Les transitions se suivent et se ressemblent pour notre pauvre pays la Guinée. Des individus qui sont reconnus comme des « troubadours » qui vénèrent les tenants de tous les pouvoirs successifs dans notre pays, nous chantent à longueur de journée comment la transition présente est différente de celles que nous avons déjà vécues. La réalité est toute autre. Nos efforts ressemblent à ceux de Sisyphe de la mythologie Grecque.
La légende de Sisyphe est qu’il avait évité la mort et comme châtiment, il fut condamné par Zeus à pousser une grosse pierre au sommet d’une montagne. Déterminé, il s’y mit avec ardeur et diligence. Malheureusement, à chaque fois qu’il arrivait au sommet de la montagne, la pierre, à cause de la pesanteur, finissait toujours par retomber au bas de la montagne. L’effort était donc à recommencer, dans son cas, éternellement.
Notre pays souffre presque du même sort. Les mêmes individus qui ont participé aux pouvoirs défunts ou qui rôdaient autour des pouvoirs antérieurs continuent avec succès à donner des conseils au Comité National pour le Redressement et le Développement. Ils se font passer comme les disciples de Mohandas Karamchand Gandhi aussi connu sous le nom de Mahatma Gandhi. Ils ne sont pas des pacifistes, ils sont des opportunistes. Ils ont fait une bonne lecture du caractère commun à nos dirigeants successifs (depuis l’indépendance à nos jours), qui aiment être flattés, loués et présentés comme des « sauveurs», « des envoyés » de Dieu, des « libérateurs du peuple » que sais-je ? Qu’importe si nous devons refaire une autre transition en dix ans ? ils auront tiré leur épingle du jeu. C’est ce qui est essentiel.
Pendant ce temps, notre peuple souffre quotidiennement de la mauvaise gouvernance et des governants qui se succèdent et se ressemblent. Quel sort ! Avant-hier, samedi, sur la route de Dubréka, notre véhicule a été sommé de libérer la voie par une sirène et des policiers qui accompagnaient un membre du Conseil National de la Transition. Peut-être que c’était une urgence médicale et ce membre du CNT était, peut-être, un médecin qui allait sauver un Guinéen ? Peut-être que ce n’était que l’exercice du pouvoir brut qui repose en cet individu qui dit représenter le peuple mais qui ne veut pas expérimenter la vie quotidienne du peuple.
Pourquoi construire des routes pour améliorer les mouvements quotidiens et éviter l’embouteillage quand une sirène suffit ? Pourquoi se préoccuper des enfants-vendeurs qui poursuivent les véhicules dangereusement dans les ruelles désuètes du quartier de Kagbelen quand on peut rouler à tombeau ouvert ? Oui, ces enfants qui ont « exprimé » selon le CNT, leur soutien pour une transition de 36 mois pour continuer à être exposés aux éléments de la nature (poussière et pluie) dans les rues de Conakry et des autres villes du pays. Ces femmes assises en bordures de la route nationale numéro 1 à Enta marché ou Lansanaya barrage à côté des ordures puantes et démoralisantes que personne ne ramasse.
Les « maitres de la parole », quant à eux, passent dans les émissions radiophoniques et de télévision pour nous enseigner sur les transitions douces, les transitions à court et moyen termes, les transitions nécessaires pour refondre l’État guinéen, les transitions à supporter, les transitions pour les routes et le usines qui vont en découler, etc. Quant aux libertés et droits fondamentaux des citoyens, une suspension de 36 mois, disent-ils, ce n’est pas la mer à boire.
Comme le CNT, j’ai fait un sondage en utilisant un échantillon de convenance[1] dans une localité de Conakry et une autre à Dubréka. Il en ressort que la majorité des individus auxquels j’ai parlé sont pessimistes quant à la réussite de cette transition. Un certain nombre ne voit même pas l’utilité du CNT. Quelqu’un m’a dit que les membres du CNT sont là pour profiter à leur tour, selon lui; les membres de cette confrérie touchent environ 15,000,000 francs par mois. Cet individu m’a informé que selon son expérience, la conjugaison du verbe manger s’arrête à la première personne du temps présent : Je mange ! Advienne que pourra !
Pour une Guinée unie et prospère !
Prêt à servir pas se servir.
Docteur Abdoulaye Bah
Professeur d’Université aux États Unis, Ret.
Ancien chef de Chaire du Département des Sciences Sociales et Comportementales
Directeur, Centre pour la santé Comportementale et la Résilience
Université de Lincoln
Jefferson City, Missouri USA
Columbia, MO USA
[1] Un échantillon de convenance est un échantillon choisi lors d’une étude pour des raisons pratiques d’accessibilité et de coût plutôt que basé sur une rigueur méthodologique et une volonté d’assurer statistiquement une représentativité.

