Soixante-sept ans après avoir dit “Non” à la domination, la Guinée semble avoir perdu le sens même de ce mot : indépendance. Ce que nos pères ont conquis dans la dignité, nos générations l’ont dilué dans la dépendance, la peur et la résignation.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus un peuple libre, mais une nation sous perfusion, maintenue artificiellement en vie par ceux qui profitent de notre faiblesse et de notre silence.
La Guinée trahie par ses propres fils
Le plus grand malheur de notre pays, ce n’est pas la pauvreté, ni même le manque de ressources. C’est la trahison des élites.
Des hommes et des femmes qui, une fois au pouvoir, oublient d’où ils viennent et pour qui ils doivent se battre. Ils parlent au nom du peuple, mais vivent contre lui. Ils jurent sur la Constitution, puis la piétinent dès qu’elle gêne leurs ambitions.
La Guinée est aujourd’hui otage d’un système de prédation, où les plus médiocres dirigent les plus méritants, où la loyauté envers la nation a été remplacée par la fidélité à un clan. Pendant que la minorité s’enrichit sur le dos de la majorité, le peuple croupit dans la misère, la peur et le désespoir.
Et pourtant, ce peuple est le véritable souverain. Mais il a été trompé, endormi, fragmenté. Divisé par l’ethnie, étouffé par la pauvreté, neutralisé par la peur.
Une indépendance confisquée
Nous avons conquis notre liberté face au colon étranger, mais nous avons perdu la bataille contre nos propres colonisateurs internes : les corrupteurs, les traîtres, les complices de l’humiliation nationale.
Ils ont troqué notre souveraineté contre des privilèges, des postes, des enveloppes, et parfois même contre des sourires venus de l’étranger.
Regardez autour de vous : Nos mines sont exploitées sans transparence, nos forêts pillées, nos jeunes exilés. Et tout cela sous le regard impuissant — ou complice — de ceux qui prétendent gouverner en notre nom.
La Guinée n’est plus indépendante, elle est sous tutelle morale, économique et politique. Le pouvoir n’appartient plus au peuple, mais à des groupes d’intérêts qui se moquent de l’avenir de la nation.
Le peuple doit se réveiller
Il est temps d’ouvrir les yeux. Un pays ne change pas parce qu’un homme nouveau arrive au pouvoir ; il change lorsque le peuple décide de ne plus se taire. Il change lorsque la peur recule, lorsque les consciences s’éveillent, lorsque la dignité redevient une valeur non négociable.
Nous devons cesser de croire que le salut viendra d’ailleurs. Ni les puissances étrangères, ni les institutions internationales, ni les promesses mensongères des politiciens ne sauveront la Guinée. C’est au peuple guinéen de reprendre son destin en main.
Reprendre notre indépendance, c’est dire non :
- Non à la corruption qui dévore nos institutions.
- Non à la manipulation ethnique qui détruit notre unité.
- Non à l’injustice qui protège les puissants et écrase les faibles.
- Non à la médiocrité qui s’installe là où devrait régner le mérite.
Une colère juste et nécessaire
Notre colère est légitime. Elle n’est pas celle de la haine, mais celle de la dignité blessée.
Car nous savons que la Guinée peut mieux, doit mieux, mérite mieux.
Nous avons des terres fertiles, des mines abondantes, une jeunesse brillante et courageuse — et pourtant, nous vivons comme un peuple maudit. Ce n’est pas une fatalité. C’est une conséquence de nos choix, de notre lâcheté collective, et du règne des imposteurs.
Pour une nouvelle indépendance
La véritable indépendance que nous devons reconquérir n’est pas seulement politique.
Elle doit être morale, économique et citoyenne. C’est l’indépendance de penser par nous-mêmes, de produire par nous-mêmes, de décider par nous-mêmes.
Ce combat ne sera ni facile ni rapide. Mais il commence par une vérité simple : le peuple doit cesser d’avoir peur de ceux qui l’oppriment. Aucun régime ne peut survivre sans le consentement tacite du peuple.
Quand ce consentement disparaît, la tyrannie s’effondre.
Alors, Guinéens et Guinéennes, levons-nous ! Refusons d’être les esclaves modernes d’un pouvoir qui ne nous respecte pas. Refusons d’être les figurants d’une démocratie de façade. Reprenons notre droit à l’avenir, à la justice, à la dignité.
Boubacar Dieng
Analyste révolté et profondément amoureux de sa patrie

