la société civile des entités transpartisanes servant de rempart contre l’abus de pouvoir.
Cette solution doit s’inscrire dans une dynamique de transparence du processus politique dans laquelle la classe politique locale accepte de faire son mea-culpa. En d’autres termes, nous devons attaquer la racine du mal en articulant une nouvelle vision pour la patrie dans le cadre d’une conférence nationale, sans langue de bois, sur la gouvernance. Il s’agit, dans cette démarche, de permettre à chacun d’évoquer ce qu’il a sur la conscience et de faire de l’évaluation de nos dirigeants et de nos institutions un vrai outil de stabilité politique et de développement socioéconomique.
La Guinée ne peut plus se permettre de rester à la traine. Nous devons évoluer intellectuellement, politiquement et spirituellement et arrêter de rejeter le blâme sur les autres. Ces changements structurels doivent être réalisés dans un cadre institutionnel et réglementaire légal qui va rompre avec un certain nombre de contraintes structurelles, telles que les successions inconstitutionnelles ou les velléités de prolongation, l’imbrication des pouvoirs et leurs influences réciproques, l’affaiblissement inconstitutionnel des partis politiques de l’opposition, et la gestion affairiste du pouvoir.
Afin d’accélérer l’émergence de l’économie guinéenne, nous proposons la mise en place d’une commission d’experts qui va réfléchir sur un projet de société commun. Celui-ci doit être mis en œuvre selon des actions spécifiques de participation collective, renforcées par une politique cohérente de suivi des programmes. La pauvreté n’est pas une fatalité. Nous devons accepter de travailler la main dans la main afin de sortir du sous-développement.
Vive une transition apaisée et inclusive
Vive l’unité, la fraternité et la solidarité nationale
Que la Guinée soit bénie et débarrassée des maux qui affligent notre société
Thierno Aliou Bah
MSc, MBA, Economiste, conseiller en leadership et management stratégique
Cofondateur, Président et Directeur Exécutif du Collectif Africain Pour la Démocratie (http://www.aufd.org/french/)

