Le ministre des mines est sur la sellette, depuis la fuite de sa lettre de recommandation en faveur de la société Guinéenne de prestation et de commerce (GPC) auprès de la compagnie Sycamore-Robex Ressources.
L’affaire fait du bruit dans la cité depuis plusieurs jours et des voix s’élèvent pour reprocher le ministre Moussa Magassouba de s’immiscer dans des affaires d’une société privée. Lui, qui a promis à moult reprises la bonne gouvernance est soupçonné de faire preuve de « favoritisme et concurrence déloyale ».
Magassouba, dans son courrier en date du 19 janvier 2023 adressé à Sycamore-Robex Ressources, estime que la Guinéenne de prestation et de commerce (GPC) est « l’un des postulants les plus compétitifs » pour réaliser les travaux miniers de la compagnie à Kiniéro dans la préfecture de Kouroussa.
Pour justifier sa démarche, le ministre soutient GPC, détenue à 100% par des guinéens, a déjà fait ses preuves avec d’autres grandes sociétés multinationales dont Guinea alumina corporation (GAC).
Il déclare n’avoir aucun doute sur « les capacités techniques et financières de la société Guinéenne de prestation et de commerce (GPC) à pouvoir exécuter » les travaux miniers de Sycamore-Robex Ressources. « Le ministre utilise sa position pour faire du népotisme et de la concurrence déloyale », dénonce un fin connaisseur du secteur minier guinéen.
GPC surpris
Amadou Kaba, président directeur général du groupe GPC dit avoir été surpris de découvrir la lettre de recommandation du ministre des mines dans la presse. « Ce courrier est sorti de façon inopinée. GPC et ses partenaires ne s’attendaient pas du tout. On était très surpris de ce courrier », confie-t-il à Mirador.
Parlant de sa société, il confirme que « GPC est une entreprise 100% guinéenne détenue par les jeunes guinéens. Nous avons commencé nos activités en 2009. Aujourd’hui, nous opérons principalement dans le domaine des services miniers, la logistique terrestre et la construction minière. Nous avons fait nos preuves avec des multinationales comme la CBG, GAC pour l’exploitation de leurs mines. Nous sommes sur le projet Simandou pour la construction des infrastructures minières. Donc, ce n’est pas aujourd’hui qu’on a commencé à travailler en Guinée. Ce n’est pas aujourd’hui que nous avons commencé à participer à des appels d’offres internationales ».
M. Kaba souligne sa société a soumissionné avec quinze autres entreprises à un appel d’offres international lancé par Sycamore. « Cinq entreprises ont été retenues. Parmi ces cinq, GPC est la seule entreprise guinéenne. Les autres sont des entreprises internationales. On a été invités par le projet Sycamore sur le site. Les cinq entreprises se sont rencontrées. Le projet a été remodelé et on nous a demandé de soumissionner pour une nouvelle fois. Ce qui fut fait par GPC. Le processus d’appel d’offres international est en cours à Londres. Alors qu’on n’a pas le retour de Sycamore, on se retrouve avec ce courrier du ministre», indique-t-il.
Des liens avec le ministre des mines ?
Des sources dénoncent une accointance entre la société GPC, le ministre des mines et son épouse. Faux, dément Amadou Kaba qui se veut formel sur la question. « GPC n’a aucune relation ni avec le ministre, ni avec sa femme », résume-t-il. « J’ai rencontré le ministre Moussa Magassouba pour la première lors du Symposium des mines avec le président de la République lorsqu’ils ont visité notre stand. Depuis lors, je ne l’ai pas rencontré. Sa femme, je ne connais ni son nom, je ne l’ai jamais rencontrée dans la vie ».
« En tant que musulman, je jure que GPC n’a jamais demandé au ministre d’intervenir en sa faveur. Le ministre ne nous a jamais contactés », se défend-il encore, précisant que la démarche de Moussa Magassouba « va dans le sens de l’accompagnement des PME locales dans le cadre d’un processus d’appel d’offres international. Il ne nous a jamais contactés ». Si tel est le cas, comment le patron du département en charge des mines a appris que la société GPC a été sélectionné par une compagnie minière suite à un appel d’offres ? Pourquoi s’empresserait-il de la recommander à Sycamore alors que la procédure d’attribution du marché suit son cours normal ?
« Notre société s’appelle Guinéenne de prestation et de construction. Dans son courrier, il a écrit Guinéenne de prestation et de commerce. Si on avait eu des discussions avec le ministre au préalable sur cet appel d’offres, cette erreur n’allait jamais se faire. Nous n’avons pas été consultés et à aucun moment, nous n’avons pas sollicité le ministre pour intervenir en faveur de GPC dans le cadre cet appel d’offres », avance-t-il pour renforcer sa ligne de défense.
Le courrier portera-t-il préjudice à GPC face à ses concurrents ? « Cela dépendra de Sycamore » soutient M. Kaba qui insiste sur le fait que « GPC n’a pas sollicité l’intervention du ministre sur ce projet ».
Le patron de GPC estime que la démarche du ministre Magassouba est loin d’être une première dans le monde des affaires. « Le président Emmanuel Macron se déplace avec le CAC40. En Guinée, les ambassadeurs accrédités se battent tous les jours pour donner des contrats aux entreprises internationales. La preuve, il y a à peine un mois, un projet de 300 millions de dollars a été signé en présence de l’ex-ambassadrice des États-Unis et l’actuel ambassadeur. Pourquoi on n’a pas crié à la corruption ? », s’offusque-t-il, ajoutant que dans l’affaire qui concernant des sous-marins à propulsion nucléaire entre la France et l’Australie, « le président Macron s’est levé personnellement pour aller défendre cette entreprise française ».
Pendant ce temps, dans le milieu des affaires minières, des acteurs estiment que Moussa Magassouba devrait s’atteler à signer les dossiers bloqués à son niveau pour permettre à l’Etat de renflouer ses caisses. ‘’Tout est bloqué au niveau du ministre dans le seul de faire passer les miniers à la caisse’’, martèle notre source sous le sceau de l’anonymat.
Malgré la mise au point de GPC, de nombreuses questions restent encore non élucidées avec des zones d’ombre subsistent. C’est à se demander si la Guinée n’est pas en passe de devenir le pays des espoirs ratés, pour paraphraser le célèbre écrivain Tierno Monenembo : « Ceux qui auraient dû être la solution, ils ne l’étaient en rien, c’étaient plutôt eux le vrai problème à la lumière de la vérité ».
Ciré BALDE, pour VisionGuinee.Info
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