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Nzérékoré : le récit de l’enlèvement du père de Babila Keita raconté par un membre de la famille

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Soutra

Le père de Mamoudou Babila Keita, âgé de 75 ans et commerçant, a été enlevé lundi à Nzérékoré. Ibrahim Keita, frère de notre confrère, revient sur les circonstances dramatiques de cet enlèvement, exprimant son désarroi face à cette situation. Lisez son témoignage… 

« C’est mon père qui a été enlevé. Chaque nuit, il y avait un petit bruit au niveau des toits ici. Donc, hier soir, avant qu’on se couche, il avait donné les consignes pour qu’on ne s’endorme pas sans se rendre compte de ce qui se passe. Il a transmis ces instructions à mon jeune frère, et j’étais couché dans la chambre. Quand ma mère est venue, elle a transmis l’information aux enfants et j’étais allongé dans la chambre.

Comme d’habitude, je ne dors pas profondément. Dès qu’il y a des bruits dehors, je sors immédiatement pour voir ce qui se passe. Hier, les enfants ont décidé de ne pas se coucher, mais plutôt de veiller pour savoir ce qui se passait, et si ce sont les voleurs qui venaient voler le panneau solaire sur le toit. Mon neveu, avec qui je dors, est sorti pour veiller avec eux dans la cour. Il est parti s’asseoir à côté de ses amis, puis est revenu se coucher. Quand il est revenu, nous nous sommes couchés. La nuit s’est passée sans mouvement particulier.

L’enlèvement à l’aube

À 5 heures du matin, j’ai entendu un cri. Je me suis immédiatement précipité pour voir. J’ai ouvert la porte et j’ai suivi les traces. J’ai vu trois hommes, mais comme il faisait sombre, on ne pouvait pas les identifier. Il y avait deux véhicules arrêtés au bord de la route. Quand je suis sorti pour observer la colline, je les ai vus s’embarquer dans les voitures. J’ai couru pour les rattraper, mais avant que j’arrive, c’était trop tard : ils ont pris la fuite.

À ce moment-là, je ne me suis pas rendu compte que c’était mon père qui avait été enlevé. Je suis retourné à la maison pour en parler à ma mère. Elle m’a confirmé que deux hommes avaient pris mon père en le tenant par le cou et les bras. Elle ne savait pas encore que c’était mon père. Je suis donc rentré me coucher.

Le matin, j’ai vérifié si mon père était au marché, comme d’habitude, mais ses affaires étaient restées à la maison : ses deux téléphones sur le lit et la clé du magasin dans son sac. C’est là que je me suis rendu compte qu’il n’était pas au marché, ce qui était très inhabituel.

Je me suis donc précipité au magasin, mais après une heure, je n’avais aucune nouvelle de lui. J’ai appelé ses amis, ses collègues de prière, mais personne ne l’avait vu. C’est alors que j’ai compris que c’était lui qui avait été enlevé à 5 heures du matin.

Des assaillants à bord de véhicules de marque Prado

Les véhicules utilisés n’étaient pas des pickups, mais des véhicules administratifs Prado de couleur noire et grise. La première voiture devant était celle dans laquelle il a été embarqué, et le second véhicule a suivi. Nous avons aussi appris qu’une enquête avait été menée pour le localiser.

Mon jeune frère avait été approché la veille par deux hommes à moto, qui cherchaient à savoir où résidaient les parents de Babila. Ils ont d’abord demandé à un certain Moussa Babila et, ne trouvant personne, ils ont identifié notre maison et celle des voisins avant de repartir. Le lendemain, à 5 heures, mon père a été enlevé.

Un père de famille âgé et respecté

Adama Babila, âgé de 75 ans et commerçant de profession, soutient sa famille. Tout le monde dépend de lui.

Nous avons signalé son enlèvement à la gendarmerie. On nous a répondu que tout ce qu’ils pouvaient faire était de lancer une alerte, car il s’agissait d’une planification qui dépassait leur niveau. Nous avons aussi informé l’association Mandeka, qui a promis de nous tenir au courant des enquêtes.

Ce que je peux dire, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a pas de justice. Un père, quels que soient les crimes de son fils, ne peut pas être enlevé pour répondre à sa place. Même s’il avait commis un crime, la loi n’autorise personne à l’enlever ainsi.

Mon père a 75 ans. Il ne connaît ni Facebook, ni la politique, ni l’administration. Il est un simple commerçant qui cherche à subvenir aux besoins de sa famille. Le voir enlevé ainsi est profondément grave. Mon cœur saigne et je suis très triste.

Nous prions Dieu pour que notre père soit retrouvé sain et sauf. C’est tout notre souhait. Il n’a aucun problème avec qui que ce soit, aucune dette, aucune implication politique ou administrative. Il est un père de famille honnête qui cherche juste à subvenir aux besoins de sa famille.

Nous avons foi que la justice divine prévaudra, tôt ou tard ».

Soutra
2 commentaires
  1. Boubahnt dit

    Pathétique, vraiment honteux.
    Le régime militaire de Mamadi de Doumbouya, qui prétend avoir adopté une constitution <>, vient de franchir une ligne rouge.
    Un vieil homme de 75 ans, père d’une grande famille, a été arbitrairement enlevé par les forces militaires. Son seul tort : être le père d’un journaliste critique vivant à l’extérieur du pays.
    En s’attaquant à un vieillard innocent pour atteindre son fils, Mamadi et ces sbires montrent leur vrai visage ; la peur de la vérité, la haine de la presse libre et le mépris des droits élémentaires.
    Nous demandons :
    La libération immédiate et sans condition de ce père de famille âgé.
    Le respect de la nouvelle constitution que ce régime dit défendre, mais viole déjà par de tels abus.
    Ne restons pas silencieux ! La Guinée mérite la justice, la liberté et la justice.

  2. Boubahnt dit

    Il y a quelques jours de cela, les forces de sécurité guinéennes ont enlevé un homme de 75 ans.
    Aucune charge officielle ne lui a été notifiée. Selon plusieurs sources, cette arrestation vise à punir son fils, un journaliste critique vivant à l’étranger.
    Cet homme âgé, vulnérable, est actuellement détenu au secret, en violation :

    & de la constitution guinéenne récemment adoptée.
    Nous demandons ;
    ° Sa libération immédiate et inconditionnelle.
    ° La fin des représailles contre les journalistes et les opposants.
    Nous demandons à la communauté Guinéenne à agir de toute urgence pour obtenir cette libération.

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